DU ROI

À Potsdam, le 7 septembre 1776.

On me fait bien de l'honneur de parler de moi en Suisse, et les

gazetiers doivent prodigieusement manquer de matière, puisqu'ils

emploient mon nom pour remplir leurs feuilles.

J'ai été malade, il est vrai, l'hiver passé; mais depuis ma

convalescence je me porte, à peu près comme auparavant. Il y a peut-être

des gens au monde au gré desquels je vis trop longtemps, et qui

calomnient ma santé dans l'espérance qu'à force d'en parler, je pourrais

peut-être faire le saut périlleux aussi vite qu'ils le désirent. Louis

XIV et Louis XV lassèrent la patience des Français: il y a trente-six

ans que je suis en place; peut-être qu'à leur exemple j'abuse du

privilège de vivre, et que je ne suis pas assez complaisant pour

décamper quand on se lasse de moi.

Quant à ma méthode de ne me point ménager, elle est toujours la même.

Plus on se soigne, plus le corps devient délicat et faible. Mon métier

veut du travail et de l'action, il faut que mon corps et mon esprit se

plient à leur devoir. Il n'est pas nécessaire que je vive, mais bien que

j'agisse. Je m'en suis toujours bien trouvé. Cependant je ne prescris

cette méthode à personne, et me contente de la suivre.....

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 115 / 125 题