DU ROI

À Potsdam, le 13 auguste 1775.

.....Je félicite votre nation du bon choix que Louis XVI a fait de ses

ministres. «Les peuples, a dit un ancien, ne seront heureux que lorsque

les sages seront rois.» Vos ministres, s'ils ne sont pas rois tout à

fait, en possèdent l'équivalent en autorité Votre roi a les meilleures

intentions. Il veut le bien. Rien n'est plus à craindre pour lui que ces

pestes des cours, qui tâcheront de le corrompre et de le pervertir avec

le temps. Il est bien jeune; il ne connaît pas les ruses et les

raffinements dont les courtisans se serviront pour le faire tourner à

leur gré, afin de satisfaire leur intérêt, leur haine et leur ambition.

Il a été dans son enfance à l'école du fanatisme de l'imbécillité: cela

doit faire appréhender qu'il ne manque de résolution pour examiner par

lui-même ce qu'on lui a appris à adorer stupidement.

Vous avez prêché la tolérance: après Bayle, vous êtes sans contredit un

des sages qui ont fait le plus de bien à l'humanité. Mais si vous avez

éclairé tout le monde, ceux que leur intérêt attache à la superstition

ont rejeté vos lumières; et ceux-là dominent encore sur les peuples.....

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 113 / 125 题