DE M. DE VOLTAIRE

À Ferney, 7 juillet 1775.

Sire, Morival s'occupait à mesurer le lac de Genève, et à construire sur

ses bords une citadelle imaginaire, lorsque je lui ai appris qu'il

pourrait en tracer de réelles dans la Prusse occidentale et dans vos

autres États. Il a senti vos bienfaits avec une respectueuse

reconnaissance égale à sa modestie. Vous êtes son seul roi, son seul

bienfaiteur. Puisque vous permettez qu'il vienne se jeter à vos pieds

dans Potsdam, voudriez-vous bien avoir la bonté de me dire à qui il

faudra qu'il s'adresse pour être présenté à Votre Majesté.

Permettez que je me joigne à lui dans la reconnaissance dont il ne

cessera d'être pénétré; je ne peux pas aspirer, comme lui, à l'honneur

d'être tué sur un bastion ou sur une courtine; je ne suis qu'un vieux

poltron fait pour mourir dans mon lit. Je n'ai que de la sensibilité, et

je la mets tout entière à vous admirer et à vous aimer.

Votre alliée l'impératrice Catherine fait, comme vous, de grandes

choses. Elle fait surtout du bien a ses sujets; mais le roi de France

l'emporte sur tous les rois, puisqu'il fait des miracles. Il a touché à

son sacre deux mille quatre cents malades d'écrouelles, et il les a sans

doute guéris. Il est vrai qu'il y eut une des maîtresses de Louis XIV

qui mourut de cette maladie, quoiqu'elle eût été très bien touchée, mais

un tel cas est très rare.....

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 107 / 125 题