DU ROI

À Postdam, le 30 juillet 1774.

.....Vous qui avez des liaisons en France, vous pouvez savoir, sur le

sujet de la cour, des anecdotes que j'ignore. Si le parti de l'_inf_...

l'emporte sur celui de la philosophie, je plains les pauvres Welches;

ils risqueront d'être gouvernés par quelque cafard en froc ou en

soutane, qui leur donnera la discipline d'une main, et les frappera du

crucifix de l'autre. Si cela arrive, adieu les beaux-arts et les hautes

sciences; la rouille de la superstition achèvera de perdre un peuple

d'ailleurs aimable, et né pour la société.

Mais il n'est pas sûr que cette triste folie religieuse secoue ses

grelots sur le trône des Capets.

Laissez en paix les mânes de Louis XV. Il vous a exilé de son royaume,

il m'a fait une guerre injuste: il est permis d'être sensible aux torts

qu'on ressent, mais il faut savoir pardonner. La passion sombre et

atrabilaire de la vengeance n'est pas convenable à des hommes qui n'ont

qu'un moment d'existence. Nous devons réciproquement oublier nos

sottises, et nous borner à jouir du bonheur que notre nature comporte.

Je contribuerai volontiers au bonheur du pauvre Morival, si je le puis.

Corriger les injustices et faire le bien, sont les inclinations que tout

honnête homme doit avoir dans le coeur.....

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 103 / 125 题