À Sans-Souci, le 18 novembre 1771.
.....Je vous ai mille obligations des sixième et septième tomes de votre
_Encyclopédie_, que j'ai reçus. Si le style de Voiture était encore à la
mode, je vous dirais que le père des Muses est l'auteur de cet ouvrage;
et que l'approbation est signée du dieu du Goût. J'ai été fort surpris
d'y trouver mon nom, que par charité vous y avez mis. J'y ai trouvé
quelques paraboles moins obscures que celles de l'Évangile, et je me
suis applaudi de les avoir expliquées. Cet ouvrage est admirable, et je
vous exhorte à le continuer. Si c'était un discours académique,
assujetti à la révision de la Sorbonne, je serais peut-être d'un autre
avis.
Travaillez toujours; envoyez vos ouvrages en Angleterre, en Hollande, en
Allemagne et en Russie: je vous réponds qu'on les y dévorera. Quelque
précaution qu'on prenne, ils entreront en France; et vos Welches auront
honte de ne pas approuver ce qui est admiré partout ailleurs.
J'avais un très violent accès de goutte quand vos livres sont arrivés,
les pieds et les bras garrottés, enchaînés et perclus: ces livres m'ont
été d'une grande ressource. En les lisant, j'ai béni mille fois le ciel
de vous avoir mis au monde.
Pour vous rendre compte du reste de mes occupations, vous saurez qu'à
peine eus-je recouvré l'articulation de la main droite, que je m'avisai
de barbouiller du papier; non pour éclairer l'Europe, non pour instruire
le public et l'Europe qui a les yeux très ouverts, mais pour m'amuser.
Ce ne sont pas les victoires de Catherine que j'ai chantées, mais les
folies des confédérés. Le badinage convient mieux à un convalescent que
l'austérité du style majestueux. Vous en verrez un échantillon. Il y a
six chants. Tout est fini; car une maladie de cinq semaines m'a donné le
temps de rimer et de corriger tout à mon aise. C'est vous ennuyer assez
que deux chants de lecture que je vous prépare.....