À Triban, le 12 avril 1742.
.....Vous pensez peut-être que je n'ai point assez d'inquiétudes ici, et
qu'il fallait encore m'alarmer sur votre santé. Vous devriez prendre
plus de soin de votre conservation: souvenez-vous, je vous prie, combien
elle m'intéresse, et combien vous devez être attaché à ce monde-ci dont
vous faites les délices.
Vous pouvez compter que la vie que je mène n'a rien changé de mon
caractère ou de ma façon de penser. J'aime Remusberg et les jours
tranquilles; mais il faut se plier à son état dans le monde, et se faire
un plaisir de son devoir.
D'abord que la paix sera faite,
Je retrouve dans ma retraite
Les Ris, les Plaisirs et les Arts,
Nos belles aux touchants regards,
Maupertuis avec ses lunettes,
Algarotti le laboureur,
Nos savants avec leurs lecteurs:
Mais que me serviront ces fêtes,
Cher Voltaire, si vous n'en êtes?
Voilà tout ce que j'ai le temps de vous dire sur le point de poursuivre
ma marche. Adieu, cher Voltaire; n'oubliez pas un pauvre Ixion qui
travaille comme un misérable à la grande roue des événements, et qui ne
vous admire pas moins qu'il vous aime. FÉDÉRIC.