NOTICE

I

On ne l'a pas assez remarqué, parce que Voltaire a tant fait, tant

écrit; son activité s'est déployée de tant de côtés qu'on ne saurait

prendre garde à tout, et qu'il est difficile d'attacher à chacune de ses

oeuvres une importance suffisante.

Ainsi en est-il de la correspondance de Voltaire avec le grand Frédéric

et encore avec Catherine II.

Il me semble qu'on ne connaît pas une correspondance d'autant de valeur

entre un roi et un philosophe que celle dont nous allons nous occuper.

Nous possédons les billets du jeune Marc Aurèle à son précepteur

Fronton, ce sont d'aimables et tendres témoignages de respect,

d'affection et de reconnaissance. Ces billets montrent combien était

sensible et bonne l'âme du futur empereur. Mais ces relations ne

pouvaient avoir l'importance de celles du prince royal de Prusse, âgé de

vingt-quatre ans, et plus tard du roi avec Voltaire, ayant dix-huit ans

de plus que son correspondant et déjà en possession d'une notoriété

considérable par ses travaux littéraires et philosophiques.

Cette correspondance, commencée en 1736, a duré jusqu'à la mort de

Voltaire, c'est-à-dire pendant quarante-deux ans. Elle comprend plus de

cinq cents lettres, dont quelques-unes sont fort étendues.

On y traite tous les sujets avec une entière liberté d'esprit:

métaphysique, philosophie, littérature, sciences, poésie, histoire,

politique, etc.

Assurément, cette correspondance permet d'apprécier plus justement

Frédéric que l'histoire de ses faits et gestes, car elle nous fait

connaître l'homme dans sa spontanéité, avec ses intentions, avec sa

volonté toute nue et non modifiée par les circonstances. Pour pénétrer à

fond l'âme d'un homme, rien ne saurait suppléer au spectacle procuré par

l'échange continu de lettres nombreuses et familières. On voit vivre les

gens pour ainsi dire jour à jour, on les surprend en déshabillé et dans

des situations très différentes.

Ce petit volume est loin de contenir toutes les lettres qui nous ont été

conservées. Nous avons dû en écarter le plus grand nombre.

Nous nous sommes proposé, par un choix judicieux de ces lettres, de

donner un ensemble qui en fasse ressortir exactement la physionomie.

Nous aurons ainsi atteint notre but, qui est de satisfaire en peu de

pages la curiosité du lecteur.

Correspondance de Voltaire avec le roi de Prusse · 第 9 / 125 题