Parmi les plus belles verrières qui décorent les fenêtres de la

cathédrale de Saint-Nazaire, il faut citer celle de la première chapelle

près du sanctuaire, côté de l'épître, et qui représente le Christ en

croix, avec la tentation d'Adam, des prophètes tenant des phylactères

sur lesquels sont écrites les prophéties relatives à la venue et à la

mort du Messie. Ce vitrail, comme entente de l'harmonie des tons, est un

des plus remarquables du XIVe siècle. Toutes les autres verrières à

sujets légendaires datent de cette époque. Mais dans le sanctuaire, il

existe deux fenêtres garnies, au XVIe siècle, de vitraux d'une grande

valeur qui appartiennent à la belle école toulousaine de la Renaissance.

Les grisailles sont modernes et ont été fabriquées à l'aide des

fragments anciens qui existaient encore. Les vitraux des deux roses et

des deux chapelles de la nef sont anciens et ont été simplement

restaurés avec le plus grand soin.

La sacristie, jointe à la chapelle de l'évêque Radulphe, a été

construite en même temps que cette chapelle, puis réparée au XVe

siècle.

INTÉRIEUR DE LA CITÉ.

Il n'existe plus, dans l'intérieur de la cité, que quelques débris des

maisons anciennes et trois puits. L'un large, avec belle margelle

surmontée de trois piliers, margelle et piliers qui datent du XIVe

siècle. Ce puits a été creusé dans le roc dès une époque très-ancienne

et est comblé aujourd'hui; l'autre, beaucoup plus étroit, dont la

margelle date du XVe siècle, le troisième, dans le cloître de

Saint-Nazaire. Il devait exister des citernes dans la cité, car ces

trois puits et ceux établis dans quelques-unes des tours, ainsi qu'on

l'a vu, ne pouvaient suffire aux besoins de la garnison et des

habitants. Une seule de ces citernes a été découverte par nous; elle est

creusée sous la montée de la porte de l'Aude, entre les deux enceintes.

On y descend par un escalier, pratiqué dans l'épaisseur du mur de la

première enceinte, et on pouvait puiser l'eau qu'elle contenait par un

regard avec margelle que l'on voit le long de ce mur en montant à la

porte de l'Aude. Cette citerne est aujourd'hui comblée en partie: elle

devait être alimentée par les eaux de pluies recueillies entre la porte

de l'Aude et le cloître de Saint-Nazaire, et peut-être par une source

qui aujourd'hui ne donne que très-peu d'eau.

On voit encore, accolés aux remparts intérieurs, des logis qui ont été

élevés en même temps que les défenses et qui étaient probablement

destinés à contenir des postes et des commandants supérieurs. Ces restes

sont apparents: à la porte Narbonnaise, face intérieure de gauche,

derrière les tours nos 51, 52, 48 et 44, à l'intérieur de la porte de

l'Aude et derrière la tour nº25.

Une petite église existait le long des murailles, près de la porte

Narbonnaise; c'était l'église de Saint-Sernin, dont la tour nº53 formait

l'abside. Au XVe siècle, une fenêtre à meneaux fut ouverte dans cette

abside, à travers la maçonnerie visigothe. L'église fut démolie pendant

le dernier siècle; elle était de construction romane.

Cette description sommaire de la cité de Carcassonne peut faire

comprendre l'importance de ces restes, l'intérêt qu'ils présentent et

combien il importait de ne pas les laisser périr. L'église de

Saint-Nazaire a été complètement restaurée par les soins de la

Commission des monuments historiques. Ces travaux, entrepris en 1844,

n'ont été terminés qu'en 1860. Toutes les tours de l'enceinte

intérieure, découvertes depuis un grand nombre d'années, et

particulièrement celles qui sont voûtées, avaient beaucoup souffert des

intempéries de l'atmosphère. Longtemps ces ruines ont été abandonnées

aux habitants de la cité, qui ne se faisaient pas faute d'enlever les

matériaux des parapets et des chemins de ronde à leur portée, et de se

servir des tours comme de dépôts d'immondices. La circulation, sur le

chemin de ronde, était très-difficile. Sur le front sud, un grand nombre

de maisons et de baraques s'adossaient aux remparts. Ces maisons, qui

composent ce qu'on appelle encore aujourd'hui le quartier des Lices,

sont occupées par une population pauvre de tisserands qui vivent dans

des rez-de-chaussée humides, pêle-mêle avec des animaux domestiques.

Depuis 1855, des travaux de restauration, et principalement de

consolidation et de couverture des tours, ont été entrepris dans la cité

de Carcassonne, sous la direction supérieure de la Commission des

monuments historiques.

Chaque année, depuis cette époque, des crédits sont ouverts pour

restaurer les parties de l'enceinte qui souffrent le plus et qui

présentent le plus d'intérêt. Déjà la plupart des tours de l'enceinte

intérieure sont couvertes comme elles l'étaient jadis. Des pans de mur

qui menaçaient ruine, particulièrement du côté de la porte de l'Aude,

ont été remontés et consolidés, les chemins de ronde sont praticables.

De son côté, l'administration de la guerre a mis quelques fonds à notre

disposition, et tous les ans le Conseil général de l'Aude et la ville de

Carcassonne accordent des crédits qui sont spécialement affectés aux

acquisitions des maisons adossées encore aux remparts.

Bien que les crédits disponibles soient faibles chaque année, cependant

le résultat obtenu est considérable et les nombreux étrangers qui

visitent aujourd'hui la cité de Carcassonne peuvent se faire une idée

exacte du système de défense employé dans les fortifications des

diverses époques du moyen âge.

Je ne sache pas qu'il existe nulle part en Europe un ensemble aussi

complet et aussi formidable de défense des VIe, XIIe et XIIIe

siècles, un sujet d'étude aussi intéressant, et une situation plus

pittoresque. Tous ceux qui tiennent à nos anciens monuments, qui aiment

et connaissent l'histoire de notre pays, désirent voir achever cette

restauration, et déjà, dans le Midi, la cité de Carcassonne, à peine

visitée autrefois, est devenue le point d'arrêt de tous les voyageurs.

[Illustration: Fig. 16--Plan général de la Cité.]

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