Académie de l'Histoire (1738), Académie des Nobles Arts de San
Fernando (1752).
[243] Sans parler de toutes les Académies qui se fondent à Madrid
(Académie de droit espagnol, Académie de jurisprudence théorique
et pratique et de droit royal pragmatique, Académie de droit
civil, canonique et national; Académie latine, etc...), l'on peut
citer, parmi les Compagnies savantes qui se créent dans les
provinces: l'_Academia de los desconfiados_, de Barcelone (1731),
Académie géographique et historique de Valladolid (1746),
Académie des Belles-Lettres et Société médicale de Séville,
Académie de Jurisprudence et Société de Médecine pratique de
Barcelone, Académie de Mathématiques et des Beaux-Arts, de
Valladolid (1779); Académie de l'Histoire Nationale, de Jeréz,
etc... (G. Desdevises du Dezert, _L'Enseignement public en
Espagne au dix-huitième siècle_, p. 43).
Les antiques _Estudios_ sont encore debout: mais lentement la pensée y
meurt, l'âme se retire.
Un voyageur italien, qui parcourt l'Espagne un peu après 1750, le Père
Norberto Caimo[244], trouve «qu'il n'y a rien au monde de plus
pitoyable que l'Université de Sigüenza et que ses trois Collèges».
Personne n'y a entendu parler de Newton ni de Descartes. «J'ai
assisté, dit-il, à une thèse publique de médecine et d'anatomie. La
principale question qui y fut agitée fut de savoir «de quelle utilité
ou de quel préjudice serait à l'homme d'avoir un doigt de plus ou un
doigt de moins.»
[244] _Lettere d'un Vago italiano ad un suo amico_; Pittburgo
(Milano), 1759-1767, 4 vol. in-8º. Je cite la traduction abrégée
du P. de Livoy, barnabite, publiée à Paris, 1772, 2 vol. in-12,
sous ce titre: _Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_.
Passe encore pour Sigüenza qui était depuis longtemps ridicule! Mais,
quand il arrive à Salamanque, le Père Caimo se désole de voir tombées
presque aussi bas ces Écoles vénérables.
Tandis qu'à ce moment, dans tout le reste de l'Europe, les sciences
progressent, que partout la raison fait effort pour s'affranchir, ici
l'enseignement recule, et dans ce mouvement de réaction, il remonte
bien en arrière du quinzième siècle. Il se limite plus que jamais aux
subtilités et aux arguties de la philosophie scolastique, vide de
sens, purement formelle.
Comme dans les Universités du Moyen-Age, l'activité intellectuelle ne
s'emploie plus que dans la dialectique; la logique est redevenue
l'_art_ par excellence. On voit encore dans les couvents quelques
étudiants laborieux; mais ils ne savent qu'une chose: «définir,
diviser, distinguer et faire des syllogismes sur la substance et sur
les accidents, sur ce qui est univoque, équivoque ou analogue, sur la
transmutabilité, la composibilité, la résolubilité[245].»
[245] _Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_, t. II, p. 105 et
sq.
C'est surtout sur des questions de dévotion ou sur des points
d'histoire sacrée que s'exerce cette puérile sophistique.
Le P. Caimo assiste à une thèse publique de théologie. «Pour vous
donner une idée de la manière d'argumenter et de la force avec
laquelle on le fait, je vous dirai seulement qu'on sent l'air
s'agiter, les murailles trembler et tous les meubles frémir au bruit
des tonnerres redoublés d'une multitude intarissable d'_Ergo_, dont
les décharges se suivent sans interruption.» Et quelle est la
proposition hardie qui se discute avec tant de violence? Il s'agit de
Nuestra Señora de Raíces, Notre-Dame-des-Racines, une des nombreuses
Vierges que les Espagnols ont honorées d'une dévotion particulière, et
il faut démontrer «si, oui ou non, cette Dame-des-Racines est
_enracinée_ dans le cœur de tous les hommes[246]».
[246] Pour donner une idée de la naïveté d'un tel exercice, qui
ne reposait en somme que sur un jeu de mots, le P. Caimo a pris
soin de reproduire le programme de la soutenance qu'on
distribuait à tous les arrivants. En voici le début:
_Q. P. D.
Utrum B. M. de Raíces
Dicta sit in corde omnium radicata._
_Radicavit B. Maria Virgo de Raíces et de Mercede in oppidulo
Rayces dicto, sed radicavit postea in populo honorificato, in suo
conventu de Mercede magnifice radicavit in primis, et radices misit
inter suos mercenarios milites et filios in arena et littore
maris..... (Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_, t. II,
p. 117 et sq.)
Un autre jour, le voyageur est invité à une cérémonie où l'on doit
donner le bonnet de docteur à un moine de l'ordre de Cîteaux: «Cette
cérémonie commença par une longue procession de religieux qui vinrent
à l'Université d'un air magistral, au son assez déplaisant d'un petit
tambour de la forme d'une marmite. Lorsqu'ils furent entrés dans la
salle..., le candidat débuta par un compliment en vers, dans lequel il
donna de l'encens à profusion à toute l'assemblée; après quoi il
récita une dissertation sur Nabuchodonosor, où il était question de
savoir s'il avait été véritablement changé en bête. Tout fut débité
dans le latin usité à Salamanque; à la vérité, je ne suis pas resté à
l'entendre jusqu'à la fin[247]...»
[247] _Voyage d'Espagne fait en l'année 1755_, t. II, p. 105 et
sq.
L'assistance, paraît-il, était assez nombreuse. Tous les maîtres
avaient pris place sur l'estrade, vêtus de leur costume de cérémonie,
avec leur bonnet frangé de soie, avec le camail rouge, vert, blanc ou
bleu. A la fin, le cortège se reforma derrière le même petit
tambourin. De tels débats devaient paraître encore plus misérables
dans ce cadre d'une solennité un peu enfantine où la tradition
essayait de faire revivre quelques apparences de grandeur.
L'Université ne pouvait plus sauver que des apparences.
Peu à peu s'éteignait l'ancien foyer de vie et de pensée. En attendant
l'heure d'un réveil alors bien lointain, comme ses rivales et ses
sœurs cadettes, la première École d'Espagne s'endormait doucement,
dans le silence de son cloître déserté, entre ces murs dorés qui
semblaient encore illuminés des reflets de l'ancienne gloire, à
l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.
TABLE DES MATIÈRES
PREMIÈRE PARTIE.
La Vie d'une Université: Salamanque.
CHAPITRE PREMIER.--Salamanque et son Université 3
CHAPITRE II.--Physionomie des Écoles 16
CHAPITRE III.--La vie des étudiants. Étudiants
riches et étudiants pauvres. _Pupilos_,
_camaristas_ et _capigorrones_ 30
CHAPITRE IV.--Les étudiants qui travaillent et
les étudiants qui s'amusent 47
CHAPITRE V.--Les écoliers mendiants ou chevaliers
de la _Tuna_ 62
CHAPITRE VI.--Épisodes de la vie universitaire:
fêtes et congés, _oposiciones_ et
_grados_ 72
DEUXIÈME PARTIE.
I.
Origines et progrès des Universités
espagnoles.
CHAPITRE PREMIER.--Anciennes Universités et
fondations nouvelles; multiplication des
centres d'enseignement 97
CHAPITRE II.--Une grande Université: Alcalá 106
CHAPITRE III.--Les petites Universités et les
Universités «silvestres» 122
CHAPITRE IV.--Le mouvement intellectuel en
Espagne au commencement du seizième
siècle: la Renaissance espagnole et les
progrès de l'enseignement 138
II.
La Décadence.
CHAPITRE PREMIER.--Causes de décadence: le
despotisme des Rois et la tyrannie de
l'Église 161
CHAPITRE II.--La concurrence de «la Compagnie» 170
CHAPITRE III.--Influence des Grands Collèges 176
CHAPITRE IV.--Luttes intérieures des Universités
et désordres des étudiants 191
CHAPITRE V.--Déclin rapide des Universités.
L'enseignement universitaire au dix-septième
et au dix-huitième siècles 199
Toulouse, imp., ED. PRIVAT, rue des Tourneurs, 45.--632