[242] Académie de la Langue (1714), Académie de Médecine (1734),

Académie de l'Histoire (1738), Académie des Nobles Arts de San

Fernando (1752).

[243] Sans parler de toutes les Académies qui se fondent à Madrid

(Académie de droit espagnol, Académie de jurisprudence théorique

et pratique et de droit royal pragmatique, Académie de droit

civil, canonique et national; Académie latine, etc...), l'on peut

citer, parmi les Compagnies savantes qui se créent dans les

provinces: l'_Academia de los desconfiados_, de Barcelone (1731),

Académie géographique et historique de Valladolid (1746),

Académie des Belles-Lettres et Société médicale de Séville,

Académie de Jurisprudence et Société de Médecine pratique de

Barcelone, Académie de Mathématiques et des Beaux-Arts, de

Valladolid (1779); Académie de l'Histoire Nationale, de Jeréz,

etc... (G. Desdevises du Dezert, _L'Enseignement public en

Espagne au dix-huitième siècle_, p. 43).

Les antiques _Estudios_ sont encore debout: mais lentement la pensée y

meurt, l'âme se retire.

Un voyageur italien, qui parcourt l'Espagne un peu après 1750, le Père

Norberto Caimo[244], trouve «qu'il n'y a rien au monde de plus

pitoyable que l'Université de Sigüenza et que ses trois Collèges».

Personne n'y a entendu parler de Newton ni de Descartes. «J'ai

assisté, dit-il, à une thèse publique de médecine et d'anatomie. La

principale question qui y fut agitée fut de savoir «de quelle utilité

ou de quel préjudice serait à l'homme d'avoir un doigt de plus ou un

doigt de moins.»

[244] _Lettere d'un Vago italiano ad un suo amico_; Pittburgo

(Milano), 1759-1767, 4 vol. in-8º. Je cite la traduction abrégée

du P. de Livoy, barnabite, publiée à Paris, 1772, 2 vol. in-12,

sous ce titre: _Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_.

Passe encore pour Sigüenza qui était depuis longtemps ridicule! Mais,

quand il arrive à Salamanque, le Père Caimo se désole de voir tombées

presque aussi bas ces Écoles vénérables.

Tandis qu'à ce moment, dans tout le reste de l'Europe, les sciences

progressent, que partout la raison fait effort pour s'affranchir, ici

l'enseignement recule, et dans ce mouvement de réaction, il remonte

bien en arrière du quinzième siècle. Il se limite plus que jamais aux

subtilités et aux arguties de la philosophie scolastique, vide de

sens, purement formelle.

Comme dans les Universités du Moyen-Age, l'activité intellectuelle ne

s'emploie plus que dans la dialectique; la logique est redevenue

l'_art_ par excellence. On voit encore dans les couvents quelques

étudiants laborieux; mais ils ne savent qu'une chose: «définir,

diviser, distinguer et faire des syllogismes sur la substance et sur

les accidents, sur ce qui est univoque, équivoque ou analogue, sur la

transmutabilité, la composibilité, la résolubilité[245].»

[245] _Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_, t. II, p. 105 et

sq.

C'est surtout sur des questions de dévotion ou sur des points

d'histoire sacrée que s'exerce cette puérile sophistique.

Le P. Caimo assiste à une thèse publique de théologie. «Pour vous

donner une idée de la manière d'argumenter et de la force avec

laquelle on le fait, je vous dirai seulement qu'on sent l'air

s'agiter, les murailles trembler et tous les meubles frémir au bruit

des tonnerres redoublés d'une multitude intarissable d'_Ergo_, dont

les décharges se suivent sans interruption.» Et quelle est la

proposition hardie qui se discute avec tant de violence? Il s'agit de

Nuestra Señora de Raíces, Notre-Dame-des-Racines, une des nombreuses

Vierges que les Espagnols ont honorées d'une dévotion particulière, et

il faut démontrer «si, oui ou non, cette Dame-des-Racines est

_enracinée_ dans le cœur de tous les hommes[246]».

[246] Pour donner une idée de la naïveté d'un tel exercice, qui

ne reposait en somme que sur un jeu de mots, le P. Caimo a pris

soin de reproduire le programme de la soutenance qu'on

distribuait à tous les arrivants. En voici le début:

_Q. P. D.

Utrum B. M. de Raíces

Dicta sit in corde omnium radicata._

_Radicavit B. Maria Virgo de Raíces et de Mercede in oppidulo

Rayces dicto, sed radicavit postea in populo honorificato, in suo

conventu de Mercede magnifice radicavit in primis, et radices misit

inter suos mercenarios milites et filios in arena et littore

maris..... (Voyage d'Espagne, fait en l'année 1755_, t. II,

p. 117 et sq.)

Un autre jour, le voyageur est invité à une cérémonie où l'on doit

donner le bonnet de docteur à un moine de l'ordre de Cîteaux: «Cette

cérémonie commença par une longue procession de religieux qui vinrent

à l'Université d'un air magistral, au son assez déplaisant d'un petit

tambour de la forme d'une marmite. Lorsqu'ils furent entrés dans la

salle..., le candidat débuta par un compliment en vers, dans lequel il

donna de l'encens à profusion à toute l'assemblée; après quoi il

récita une dissertation sur Nabuchodonosor, où il était question de

savoir s'il avait été véritablement changé en bête. Tout fut débité

dans le latin usité à Salamanque; à la vérité, je ne suis pas resté à

l'entendre jusqu'à la fin[247]...»

[247] _Voyage d'Espagne fait en l'année 1755_, t. II, p. 105 et

sq.

L'assistance, paraît-il, était assez nombreuse. Tous les maîtres

avaient pris place sur l'estrade, vêtus de leur costume de cérémonie,

avec leur bonnet frangé de soie, avec le camail rouge, vert, blanc ou

bleu. A la fin, le cortège se reforma derrière le même petit

tambourin. De tels débats devaient paraître encore plus misérables

dans ce cadre d'une solennité un peu enfantine où la tradition

essayait de faire revivre quelques apparences de grandeur.

L'Université ne pouvait plus sauver que des apparences.

Peu à peu s'éteignait l'ancien foyer de vie et de pensée. En attendant

l'heure d'un réveil alors bien lointain, comme ses rivales et ses

sœurs cadettes, la première École d'Espagne s'endormait doucement,

dans le silence de son cloître déserté, entre ces murs dorés qui

semblaient encore illuminés des reflets de l'ancienne gloire, à

l'ombre du vieux laurier qui avait été longtemps son emblème.

TABLE DES MATIÈRES

PREMIÈRE PARTIE.

La Vie d'une Université: Salamanque.

CHAPITRE PREMIER.--Salamanque et son Université 3

CHAPITRE II.--Physionomie des Écoles 16

CHAPITRE III.--La vie des étudiants. Étudiants

riches et étudiants pauvres. _Pupilos_,

_camaristas_ et _capigorrones_ 30

CHAPITRE IV.--Les étudiants qui travaillent et

les étudiants qui s'amusent 47

CHAPITRE V.--Les écoliers mendiants ou chevaliers

de la _Tuna_ 62

CHAPITRE VI.--Épisodes de la vie universitaire:

fêtes et congés, _oposiciones_ et

_grados_ 72

DEUXIÈME PARTIE.

I.

Origines et progrès des Universités

espagnoles.

CHAPITRE PREMIER.--Anciennes Universités et

fondations nouvelles; multiplication des

centres d'enseignement 97

CHAPITRE II.--Une grande Université: Alcalá 106

CHAPITRE III.--Les petites Universités et les

Universités «silvestres» 122

CHAPITRE IV.--Le mouvement intellectuel en

Espagne au commencement du seizième

siècle: la Renaissance espagnole et les

progrès de l'enseignement 138

II.

La Décadence.

CHAPITRE PREMIER.--Causes de décadence: le

despotisme des Rois et la tyrannie de

l'Église 161

CHAPITRE II.--La concurrence de «la Compagnie» 170

CHAPITRE III.--Influence des Grands Collèges 176

CHAPITRE IV.--Luttes intérieures des Universités

et désordres des étudiants 191

CHAPITRE V.--Déclin rapide des Universités.

L'enseignement universitaire au dix-septième

et au dix-huitième siècles 199

Toulouse, imp., ED. PRIVAT, rue des Tourneurs, 45.--632

La Vie Universitaire dans l'Ancienne Espagne · 第 10 / 10 段