Monseigneur,
Le duc de Montebello a envoyé ce matin à Votre Altesse un officier
parlementaire, accompagné d'un trompette. Cet officier n'est pas revenu;
je la prie de me faire connaître quand elle a l'intention de le
renvoyer. Le procédé peu usité qu'on a eu dans cette circonstance,
m'oblige à me servir des habitans de la ville pour communiquer avec
Votre Altesse. S. M. l'empereur et roi, mon souverain, ayant été conduit
à Vienne par les événemens de la guerre, désire épargner à la grande et
intéressante population de cette capitale les calamités dont elle est
menacée. Elle me charge de représenter à Votre Altesse que, si elle
continue à vouloir défendre la place, elle occasionnera la destruction
d'une des plus belles villes de l'Europe, et fera supporter les malheurs
de la guerre à une multitude d'individus que leur état, leur sexe et
leur âge devraient rendre tout-à-fait étrangers aux maux causés par les
armes.
L'empereur mon souverain a manifesté dans tous les pays où la guerre l'a
fait pénétrer sa sollicitude pour épargner de pareils désastres aux
populations non armées. Votre altesse doit être persuadée que Sa Majesté
est sensiblement affectée de voir toucher au moment de sa ruine cette
grande ville, qu'elle regarde comme un titre de gloire d'avoir déjà
sauvée. Cependant, contre l'usage établi dans les forteresses, votre
altesse a fait tirer le canon du côté des faubourgs, et ce canon pouvait
tuer non un ennemi de votre souverain, mais la femme ou l'enfant d'un de
ses plus fidèles serviteurs. J'ai l'honneur d'observer à Votre Altesse
que, pendant cette journée, l'empereur s'est refusé à laisser entrer
aucunes troupes dans les faubourgs, se contentant seulement d'en occuper
les portes, et de faire circuler des patrouilles, pour maintenir
l'ordre. Mais si Votre Altesse continue à vouloir défendre la place, Sa
Majesté sera forcée de faire commencer les travaux d'attaque, et la
ruine de cette capitale sera consommée en trente-six heures, par le feu
des obus et des bombes de nos batteries, comme la ville extérieure sera
détruite par l'effet des vôtres. Sa Majesté ne doute pas que toutes ces
considérations n'influent sur Votre Altesse, et ne l'engagent à renoncer
à un projet qui ne retarderait que de quelques momens la prise de la
ville. Je prie Votre Altesse de me faire connaître sa dernière
résolution.
_Signé_, ALEXANDRE BERTHIER.
]
[13: Ce bras est celui dont le commerce se sert pour la navigation; il
est toujours rempli de bateaux.]
[14: Monsieur le vice-amiral Decrès,
Je désire avoir un des bataillons de la flottille à l'armée du Rhin.
Voici quel serait mon but: faites-moi connaître s'il serait rempli.
Douze cents marins seraient fort utiles à cette armée pour le passage
des rivières et pour la navigation du Danube. Nos marins de la garde
m'ont rendu de grands services dans la dernière campagne; mais ils
faisaient un service qui était indigne d'eux. Les marins qui composent
les bataillons de la flottille savent-ils tous nager? sont-ils tous
capables de mener un bateau dans une rade ou dans une rivière?
savent-ils l'exercice d'infanterie? S'ils ont cette instruction, ils me
seront fort utiles. Il faudrait envoyer avec eux quelques officiers de
l'artillerie de marine, et une centaine d'ouvriers avec leurs outils. Ce
serait une grande ressource pour le passage et la navigation des
rivières. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte garde.
Paris, le 9 mars 1809.
NAPOLÉON.
]
[15: Au maréchal Masséna,