Le départ s'effectue de l'usine à gaz de Courcelles, et si M.

Giffard ne peut pas encore obtenir la direction absolue, il confirme

victorieusement ses premiers résultats, obtient la déviation

latérale du navire aérien, et à plusieurs reprises il le fait dévier

de la direction du vent par les mouvements combinés du gouvernail et

de l'hélice.

Au moment du départ, la machine était chauffée à toute pression, et

les spectateurs présents virent avec admiration l'appareil tenir tête

au vent pendant quelques instants. La descente fut périlleuse; par

suite de l'excès d'allongement, le ballon ne garda pas sa stabilité;

une de ses pointes se releva et le système eut la tendance à prendre

la position verticale. En touchant terre, l'aérostat sortit du filet,

qui tomba sur la tête des aéronautes. Il fit une seconde ascension et

retomba en se séparant en deux morceaux qui furent recueillis à une

faible distance du lieu de l'atterrissage.

C'est pendant cette même année 1855 que Giffard prit, à la date du 6

juillet, un second brevet sur son _système de navigation aérienne_.

Le texte de ce brevet, publié dans le _Génie industriel_ de MM.

Armengaud frères[98], est un monument aérostatique d'un puissant

intérêt. L'audacieux ingénieur étudie d'une façon très complète les

conditions de construction d'un aérostat allongé de la forme que

représente la gravure ci-dessous (fig. 84), dont nous donnons la

reproduction exacte, et d'un volume immense, de 220 000 mètres

cubes. La longueur totale de ce navire aérien devait être de 600

mètres et son diamètre au milieu de 30 mètres. Un tel aérostat, dont

la construction ne sera peut-être pas impossible dans l'avenir,

pourrait enlever un moteur de 30 000 kilogrammes, avec un excès de

force ascensionnelle considérable pour les voyageurs, le lest et les

approvisionnements. Henri Giffard démontre par le calcul que la

vitesse propre de ce navire pourrait atteindre 20 mètres par

seconde, et par conséquent dominer presque tous les vents.

[Note 98: _Le Génie industriel_, Revue des inventions

françaises et étrangères. Tome XXIXe, Paris, 1855, page 251.]

[Illustration: Fig. 84.--Projet d'un aérostat à vapeur gigantesque

de 600 mètres de longueur, étudié par Henri Giffard en 1856.]

Giffard se proposait de construire un aérostat semblable, en lui

donnant une pointe un peu plus effilée à l'arrière qu'à l'avant. La

forme de l'aérostat devait être maintenue rigide au moyen d'une

arête fixée sur le sommet et dans toute sa longueur.

Cette pièce, dit Giffard, est destinée à résister à l'effort de

compression qui résulte de l'inclinaison des cordes de

suspension; elle peut être ronde, pleine, creuse, ou présenter

une forme quelconque; on peut aussi, au lieu d'une, en placer

deux, éloignées l'une de l'autre de quelques degrés; on pourrait

enfin en placer une ou deux en un point quelconque du filet ou de

la suspension, et même au-dessous de l'aérostat, pourvu qu'on

arrive au résultat principal de soustraire l'aérostat à tout

effort de compression. Toute la partie inférieure de l'aérostat

est garnie sur toute la longueur, ou à peu près, d'une série de

fils ou bandes, ou tissus élastiques et tendus. Cette élasticité

a pour but de maintenir le tissu de l'aérostat dans un état

continuel de tension, de s'opposer à toute rentrée d'air dans

l'intérieur, et par suite à tout mélange de gaz et d'air, et de

réduire la section transversale et, par suite, la résistance de

l'air, proportionnellement au volume de gaz contenu, volume qui

varie continuellement en raison de la hauteur, de la déperdition

qui a eu lieu précédemment, de la température, et du vide

primitif qui a pu être laissé à dessein au moment du départ.

Tout en faisant ces savantes études, le jeune ingénieur voulait

continuer à bien étudier en petit, les conditions de stabilité et de

fonctionnement dans l'air des aérostats allongés. En 1856, il avait

construit le navire aérien que représente la gravure ci-contre[99]

(fig. 85). Ce ballon, de très petit volume, était muni d'une hélice

que l'aéronaute devait lui-même faire fonctionner: il s'agissait

simplement de faire certaines observations expérimentales. On essaya

de remplir cet aérostat au moyen de gaz hydrogène, que préparait

alors un chimiste nommé M. Gillard en décomposant la vapeur d'eau

par le charbon, mais le gonflement ne put être achevé.

[Note 99: La gravure que nous publions ici pour la première

fois, est faite d'après l'épure originale de Giffard,

actuellement en la possession de M. G. Yon.]

[Illustration: Fig. 85.--Petit aérostat allongé d'expérimentation

construit par Henri Giffard en 1856.]

Toutes ces expériences étaient fort coûteuses; Giffard dut les

abandonner. Il construisit avec Flaud, qui fonda alors l'atelier de

mécanique devenu depuis longtemps déjà l'un des établissements

industriels les plus importants de Paris, de remarquables petites

machines à vapeur à grande vitesse, qui lui rapportèrent bientôt une

centaine de mille francs. Le jeune ingénieur put rembourser ce que

lui avaient prêté ses amis David et Sciama (il eut malheureusement

la douleur de les perdre successivement l'un et l'autre). Il donna

bientôt naissance à l'injecteur des machines à vapeur, une des plus

étonnantes inventions de la mécanique moderne, qui devait faire sa

fortune.

Henri Giffard devint plusieurs fois millionnaire, mais il ne cessa

jamais d'être le travailleur modeste et simple qu'on avait pu

connaître au début de sa carrière. Les ballons restèrent sa

préoccupation constante et l'objet de ses travaux les plus assidus.

Il construisit le premier aérostat captif à vapeur, lors de

l'Exposition universelle de 1867. L'année suivante, il fit installer

à Londres un second aérostat captif qui cubait 12 000 mètres et qui

avait nécessité des constructions gigantesques. Ce matériel coûta

plus de 700 000 francs, que M. Henri Giffard perdit entièrement,

sans proférer une seule plainte. L'éminent ingénieur ne regrettait

jamais la dépense d'une expérience, si coûteuse qu'elle fût, parce

que, disait-il, on en tirait toujours quelque profit.

Henri Giffard fut ainsi conduit peu à peu à donner naissance au

grand ballon captif à vapeur de 1878, véritable monument

aérostatique, que l'on peut appeler une des merveilles de la

mécanique moderne. Tout le monde a encore présent à l'esprit ce

globe de 25 000 mètres cubes, qui enlevait dans l'espace quarante

voyageurs à la fois et ouvrit le panorama de Paris à plus de trente

mille personnes pendant la durée de l'Exposition. Tout était nouveau

dans cette oeuvre colossale, l'aéronautique s'y trouvait transformée

de toutes pièces: tissu imperméable, préparation en grand de

l'hydrogène, détails de construction modifiés et perfectionnés,

Henri Giffard avait tout calculé, tout essayé, tout réalisé. Sa

puissance de conception était inouïe; il pensait à tout et prévoyait

tout. C'était un expérimentateur émérite, un mathématicien éminent,

un esprit d'une ingéniosité exceptionnelle, un mécanicien hors

ligne.

Les grandes constructions aérostatiques, auxquelles il s'était si

vaillamment exercé, devaient lui permettre de réaliser le rêve de

toute sa vie, de reprendre son expérience de 1852, et d'apporter

enfin au monde la solution définitive du problème de la direction

des aérostats. Il avait conçu un projet grandiose, celui de la

construction d'un aérostat de 50 000 mètres cubes, muni d'un moteur

très puissant actionné par deux chaudières, l'une à gaz du ballon,

l'autre à pétrole, afin que les pertes de poids de force

ascensionnelle pussent s'équilibrer. La vapeur formée par la

combustion aurait été recueillie à l'état liquide dans un

condensateur à grande surface de manière à équilibrer les pertes

d'eau de la chaudière.

Que de fois mon regretté maître ne m'a-t-il pas donné dans ses

détails la description de ce monitor de l'air! Tout était calculé,

tout était prêt, jusqu'au million qui devait lui permettre de

l'exécuter, et que l'illustre ingénieur tenait toujours en réserve,

dans quelques-unes des grandes maisons de banque de Paris. D'autres

projets germaient encore dans son cerveau: voiture à vapeur,

locomotive à très haute pression, bateau à grande vitesse;

conceptions puissantes, étudiées avec une persévérance à toute

épreuve et marquées au sceau du génie.

L'ingénieur, venons-nous de dire, avait tout prévu. Mais au-dessus

de la volonté et de la prévoyance humaines, il y a les lois fatales

de la destinée: les plus forts doivent s'y soumettre. La maladie est

venue lutter contre les efforts du grand inventeur; sa vue

s'affaiblit, lui rendant tout travail impossible, ce qui le plongea

dans une douleur extrême. Il y avait un peu de l'athlète dans l'âme

de Giffard, et l'idée de se trouver réduit à l'impuissance, le

rendit inconsolable. Il s'enferma, et lui, qui avait tant aimé la

lumière, l'indépendance et l'action, il vécut dans la solitude et

s'éteignit graduellement, jusqu'au moment où, la tête affolée par la

douleur, il se donna la mort le 15 avril 1882, en respirant du

chloroforme.

II

DUPUY DE LÔME ET L'ÉTUDE DES AÉROSTATS À HÉLICE

Projet d'un aérostat dirigeable pendant le siège de Paris. --

Navire aérien à hélice de M. Dupuy de Lôme. -- Expérience du 2

février 1872. -- Résultats obtenus. -- Projet de M. Gabriel Yon.

En 1870, après nos premières défaites et la chute de l'Empire, Dupuy

de Lôme, auquel la construction des premiers navires cuirassés avait

donné une réputation universelle, accepta de faire partie du Comité

de la défense, et il commença pendant le siège de Paris à s'occuper

d'aérostation. Il présenta à l'Académie des sciences un projet de

ballon dirigeable, pour l'exécution duquel le gouvernement de la

Défense nationale lui ouvrit un crédit de 40 000 francs (28 octobre

1870). Mais cet aérostat, en raison des difficultés de construction,

ne fut prêt que quelques jours avant la capitulation, et il ne

devait être expérimenté que deux ans plus tard. M. Dupuy de Lôme a

exposé en 1872 dans les termes suivants les motifs de ce retard:

C'est le 29 octobre 1870, pendant le siège de Paris par les

armées allemandes, que j'ai été chargé de faire exécuter pour le

compte de l'État un aérostat dirigeable, conçu conformément aux

vues que j'avais exposées à ce sujet à l'Académie des sciences

dans les séances des 10 et 17 du même mois.

J'ai accepté cette mission, sans me dissimuler les difficultés

que j'allais rencontrer pour l'exécution de mon appareil dans

Paris assiégé, avec son industrie désorganisée. Malgré mes

efforts et ceux de mes collaborateurs principaux, M. Zédé,

ingénieur de la marine, et M. Yon, aéronaute, je n'ai pu réussir

assez à temps pour qu'il pût servir pendant le siège.

Des obstacles insurmontables, tels que l'insurrection du 18 mars

et le second siège de Paris, suivis d'autres incidents, m'ont

contraint de retarder encore l'essai de mon aérostat. Ce n'est

qu'au mois de décembre 1871 qu'il m'a été possible de le

préparer, dans un local du Fort-Neuf de Vincennes mis à ma

disposition par le ministre de la guerre. Une commission, nommée

par le ministre de l'instruction publique, a été alors chargée de

constater la remise à l'État de l'appareil, et de suivre l'essai

que je demandais à en faire le plus tôt possible.

Je rappelle que j'ai posé en principe que, pour obtenir un

aérostat dirigeable, il faut d'abord satisfaire aux deux

conditions ci-après:

1º La permanence de la forme du ballon, sans ondulations

sensibles de la surface de son enveloppe;

2º La constitution, pour l'ensemble de l'aérostat, d'un axe de

moindre résistance dans le sens horizontal, et dans une direction

sensiblement parallèle à celle de la force poussante.

J'ai satisfait à la condition de permanence de la forme au moyen

d'un ventilateur porté et manoeuvré dans la nacelle, et mis en

communication par un tuyau en étoffe avec un ballonnet placé à

l'intérieur du ballon à sa partie basse. Le volume de ce

ballonnet est le dixième de celui du grand ballon. Cette

proportion permet de descendre de 866 mètres de hauteur, en

maintenant le ballon gonflé malgré l'augmentation correspondante

de la pression barométrique.

[Illustration: Fig. 86.--Épure de l'aérostat à hélice de Dupuy de

Lôme.]

Ce ballonnet à air est muni d'une soupape s'ouvrant de dedans en

dehors, et réglée par des ressorts, de telle façon que si l'on

venait à souffler mal à propos, ce serait l'air insufflé qui

s'échapperait du ballonnet par cette soupape plutôt que de le

gonfler en refoulant l'hydrogène plus bas que l'extrémité

inférieure des pendentifs. Le grand ballon est muni de deux de

ces pendentifs ouverts à l'air libre et descendant à 8 mètres

au-dessous du plan tangent à la partie basse du ballon.

L'aérostat de Dupuy de Lôme cubait 3 400 mètres; sa longueur de

pointe en pointe était de 36 mètres, son diamètre de 14{m},84 (fig.

86). Gonflé d'hydrogène pur, il avait une force ascensionnelle

considérable, et pouvait enlever huit hommes de manoeuvre destinés à

faire mouvoir l'hélice de propulsion, qui n'avait pas moins de 9

mètres de diamètre. Un gouvernail formé d'une voile triangulaire

était à l'arrière.

[Illustration: Fig. 87.--L'aérostat à hélice de Dupuy de Lôme,

expérimenté le 2 février 1872.]

L'expérience de ce grand navire aérien a été exécutée le 2 février

1872, dans le fort de Vincennes (fig. 87). Elle fut dirigée par M.

Dupuy de Lôme, accompagné de M. Zédé, officier de marine, de M. Yon,

et de huit hommes de manoeuvre. L'aérostat s'éleva assez rapidement.

Dès que l'hélice a été mise en mouvement, l'influence du

gouvernail s'est immédiatement fait sentir dans le sens voulu, ce

qui prouvait déjà que l'aérostat avait une vitesse propre par

rapport à l'air ambiant.

L'anémomètre présenté au courant d'air à l'avant de la nacelle

restait d'ailleurs immobile, tant que l'hélice était stoppée, et

tournait dès que l'on faisait fonctionner l'hélice motrice; il

prouvait donc ainsi que l'aérostat avait une vitesse propre sous

l'influence de son moteur...

La stabilité de la nacelle, due à son nouveau mode de suspension,

a été parfaite; elle n'éprouvait _aucune oscillation_ sous

l'action des huit hommes travaillant au treuil de l'hélice, et

l'on pouvait se porter facilement plusieurs personnes à la fois à

gauche et à droite, ou de l'avant à l'arrière, sans qu'on

s'aperçoive d'aucun mouvement, pas plus que sur le parquet d'un

salon.

Évidemment le centre de gravité se déplaçant, il y avait un petit

changement de quelques fractions de degré dans la verticale de

tout le système, ballon et nacelle; mais il était impossible

d'apercevoir un mouvement relatif de la nacelle par rapport au

ballon, ni rien d'analogue aux oscillations d'une embarcation

flottante dont l'équipage se déplace.

M. Dupuy de Lôme a constaté que le navire aérien, sous le jeu de

l'hélice, se déviait notablement de la ligne du vent, et il a pu

évaluer la vitesse propre du système à 2{m},80 à la seconde.

La descente eut lieu très favorablement au delà de Mondécourt, à 10

kilomètres un quart dans l'est, 17 degrés nord de Noyon.

Il me paraît intéressant, ajoute le savant ingénieur, de relater

ici le fait suivant, sans que j'y attache une importance

exagérée; mais il est cependant de nature à corroborer la

confiance que m'inspire la méthode employée pour mesurer les

directions de route et les vitesses sur le sol.

À 1{h},15', nous avions marqué de notre mieux notre point sur la

carte de l'État-major; malheureusement, je n'ai pas réussi à ce

moment à retrouver sur la terre la cour du Fort-Neuf de

Vincennes, déjà trop éloignée. Quoi qu'il en soit, M. Zédé a

tracé sur la carte, à partir du nouveau point de départ, les

directions et les vitesses que je lui dictais, et quand, sur le

point d'atterrir, nous nous sommes demandé quel pouvait être le

village au-dessus duquel nous allions passer, M. Zédé, confiant

dans sa route tracée sur la carte, nous répondit que ce devait

être Mondécourt, sur les confins du département de l'Oise et de

l'Aisne. Un instant après, les villageois, à qui nous demandions

en passant sur leur tête quel était le nom de leur village, nous

répétaient en criant le nom de Mondécourt.

D'après Dupuy de Lôme, le résultat de cette expérience peut se

résumer ainsi:

1º Stabilité assurée malgré la forme oblongue, grâce au système

du filet de balancine;

2º Maintien de la forme au moyen du ballonnet à air;

3º Faculté de maintenir le cap dans une direction voulue, quand

l'hélice fonctionne, malgré quelques embardées dues en grande

partie à l'inexpérience du timonier;

4º Vitesse déjà importante imprimée à l'aérostat par rapport à

l'air ambiant au moyen de l'hélice mue par huit hommes, cette

vitesse s'étant élevée à 2{m},82 par seconde, ou 10-1/4

kilomètres pour 27-1/2 tours d'hélice par minute;

[Illustration: Fig. 88.--Projet d'un aérostat à vapeur à double

hélice par M. Gabriel Yon.]

5º Le rapport de la vitesse propre de l'aérostat au produit du

pas de l'hélice par son nombre de tours est de 76 pour 100; dans

mon exposé des plans de l'aérostat, j'avais écrit que ce rapport

serait au moins de 74 pour 100. La résistance totale de

l'aérostat, comparée à celle de l'hélice, est donc un peu moindre

que je ne l'avais estimée;

6º Les huit hommes employés pour obtenir ces 27-1/2 tours par

minute développaient, en moyenne, un travail dont je n'ai pas la

mesure exacte, mais que je ne saurais estimer à plus de 60

kilogrammètres, surtout en raison du frottement anormal de

l'arbre de l'hélice dans ses coussinets, dont j'ai parlé

précédemment.

Si l'on parvenait à se mettre bien à l'abri des dangers que

présente une machine à feu portée par un ballon à hydrogène, on

ferait facilement une machine de huit chevaux de 75

kilogrammètres avec le poids des sept hommes, dont on pourrait

diminuer le chiffre de l'équipage, en conservant seulement un

mécanicien sur les huit hommes employés à tourner l'hélice. Le

travail moteur serait ainsi de 600 kilogrammètres, c'est-à-dire

dix fois plus grand, et la vitesse de 10-1/4 kilomètres à

l'heure, obtenue le 2 février, s'élèverait avec le même aérostat

à 22 kilomètres à l'heure. Le combustible et l'eau d'alimentation

pourraient être prélevés sur le lest de consommation. On

obtiendrait ainsi un appareil capable non seulement de se dévier

du lit d'un vent d'un angle considérable par des vents

ordinaires, mais pouvant même assez souvent faire route par

rapport à la terre dans toutes les directions qu'il faudra

suivre.

Dupuy de Lôme a publié, après son expérience, un mémoire volumineux

et d'un grand intérêt, où il étudie d'une façon magistrale les

conditions de fonctionnement des aérostats allongés munis de

propulseurs à hélice[100].

[Note 100: Voy. _Aérostat à hélice_, par M. Dupuy de Lôme.

In-4º, 1872.]

L'éminent ingénieur, par sa haute situation, sa notoriété et son

influence, aura rendu de grands services à la cause de la navigation

aérienne; sa parole était plus écoutée que celle des humbles

pionniers de la science qui, bien avant ses essais, avaient aussi la

conviction et la foi.

L'expérience de 1872 ne devait être d'ailleurs qu'une tentative

préliminaire, et Dupuy de Lôme, nous venons de le voir, a indiqué

que ses huit hommes de manoeuvre seraient remplacés par un moteur

mécanique.

C'est dans cette voie que M. Gabriel Yon, après l'essai de

l'aérostat à hélice, voulut s'engager. L'habile praticien a publié,

en 1880, un remarquable travail, où il propose d'exécuter un

aérostat à vapeur, dont nous donnons l'aspect d'après un modèle

construit en petit (fig. 88)[101]. M. Yon adopte, pour suspendre la

nacelle, un système analogue à celui de Dupuy de Lôme, il se sert de

deux hélices de propulsion, qu'il place de chaque côté de l'aérostat

et à son milieu. Ce projet est fort bien étudié, et l'auteur serait

très capable de le mener à bien, s'il avait entre les mains les

ressources financières nécessaires à une telle entreprise.

[Note 101: _Note sur la direction des aérostats_, par M. L.

Gabriel Yon. In-4º avec planches. Paris, Georges Chamerot,

1880.]

III

LE PREMIER AÉROSTAT ÉLECTRIQUE

Le petit aérostat dirigeable de l'Exposition d'électricité de

Paris en 1881. -- Construction d'un navire aérien à propulseur

électrique par MM. Tissandier frères. -- Expérience du 8 octobre

1883. -- Deuxième expérience du 26 septembre 1884. -- Conclusion.

Au commencement de l'année 1881, l'expérience du bateau électrique

de M. G. Trouvé, dans lequel l'ingénieux constructeur employait un

petit moteur dynamo-électrique actionné par une pile au bichromate

de potasse de sa construction, me donna l'idée d'employer les

moteurs électriques à la navigation aérienne. Henri Giffard se

trouvait condamné par une maladie cruelle, il n'était plus possible

de compter sur ses efforts et sur son concours: je résolus

d'entreprendre des essais en petit à l'aide d'un modèle de dimension

restreinte. Il n'est pas inutile de rappeler ici les avantages au

point de vue aérostatique d'un moteur qui fonctionne sans feu, et

dont le poids reste constant: ces conditions sont des plus

favorables à la propulsion d'un ballon équilibré dans l'air[102].

[Note 102: Nous renvoyons le lecteur désireux, d'avoir de

plus amples détails à ce sujet, à la brochure que nous avons

publiée sur les _Ballons dirigeables_ (Gauthier-Villars,

éditeur).]

J'ai installé à l'Exposition d'électricité, en 1881, un petit ballon

allongé, gonflé d'air, qu'actionnait un minuscule moteur

dynamo-électrique sur la bobine duquel était fixée une hélice, par

l'intermédiaire d'une transmission à engrenage. Le générateur

d'électricité était formé par deux petits accumulateurs, que mon

savant ami Gaston Planté avait construits à mon usage. Ce petit

ballon, attelé à un manège, au milieu de la grande nef du palais de

l'Industrie, se mettait à tourner sous le jeu de son hélice, quand

on mettait le moteur en action, et il atteignait une vitesse de 3

mètres environ à la seconde, avec une force motrice de 1

kilogrammètre (fig. 89). Le petit aérostat pouvait être gonflé

d'hydrogène pur; il enlevait alors son moteur et son générateur.

Ces premiers essais étaient encourageants; ils me décidèrent à aller

au delà. Mon frère Albert Tissandier joignit alors ses efforts aux

miens, et c'est en collaboration, et à frais communs, que nous avons

construit le premier aérostat électrique qui ait enlevé des

voyageurs à l'air libre.

Voici la description succincte de notre appareil:

[Illustration: Fig. 89.--Petit aérostat électrique de M. Gaston

Tissandier à l'Exposition d'électricité en 1881.]

L'aérostat électrique a une forme semblable à celle des ballons de

M. Giffard et de M. Dupuy de Lôme; il a 28 mètres de longueur de

pointe en pointe, et 9{m},20 de diamètre au milieu. Il est muni, à

sa partie inférieure, d'un cône d'appendice terminé par une soupape

automatique. Le tissu est formé de percaline, rendue imperméable par

un nouveau vernis d'excellente qualité[103]. Le volume du ballon est

de 1 060 mètres cubes.

[Note 103: Ce produit est préparé par M. Arnoul, fabricant de

vernis à Saint-Ouen-l'Aumône.]

La nacelle a la forme d'une cage; elle a été construite à l'aide de

bambous assemblés, consolidés par des cordes et des fils de cuivre,

recouverts de gutta-percha (fig. 90). La partie inférieure de la

nacelle est formée de traverses en bois de noyer qui servent de

support à un fond de vannerie d'osier. Les cordes de suspension

enveloppent entièrement la nacelle; elles sont tressées dans la

vannerie inférieure et ont été préalablement entourées d'une gaine

de caoutchouc qui, en cas d'accident, les préserveraient du contact

du liquide acide contenu dans la nacelle, pour alimenter les piles.

[Illustration: Fig. 90.--Nacelle de l'aérostat électrique de MM.

Tissandier frères.]

Les cordes de suspension sont reliées horizontalement entre elles

par une couronne de cordage, située à deux mètres au-dessus de la

nacelle.

Les engins d'arrêt pour la descente, guide-rope et corde d'ancre,

sont attachés à cette couronne, qui a en outre pour but de répartir

également la traction.

La Navigation Aérienne L'aviation Et La Direction Des Aérostats Dans Les Temps Anciens Et Modernes · 第 14 / 17 段