45.--LA CROIX D'ARGENT.

Une pauvre enfant du nom de Jane, errait un soir d'hiver dans les rues

de Londres par un froid glacial. Sans asile, sans pain, elle ne savait

où porter ses pas, car son père et sa mère étaient morts, laissant

l'infortunée dans la plus cruelle détresse. Tout à coup elle voit

briller un morceau de métal entre deux pavés de la rue; elle le

ramasse: c'était un petit crucifix en argent. «Je vais aller le

vendre, se dit Jane; avec ce qu'on m'en donnera, j'achèterai un peu de

pain.»

Vite elle chercha une boutique d'orfèvre, et, au coin d'une rue, elle

en vit une, petite et faiblement éclairée. Jane entra. Une femme

était assise au comptoir, vêtue de deuil; elle avait une figure d'une

expression pure et pieuse; elle leva sur la pauvre fille un bon

regard, et lui dit d'une voix douce:

«Que désirez-vous?

--Voulez-vous acheter ceci?» répondit brusquement Jane, en tendant le

crucifix.

La femme le prit avec respect, et jetant un coup d'oeil sur Jane,

dont la figure malheureuse et sauvage ressortait sur ses vêtements

délabrés, elle lui dit:

«Ma fille, nous achetons les objets d'or et d'argent; mais, dites-moi,

savez-vous ce qu'est ceci?

--C'est de l'argent, je le sais bien!

--Ce n'est pas là ce que je vous demande: savez-vous quel est cet

homme étendu sur la croix?

--Est-ce que je sais, moi!

--Quoi! pauvre enfant, vous ignorez que cet homme est le Fils de Dieu,

qu'il est mort sur la croix pour nous sauver?

--Personne ne m'a jamais parlé de cela.

--Vous ne connaissez pas Jésus-Christ, notre bon Sauveur?

--De quoi nous a-t-il sauvés?

--De l'enfer, et il nous a ouvert le paradis.

--Je n'en savais rien.»

La marchande regarda plus attentivement la pauvre créature debout

devant elle: elle embrassa d'un regard ce visage jeune et flétri, ces

vêtements sordides, et, mal plus terrible, cette stupeur de l'âme

peinte sur ses traits. Sa charité s'émut, ses entrailles de chrétienne

et de mère tressaillirent. Elle dit à Jane:

«Avez-vous des parents, une maison?

--Rien. Mon père est mort sous un buisson, loin d'ici; ma mère est

morte aussi. Comment suis-je venue a Londres? je n'en sais rien.

Comment ai-je vécu? je n'en sais rien non plus; ce que je sais, c'est

que je voudrais bien être au fond de la Tamise, car alors je n'aurais

plus ni froid ni faim.

--Mon enfant, dit la marchande, et ce mot, prononcé avec une indicible

bonté, fit monter les larmes aux yeux de la pauvre Jane, mon enfant,

voulez-vous que je vous conduise dans une maison où vous n'aurez plus

ni faim ni froid et où vous apprendrez à servir le bon Dieu?

--Ni faim ni froid? répéta Jane; ce sera donc le paradis?

--Non, mais le chemin qui y conduit.

La marchande fit entrer dans sa boutique la pauvre fille, lui donna à

souper, la revêtit d'une robe neuve; bientôt Jane dormait dans un lit

sous ce toit hospitalier où le Père céleste l'avait amenée.

Quelque temps après, une des orphelines de la maison du Bon Pasteur,

de Londres, recevait le baptême. Sa joie, sa ferveur attendrissaient

l'assemblée; cette heureuse néophyte était la pauvre Jane, qui avait

pour marraine la bonne marchande, l'instrument des miséricordes du

Seigneur.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 51 / 61 题