25.--LE TERRIBLE ARTICLE.

Lors de mon dernier séjour en Normandie, raconte un médecin bien

connu, le maire d'une commune voisine de Caen, s'affichant depuis

longtemps comme libre-penseur, devint malade de la poitrine. Sa femme

et sa fille, personnes pieuses, voyant que son état était menaçant,

usèrent de toutes leurs industries pour obtenir qu'il laissât venir le

prêtre. À la fin, il leur dit: «Eh bien! soit, faites-le venir, votre

curé; mais avertissez-le que je lui dirai son fait.»

Les deux pauvres femmes allèrent trouver le curé de la paroisse, à qui

elles rapportèrent cette réponse. Il parut très peu s'en effrayer, car

il les pria d'annoncer sa visite pour le lendemain.

Le lendemain donc il se rendit chez le malade, et fut immédiatement

introduit dans sa chambre. Il le trouva tenant à la main un journal.

«Monsieur le curé, lui dit celui-ci à brûle-pourpoint, vous me

surprenez relisant la loi Ferry. J'en étais précisément à l'article 7.

Que pensez-vous de cet article?

--Je pense, répliqua le curé, après un moment de réflexion, que vous

en êtes également à un article qui devrait vous préoccuper bien

davantage.

--Et cet autre article, quel est-il?

--Je n'ose vous le dire.

--Parlez, monsieur le curé, parlez; vous savez que je n'aime pas les

mystères. Et il appuya sur ce mot d'un ton très significatif.

--Puisque vous l'exigez, reprit le prêtre, je parlerai, quoi qu'il

m'en coûte. Sachez donc que l'article auquel j'ai fait allusion,

c'est... l'article de la mort.» Et il se retira.

Le libre-penseur savait bien qu'il était gravement atteint, mais il ne

se croyait pas si près du moment fatal. La déclaration du prêtre le

jeta dans la stupeur, et, grâce sans doute aux prières de son épouse

et de sa fille, la stupeur produisit l'effroi, avec le désir de la

conversion.

Quelques jours après, il faisait appeler le même prêtre et se

réconciliait sincèrement avec Dieu.

* * * * *

Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 31 / 61 题