Une personne très pieuse avait un frère, étudiant en médecine, qui
s'était laissé entraîner par le torrent des mauvais exemples et avait
renoncé aux pratiques de la religion.
Leur mère souffrait d'une maladie de langueur, qui la conduisait peu
à peu au tombeau. Mais ce qui la désolait, c'est qu'elle se sentait
impuissante à arrêter le débordement d'impiété de son fils.
La fille, qui comprenait l'étendue de la douleur de la pauvre mère, et
voyait son malheureux frère courir ainsi à la damnation, s'approcha la
veille de Noël du lit de la malade: «Maman, dit-elle, si je pouvais
aller à minuit à la messe à Notre-Dame-des-Victoires, quelque chose
me dit que l'Enfant de la crèche m'accorderait la conversion de mon
frère.--Ma pauvre enfant! qui t'accompagnerait? Je n'irai jamais plus
avec toi à la messe de minuit.--Eh bien! mon frère.--Ton frère! y
songes-tu? lui qui éprouve une si grande horreur pour l'église, qu'aux
enterrements il ne veut pas entrer et attend a la porte, espères-tu
qu'il te conduirait?--J'essaierai de le décider.--Je ne demande pas
mieux; mais je crains que ton éloquence comme tes caresses ne soient
inutiles.
L'étudiant en médecine reçut de très haut la proposition, qu'il appela
saugrenue. Tant de colère cependant dénote ordinairement un reste de
foi, prisonnière de l'impitoyable libre-pensée.
Sa soeur insista, et, vaincu par cette persistance, vers minuit,
heure à laquelle un homme du monde n'aime pas à dire qu'il préfère
se coucher, l'étudiant la protégeait sur le chemin de la messe et
s'installait auprès d'elle pour la protéger au retour.
La cérémonie fort belle de Notre-Dame-des-Victoires paraissait
l'intéresser; il regardait avec une sorte d'avidité ce spectacle
oublié et ne s'ennuyait pas.
Au moment de la communion, il fut fort étonné; tous défilaient pour se
rendre a la sainte Table. On arriva à son rang, les voisins sortirent,
sa soeur aussi. Il se vit seul. Le vide lui causa une impression
étrange...
Cependant sa soeur recevait l'Enfant-Jésus en la crèche de son coeur
et le réchauffait de l'ardeur de sa prière pour le jeune incrédule.
De son côté, le libre-penseur, prêt à résister fièrement aux
sollicitations de tous les chrétiens assemblés dans l'église,
succombait sous le poids de l'isolement où l'avaient laissé ses
quelques voisins; disons le mot: il eut peur.
Un souvenir d'enfance domina son esprit, il tomba à deux genoux, et
une explosion de sanglots sortit de sa poitrine...
La jeune fille cependant revenait dévotement; elle voit cette
abondance de larmes, et son frère qui se penche à son oreille pour lui
dire: Ma soeur, sauve-moi! Un prêtre! je suis écrasé sous le poids de
mon indignité! Un prêtre! un prêtre!
Ce fut sa soeur qui eut à modérer l'impatience de ce néophyte. À
l'issue de la cérémonie, le prêtre fut trouvé, et bientôt le jeune
homme embrassait sa mère, en lui disant: Je vous rends votre fils.
On ne reposa point en cette belle nuit, pas plus qu'à la crèche de
Bethléem, et à six heures du matin tous deux étaient revenus à la même
place en l'église de Notre-Dame-des-Victoires.
Au moment de la communion, tous quittèrent leur rang pour aller à la
sainte Table; l'étudiant les suivait. Une jeune fille restait seule
prosternée à deux genoux, et le pavé qui avait reçu la nuit les larmes
de repentir, recevait encore des larmes; mais c'étaient des larmes de
joie.
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