23.--LE ZÈLE RÉCOMPENSÉ.

Une personne très pieuse avait un frère, étudiant en médecine, qui

s'était laissé entraîner par le torrent des mauvais exemples et avait

renoncé aux pratiques de la religion.

Leur mère souffrait d'une maladie de langueur, qui la conduisait peu

à peu au tombeau. Mais ce qui la désolait, c'est qu'elle se sentait

impuissante à arrêter le débordement d'impiété de son fils.

La fille, qui comprenait l'étendue de la douleur de la pauvre mère, et

voyait son malheureux frère courir ainsi à la damnation, s'approcha la

veille de Noël du lit de la malade: «Maman, dit-elle, si je pouvais

aller à minuit à la messe à Notre-Dame-des-Victoires, quelque chose

me dit que l'Enfant de la crèche m'accorderait la conversion de mon

frère.--Ma pauvre enfant! qui t'accompagnerait? Je n'irai jamais plus

avec toi à la messe de minuit.--Eh bien! mon frère.--Ton frère! y

songes-tu? lui qui éprouve une si grande horreur pour l'église, qu'aux

enterrements il ne veut pas entrer et attend a la porte, espères-tu

qu'il te conduirait?--J'essaierai de le décider.--Je ne demande pas

mieux; mais je crains que ton éloquence comme tes caresses ne soient

inutiles.

L'étudiant en médecine reçut de très haut la proposition, qu'il appela

saugrenue. Tant de colère cependant dénote ordinairement un reste de

foi, prisonnière de l'impitoyable libre-pensée.

Sa soeur insista, et, vaincu par cette persistance, vers minuit,

heure à laquelle un homme du monde n'aime pas à dire qu'il préfère

se coucher, l'étudiant la protégeait sur le chemin de la messe et

s'installait auprès d'elle pour la protéger au retour.

La cérémonie fort belle de Notre-Dame-des-Victoires paraissait

l'intéresser; il regardait avec une sorte d'avidité ce spectacle

oublié et ne s'ennuyait pas.

Au moment de la communion, il fut fort étonné; tous défilaient pour se

rendre a la sainte Table. On arriva à son rang, les voisins sortirent,

sa soeur aussi. Il se vit seul. Le vide lui causa une impression

étrange...

Cependant sa soeur recevait l'Enfant-Jésus en la crèche de son coeur

et le réchauffait de l'ardeur de sa prière pour le jeune incrédule.

De son côté, le libre-penseur, prêt à résister fièrement aux

sollicitations de tous les chrétiens assemblés dans l'église,

succombait sous le poids de l'isolement où l'avaient laissé ses

quelques voisins; disons le mot: il eut peur.

Un souvenir d'enfance domina son esprit, il tomba à deux genoux, et

une explosion de sanglots sortit de sa poitrine...

La jeune fille cependant revenait dévotement; elle voit cette

abondance de larmes, et son frère qui se penche à son oreille pour lui

dire: Ma soeur, sauve-moi! Un prêtre! je suis écrasé sous le poids de

mon indignité! Un prêtre! un prêtre!

Ce fut sa soeur qui eut à modérer l'impatience de ce néophyte. À

l'issue de la cérémonie, le prêtre fut trouvé, et bientôt le jeune

homme embrassait sa mère, en lui disant: Je vous rends votre fils.

On ne reposa point en cette belle nuit, pas plus qu'à la crèche de

Bethléem, et à six heures du matin tous deux étaient revenus à la même

place en l'église de Notre-Dame-des-Victoires.

Au moment de la communion, tous quittèrent leur rang pour aller à la

sainte Table; l'étudiant les suivait. Une jeune fille restait seule

prosternée à deux genoux, et le pavé qui avait reçu la nuit les larmes

de repentir, recevait encore des larmes; mais c'étaient des larmes de

joie.

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Les joies du pardon Petites histoires contemporaines pour la consolation des coeurs chrétiens · 第 29 / 61 题