=ROMANCE=
Elle folâtre en ces lieux pleins de charmes,
Tout me le dit, oui, mon coeur le sent bien.
Séjour joyeux, tu bannis mes alarmes,
Dieu des amours, quel bonheur est le mien!
Bosquet fleuri, témoin de notre flamme,
Je te revois, ce n'est point une erreur,
Ruisseau chéri, c'est à toi que mon âme
Veut en ce jour confier son bonheur.
Mais la voilà! comme elle est embellie;
Ah! que d'attraits, que d'aimables appas!
Elle sourit... combien elle est jolie!
Charmante Emma, je vole sur tes pas.
Mars 1828.
=Nelson Desbrosses.=
[Note 1: Surnom donné par l'auteur de cette romance et par Numa
Lanusse au Chemin du Bayou, à cause du grand nombre de jeunes et jolies
jeunes filles qui demeuraient aux environs de la maison Clarke.]
On voit quel soin nos poètes mettaient à chanter les jeunes beautés de
leur époque.
Le Village aux Perles est sans doute le lieu qui a inspiré Armand
Lanusse lorsque, dans son Introduction aux _Cenelles_ il a fait allusion
aux "charmantes Louisianaises dont la beauté, les grâces et l'amabilité
se conserveront sans doute dans toute leur merveilleuse pureté chez
celles qui leur succéderont." Desbrosses s'est bien acquitté de sa
tâche. Comme ce ravissement est naturel: "La voilà! comme elle est
embellie!"
Nous avons encore, de nos jours, bon nombre de ces perles...
M. Nelson Desbrosses était natif de la Nouvelle-Orléans. C'était un
homme éminemment respectable et sympathique. Comme la plupart de ses
contemporains, il a reçu les avantages de l'instruction dans une école
privée et sous des maîtres consciencieux. En grandissant, il s'est senti
de son temps, et il a cultivé les Muses. Il s'est rapproché de la
société des bardes de son époque, et c'est ainsi que nous trouvons ses
vers dans les _Cenelles_.
Nelson Desbrosses a visité Haïti, où il a passé plusieurs années De Sa
vie; néanmoins, c'est en Louisiane qu'il s'est fait une carrière.
Il était connu non seulement comme poète, mais, plus encore, comme homme
de bien. Doué par la nature de certaines aptitudes particulières, il
prit le parti de les développer sérieusement. Dans la poursuite de cette
résolution, il se fit l'ami du célèbre Valmour, qui le prépara et de qui
il reçut les conseils nécessaires pour obtenir la puissance qu'il
désirait acquérir dans "l'imposition des mains et dans la transmission
des messages _spirituels_". Avec le temps, il devint un maître dans cet
art salutaire, ainsi qu'un grand nombre de ses obligés peuvent encore
l'attester.
=M. F. LIOTAU=
=UNE IMPRESSION=
Eglise Saint-Louis, vieux temple reliquaire,
Te voilà maintenant désert et solitaire!
Ceux qui furent commis ici-bas à tes soins,
Du tabernacle saint méprisant les besoins,
Ailleurs ont entraîné la phalange chrétienne.
Jusqu'à ce que chacun de son erreur revienne,
Sur tes dalles, hélas! on ne verra donc plus
S'agenouiller encor les enfants de Jésus,
Qui, l'oreille attentive et l'âme timorée,
Savouraient d'un pasteur la parole sacrée?
Et de ton sanctuaire, espace précieux,
L'encens n'enverra plus son parfum vers les cieux!...
Tes splendides autels, tes images antiques,
Tes croix, tes ornements et tes saintes reliques,
Hélas! vont donc rester dans un profond oubli
Qui les range déjà sous son immense pli!...
O toi, temple divin, toi dernière demeure
Des hommes bien-aimés que le peuple encor pleure,
Et qui, peut-être aussi, ressentant tous tes maux,
Gémissent comme nous du fond de leurs tombeaux;
Toi qui me vis, enfant, en ton enceinte même
Recevoir sur mon front les signes du baptême;
Hélas! ai-je grandi pour te voir en ce jour
Désert, abandonné peut-être sans retour!...
Auguste et pur asile où toute âme est ravie,
Lorsque se chante en choeur la sainte liturgie,
Resteras-tu toujours privé de tout honneur?
Puisque jamais en vain nous prions le Seigneur,
Chrétiens, unissons-nous; quand ce Dieu tutélaire
A versé tout son sang pour nous sur le Calvaire,
Espérons qu'en ce jour Lui seul, puissant et fort,
En le priant du coeur, changera notre sort;
Prions si nous voulons que sa miséricorde
Détruise parmi nous la haine et la discorde.
Déjà cette espérance, en tarissant nos pleurs,
N'a-t-elle point versé son baume dans nos coeurs?
N'avons-nous point revu la foule orléanaise
Quand vint la noble fête[2], au vieux temple tout aise?
Alors le vrai bonheur brillait dans tous les yeux,
Car tout fut oublié dans cet instant heureux!
Chrétiens, un autre effort penchera la balance
Sans doute vers la paix, gardons-en l'assurance;
Et nous verrons encor comme dans le passé,
Le peuple chaque jour au temple délaissé!...
=M. F. Liotau.=
[Note 2: Sainte-Barbe, patronne des artilleurs.]
F. Liotau nous a laissé de très bonnes pièces. Le morceau que nous avons
choisi, _Une Impression_, est une de ses plus heureuses productions.
Dans ses vers, l'auteur exprime son respect pour la Religion catholique
et ses voeux pour l'union des coeurs chrétiens. Liotau soigne son style
dans tout ce qu'il écrit, depuis le badin jusqu'au grave. Liotau est
spirituel et fécond: il ne manque jamais de sel dans ces poésies, et il
s'arrête à la fin de son oeuvre sans s'épuiser. Nous tenons de ce poète:
_Un an après._--_Eline._--_Mon Vieux Chapeau._--_À Ida._--_Couplets
chantés à une Noce._--_À un Ami qui m'accusait de Plagiat._--_Un
Condamné à Mort._
=AUGUSTE POPULUS=