Air: =J'entends au loin l'archet de la folie=.
Heureux amants, ô vous qui de Cythère,
Entreprenez le voyage incertain,
Puisse un doux vent, puisse une mer prospère
Conduire au but votre amoureux destin.
Que de vos coeurs de sinistres images
Ne viennent point troubler le doux transport;
Voguez, amis, sans craindre les orages,
Nos voeux ardents vous conduiront au port.
La nef bondit et les vents sont propices,
Un doux espoir flatte vos tendres coeurs;
L'amour vous suit, et d'abord pour prémices,
Ce Dieu charmant vous couronne de fleurs.
Pour prévenir tempêtes et naufrages,
Nous prions tous, et d'un commun accord.
Voguez, amis, sans craindre les orages,
Nos voeux ardents vous conduiront au port.
Un vent moins pur que le soupçon enfante
De votre marche a retardé l'essor;
Le ciel s'ombrage et la vague écumante
Va vous couvrir!...--Non, l'espoir luit encor.
La vérité dissipe les nuages
Et l'air plus frais vous pousse sans effort.
Voguez, amis, sans craindre les orages,
Nos voeux ardents vous conduiront au port.
Déjà la plage à vos yeux se présente,
Et jusque là le bonheur vous a lui.
L'Amour s'en va, et l'Amitié constante
Est avec vous; ce sera votre appui.
Votre oeil sourit à de charmants présages,
De beaux enfants veillent sur votre sort;
Voguez, amis, sans craindre les orages,
Leurs voeux, leurs soins vous conduiront au port.
M. Numa Lanusse a aussi composé une autre pièce intitulé:
_Justification_. Cette pièce fait partie des _Cenelles_ et soutient la
réputation de l'auteur. À ce qu'il paraît, il était accusé par une
demoiselle d'avoir produit des couplets contre elle. C'est cette
accusation qui a donné lieu à _Justification_. Nous regrettons ne
pouvoir imprimer la romance dans son entier, faute d'espace, mais nous
croyons devoir en extraire les lignes qui vont suivre et que nous
entendons souvent répéter dans notre population, la plupart des
personnes qui les citent en ignorant peut-être l'origine:
"N'écoutez pas le dicton populaire,
Car trop souvent il détruit le bonheur."
Il y a plus de poésie dans ces deux lignes qu'un étranger ne le pourrait
croire, le Créole seul peut bien en apprécier la philosophie.
=DESORMES DAUPHIN=
On verra que la pièce qui va suivre est l'expression du désespoir. Il y
a une chose bien remarquable chez tous nos poètes, c'est qu'ils mettent
de l'âme dans toutes leurs compositions. Que le sujet soit triste ou
gai, simple ou majestueux, l'expression, la manière dont ils exposent
leurs idées ne manquent jamais d'être l'effet de l'art rehaussé par
l'affirmation du sentiment.
Dans ces lignes de Dauphin, tout est morne et lugubre. Le poète semble
les avoir conçues sous l'empire d'une funeste résolution.
Cependant, pour la clarté des pensées, pour l'élévation des sentiments,
comme pour la pureté du langage, rien, dans le genre choisi, ne peut
surpasser l'excellence des strophes ici reproduites.
=ADIEUX=
Objet chéri, pourquoi de ma tendresse,
Avoir si tôt suspendu les transports?
Te souviens-tu des jours où ton ivresse
Me promettait un bonheur sans remords?
Adieu, pardonne à mon âme attendrie
De ne pouvoir se détacher de toi;
Je vais payer aujourd'hui de ma vie
Le temps heureux où je reçus ta foi.
Adieu! de la voûte céleste,
Je veillerai sur ton destin;
Là finira le sort funeste
Qui de mes jours approche ici la fin.
Quand, tourmenté d'une peine secrète,
Ton faible coeur connaîtra la douleur,
Viens prier Dieu sur ma tombe discrète,
Soudain pour toi renaîtra le bonheur.
Et, l'Eternel exauçant ta prière,
En souvenir de nos amours passés,
Pose une fleur au marbre tumulaire
Qui couvrira mes restes desséchés.
Adieu! de la voûte céleste,
Je veillerai sur ton destin;
Là, finira le sort funeste,
Qui de mes jours approche ici la fin.
=NELSON DESBROSSES=