L'AMANT DEDAIGNE

Perfide amour, divinité rebelle

Toi qui régis les mortels et les dieux,

Pourquoi faut-il que ta flèche cruelle

Frappe le sein d'un mortel dédaigneux?

Moi qui voulais dans le printemps de l'âge

Jouir en paix des plaisirs les plus doux,

Tu me fixas dans ma course volage;

De mon bonheur ton coeur fut-il jaloux?

Plus d'attraits, plus de charme,

Tout est triste à mes yeux,

Tout m'afflige et m'alarme,

Le jour m'est odieux.

Mes membres s'affaiblissent...

Que vais-je devenir?...

Mes yeux s'appesantissent,

Hélas! faut-il mourir!

Dis-moi, ma douce amie,

Dis-moi, que t'ai-je fait?

Sans toi je hais la vie,

Sans toi tout me déplaît.

Tu ne dis rien encore...

Que vais-je devenir?

Vainement je t'implore,

Hélas! je vais mourir!

Dis-moi quel est mon crime,

Ne puis-je le savoir?

Serais-je la victime

D'un cruel désespoir?

Tu gardes le silence...

Que vais-je devenir?

Prononce ma sentence,

Dis-moi, dois-je mourir?

C'en est fait, je succombe

À mon sinistre sort

Sur mon front déjà tombe

Le voile de la mort!...

Adieu, cruelle amie,

Mes tourments vont finir;

Je quitte cette vie,

Adieu, je vais mourir.

=J. BOISE=

Jean Boise avait la réputation d'être un excellent écrivain, mais sa

raison s'est voilée à cette période de sa vie où il promettait le plus

pour les lettres. Ses amis l'ont beaucoup regretté à cause de son beau

caractère et de ses heureux talents. Sa démence devint une maladie qui

termina ses jours trop tôt pour l'espoir de ses contemporains.

La dernière stance du morceau que nous publions de lui révèle, comme le

dirait Lamartine, une "âme triste jusqu'à la mort".

* * *

=BOWERS=

I

Naguère un orphelin à la plaintive voix

Exhalait ses douleurs au champ semé de croix;

Il chantait, et l'oiseau, caché sous le feuillage,

Semblait, pour l'écouter, suspendre son ramage.

Il chantait, et des vents l'haleine se taisait;

Le murmure des eaux, triste, s'assoupissait;

Il chantait, et mon coeur, attendri jusqu'aux larmes,

Se fondait au récit de ses longues alarmes;

Il chantait, et parfois ses funèbres accords

Faisaient glisser soudain un frisson sur mon corps!

Nos Hommes et Notre Histoire Notices biographiques accompagnées de reflexions et de souvenirs personnels · 第 34 / 57 题