Au moment où celui-ci reçut à Cambrai la première nouvelle de sa
condamnation, il allait monter dans sa chaire pour parler au peuple
sur un sujet sacré qu'il méditait depuis quelques jours. Il n'eut pas
le temps d'échanger une seule parole avec son frère, qui lui avait
apporté le coup pour l'adoucir. Les assistants ne le virent ni rougir,
ni pâlir à cette douleur. Il s'agenouilla seulement un moment, le
front dans ses mains, pour changer le sujet et le plan de son
discours, et, se relevant avec la sérénité de son inspiration
ordinaire, il parla avec une onction pénétrante sur la soumission sans
réserve, due dans toutes les conditions de la vie, à la légitime
autorité de ses supérieurs.
Le bruit de sa condamnation, répandu de bouche en bouche par des
chuchotements dans sa cathédrale, attirait tous les regards sur lui,
et sa résignation invitait aux larmes.
Sa peine n'était pas dans son orgueil, elle était dans son incertitude
de conscience, il avait remis sa conscience à l'Église, elle avait
prononcé; il crut entendre la voix de Dieu et il s'inclina sous
l'arrêt.
«L'autorité a déchargé ma conscience, écrivait-il le soir même de ce
jour; il ne me reste plus qu'à me soumettre et me taire, et à porter
en silence mon humiliation. Oserais-je vous dire que c'est un état qui
porte avec soi sa consolation pour un homme droit qui ne tient pas au
monde? Il en coûte sans doute à s'humilier; mais la moindre résistance
coûterait cent fois davantage à mon coeur.»