XXIX

Au moment où celui-ci reçut à Cambrai la première nouvelle de sa

condamnation, il allait monter dans sa chaire pour parler au peuple

sur un sujet sacré qu'il méditait depuis quelques jours. Il n'eut pas

le temps d'échanger une seule parole avec son frère, qui lui avait

apporté le coup pour l'adoucir. Les assistants ne le virent ni rougir,

ni pâlir à cette douleur. Il s'agenouilla seulement un moment, le

front dans ses mains, pour changer le sujet et le plan de son

discours, et, se relevant avec la sérénité de son inspiration

ordinaire, il parla avec une onction pénétrante sur la soumission sans

réserve, due dans toutes les conditions de la vie, à la légitime

autorité de ses supérieurs.

Le bruit de sa condamnation, répandu de bouche en bouche par des

chuchotements dans sa cathédrale, attirait tous les regards sur lui,

et sa résignation invitait aux larmes.

Sa peine n'était pas dans son orgueil, elle était dans son incertitude

de conscience, il avait remis sa conscience à l'Église, elle avait

prononcé; il crut entendre la voix de Dieu et il s'inclina sous

l'arrêt.

«L'autorité a déchargé ma conscience, écrivait-il le soir même de ce

jour; il ne me reste plus qu'à me soumettre et me taire, et à porter

en silence mon humiliation. Oserais-je vous dire que c'est un état qui

porte avec soi sa consolation pour un homme droit qui ne tient pas au

monde? Il en coûte sans doute à s'humilier; mais la moindre résistance

coûterait cent fois davantage à mon coeur.»

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 143 / 188 题