Aussitôt qu'on eut connaissance à Paris de ces aveux du délire, on fit
transférer le religieux au château de Vincennes. Là il écrivit, sous
l'insinuation, sous la contrainte, à madame Guyon une lettre où il
l'exhortait, comme sa complice, à confesser leurs égarements et à se
repentir. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, lut cette
lettre à madame Guyon et la somma d'avouer les désordres confessés par
le religieux. Celle-ci se souleva contre une telle horreur et fut
transférée, pour subir une plus étroite captivité, à la Bastille, où
elle persista dans son innocence et dans son supplice. On s'empressa
néanmoins d'envoyer ces lettres infamantes à Rome, pour y ternir celui
qu'on voulait perdre.
Le cardinal de Noailles, Bossuet, madame de Maintenon elle-même, sur
la foi de ces rêves d'un insensé, ne doutèrent plus du crime du
religieux et de madame Guyon.
«Ces lettres, écrivait l'abbé Bossuet à son oncle, feront plus
d'impression que vingt démonstrations théologiques.»
La démence du religieux ne tarda pas à éclater. On le jeta dans une
loge d'aliénés, où il mourut dans le délire.
On fut forcé de reconnaître que Fénelon n'avait jamais vu ce religieux
et n'avait entretenu aucune correspondance avec lui. On se vengea de
cette déception de l'animosité par l'expulsion de tous les amis de
Fénelon de la cour du duc de Bourgogne.