Le roi, qui se mêlait de théologie, sans rien comprendre que la
discipline et l'autorité infaillible, témoigna son mécontentement.
Madame de Maintenon, tremblant de se compromettre aux yeux du roi, se
hâta de désavouer ses amis et de retirer ses faveurs. Elle pressa la
nomination d'un tribunal de docteurs pour juger les questions et pour
la décharger d'une responsabilité qui lui pesait dans cette affaire.
Les conférences s'ouvrirent. Bossuet les dominait; étranger à ces
susceptibilités, il priait encore Fénelon de l'initier à ces
exaltations mystiques qu'il appelait d'amoureuses extravagances.
Fénelon analysait pour Bossuet ces livres français, espagnols ou
italiens, où madame Guyon avait puisé ses propres enthousiasmes.
Madame de Maintenon, craignant que Fénelon ne se trouvât compromis
dans ces réprobations de l'Église de Paris, et arraché ainsi à la
cour, employa pour le détacher de madame Guyon la séduction de la
faveur royale. Le roi le nomma archevêque de Cambrai. À ce titre,
madame de Maintenon espérait le faire associer lui-même aux évêques
qui jugeaient madame Guyon, et le contraindre à réprouver ainsi comme
pontife, ce qu'il avait admiré comme ami.
Fénelon s'alarma au premier moment d'une dignité qui devait l'enlever
à son élève. Il représenta au roi que la première dignité à ses yeux
était la tendresse qui l'attachait à son petit-fils, et qu'il ne
changerait volontairement contre aucune autre. «Non, lui répondit avec
bonté Louis XIV, j'entends que vous restiez en même temps précepteur
de mon petit-fils. La discipline de l'Église ne vous impose que neuf
mois de résidence dans votre diocèse; vous donnerez vos trois autres
mois à vos élèves ici: et vous surveillerez de Cambrai leur éducation
pendant le reste de l'année, comme si vous étiez à la cour.»