Mais le _Télémaque_ était encore le secret de Fénelon; il l'écrivait
dans le palais de Louis XIV. Il devait le dérober aux yeux du roi et
des courtisans jusqu'à la fin de ce règne.
Dans ce livre était une terrible accusation: il la réservait pour
l'époque où le duc de Bourgogne atteindrait à la maturité des années
et s'approcherait des degrés du trône. C'était la confidence scellée,
qui resterait ignorée à jamais jusque-là entre le maître et le
disciple. Peut-être aussi ce livre était-il destiné à être, au moment
de l'avénement du jeune prince à la couronne, la proclamation d'une
politique nouvelle, le programme d'un gouvernement _fénelonien_;
c'était aussi une sorte de candidature indirecte au rôle de premier
ministre, dont Fénelon pouvait avoir le pressentiment sans s'en
avouer à lui-même l'ambition.