À son retour du Poitou, Fénelon fut désigné au roi, par le duc de
Beauvillers et par madame de Maintenon, pour précepteur du duc de
Bourgogne, son petit-fils. L'amitié eut la première pensée de Fénelon
après son élévation. Il fit nommer l'abbé Fleury sous-précepteur, et
l'abbé de Langeron lecteur du jeune prince. L'abbé de Beaumont, son
neveu, fut associé comme sous-précepteur à l'abbé Fleury.
Le jeune disciple, par son caractère, donnait autant à redouter qu'à
espérer de sa nature. Dur, colère jusqu'aux emportements contre les
choses inanimées, incapable de souffrir la moindre contradiction,
opiniâtre à l'excès, passionné pour tous les plaisirs, la bonne chère,
la chasse, la musique, le jeu, où il ne pouvait supporter d'être
vaincu; il ne regardait les hommes que comme des atomes, avec qui il
n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. L'esprit, la
pénétration brillaient en lui de toutes parts jusque dans ses
violences; ses reparties étonnaient, ses réponses tendaient toujours
au juste et au profond; il se jouait des connaissances les plus
abstraites; l'étendue et la vivacité de son esprit étaient
prodigieuses et l'empêchaient de se fixer sur une seule chose à la
fois. Tel était l'enfant qu'on donnait à transformer à Fénelon. Le
roi, madame de Maintenon et le duc de Beauvillers avaient été
admirablement servis par le hasard ou par le discernement, en
rencontrant et en choisissant un tel maître pour un tel disciple.
Fénelon avait reçu de la nature les deux dons les plus nécessaires à
ceux qui enseignent: le don d'imposer et le don de plaire. Il ne
tarda pas à captiver la cour tout entière, à l'exception des envieux
et du roi, qui avait contre le génie les préventions du plus simple
bon sens, et qui n'aimait pas qu'on regardât trop un autre homme que
lui dans sa cour.