Bossuet jeta les yeux sur Fénelon. Celui-ci, qu'il présenta pour la
première fois à Louis XIV, ne demanda pour toute grâce au roi que de
désarmer la religion de toute force coercitive, d'éloigner les troupes
des provinces qu'il allait visiter, et de laisser la parole, la
charité et la grâce opérer seules sur les convictions qu'il voulait
éclairer et non dompter. Louis XIV fut charmé de l'extérieur, de la
modestie, de l'éloquence naturelle du jeune prêtre. Il lui confia les
missions du Poitou.
Fénelon s'adjoignit, pour cette oeuvre, l'abbé Langeron et l'abbé
Fleury. Il ne tarda pas à pacifier les esprits, et obtint des
abjurations libres. Accusé d'indulgence par les agents de la
persécution: «Si l'on veut, écrivit-il à Bossuet, leur faire abjurer
le christianisme et adopter le Coran, il n'y a qu'à leur renvoyer les
dragons.--Continuez à faire venir des blés, écrit-il ailleurs aux
ministres du roi, c'est la controverse la plus persuasive pour eux...
Les peuples ne se gagnent que par la parole. Il faut leur trouver
autant de douceurs à rester dans le royaume, que de périls à en
sortir.»