Il touchait à sa soixantième année; sa santé toujours souffrante,
quoique pleine de cette éternelle séve d'esprit qui est la vie sous la
forme de l'activité morale, lui faisait un besoin de la solitude.
Il avait aigri contre lui le roi et la cour par ses éloges
retentissants du roi de Prusse. L'héroïsme de Frédéric le Grand était
un reproche tacite de la mollesse de Louis XV; soit que les lettres
qu'il recevait de Paris lui fissent redouter de vivre trop près de
Versailles, soit qu'un avertissement secret de la cour lui interdît de
s'en rapprocher sans exposer sa liberté, il résolut de chercher un
asile hors de la portée de ces arbitraires des rois. Sa fortune
considérable, indépendante des caprices et des confiscations des
gouvernements, était en partie disponible, en partie placée en rentes
sur les différentes contrées de l'Europe; elle s'élevait à deux cent
mille livres de rente; ses besoins personnels bornés laissaient une
grande partie de ce revenu à la disposition de ses goûts pour des
libéralités princières, le reste en économie pour les éventualités
extrêmes de sa vieillesse.