François-Marie Arouet naquit à Châtenay, petit village des environs de
Paris, le 20 février 1694. Il ne prit qu'à vingt-cinq ans le nom de
Voltaire d'un petit fief de sa mère dans l'Anjou. Son père était un
des membres de la haute bourgeoisie de Paris. Des fonctions
honorables, l'élégance des moeurs, la fortune et les lumières
rapprochaient cette classe de l'aristocratie: il était trésorier de la
Chambre des comptes. La Chambre des comptes, corps presque
parlementaire, exerçait le contrôle de la comptabilité du royaume. Sa
mère, Catherine Daumart de son nom, était une femme d'une grande
beauté, d'un esprit délicat et cultivé, centre d'une société choisie
d'écrivains, de diplomates étrangers et de courtisans qui
recherchaient dans son salon les charmes de sa figure et de son
entretien. C'est de cette mère enivrante et gracieuse que l'enfant
reçut avec le sang le don de la grâce, le don le plus naturel de
l'esprit de Voltaire. Son génie, en effet, commença par la grâce, ce
don féminin qui est la jeunesse de l'esprit. Sa mère, à l'époque de la
naissance de ce fils, était liée d'amitié avec un seigneur napolitain
de haute naissance qui avait été également lié avec la mère du duc de
Richelieu, l'ami futur et inséparable de Voltaire. Cette liaison du
diplomate italien avec ces deux femmes, l'une de la cour, l'autre du
parlement, et la ressemblance des deux enfants, de visage et de
caractère, a fait rechercher sans preuve par quelques écrivains
curieux des indices de parenté indirecte entre Voltaire et le duc de
Richelieu. La verve étincelante et facétieuse de l'Italie méridionale
aurait expliqué ainsi par sa source l'originalité étrangère et
quelquefois burlesque de l'imitateur futur d'Arioste. Mais rien ne
motive cette rumeur du temps que ces chuchotements de salon qui sont
les vengeances de l'envie contre l'esprit et la beauté des femmes
célèbres. On trouvera de meilleures explications de la ressemblance
des deux amis dans la fréquentation des mêmes sociétés spirituelles,
élégantes et licencieuses qui furent le berceau de leur esprit.
L'enfant reçut une éducation soignée dans le collége des jésuites de
Paris; le Père Porée, son professeur de rhétorique, présagea un grand
homme dans son élève. L'élève, à son tour, devenu grand homme,
conserva un penchant de coeur pour l'éducation libérale des jésuites,
et une reconnaissance filiale pour son maître, le Père Porée.