On pourra lui contester beaucoup des qualités qui concourent à former
un génie accompli et à laisser de lui une idée digne de la mission
d'un de ces hommes que la postérité relève après leur malheur ou leur
mort.
Il ne fut point assez honnête pour être offert en exemple à l'avenir.
Il chercha à briller plus qu'à servir.
Il eut l'idée juste et la conduite fausse.
Il affecta des passions, des affections et des haines qu'il n'avait
pas.
Il eut un rôle dans sa vie politique, au lieu d'une conviction, et il
en changea souvent.
Il fut à lui-même sa première pensée: toutes les fois qu'il y eut à
choisir entre sa patrie et lui, il ne songea qu'à lui-même; il prit le
_décorum_ pour l'honneur, et l'honneur pour la vertu.
Tel fut l'homme, plus acteur que citoyen.
Malgré le nombre et l'éclat de ses images, il ne fut pas poëte. Le
mystère qui donne à l'écrivain le droit de dire: _Je chante_, lui
manqua; il ne fit jamais que parler et écrire, le chant inspiré
faillit sur ses lèvres.
Mais, à cela près, il eut tous les talents qu'on peut emprunter à la
terre, et que le ciel ne donne pas directement et mystérieusement à
l'espèce humaine.
Et il eut même ces talents divers à un degré qui se fait reconnaître
de lui-même, qui devient sa conscience dans l'âme d'autrui, qui réfute
toutes les critiques, qui renverse toutes les jalousies et qui fait
dire à tout un siècle: IL EST GRAND!
Cette exclamation d'un siècle est le sceau du génie.
Il fut et il restera le plus grand écrivain de la France dans un
siècle où tout était muet, mais où tout allait renaître.
Il fut à lui seul notre renaissance.
L'avenir portera son nom.
Soyez grand, et moquez-vous du reste; vous êtes immortel.