Les Bourbons, qui durent en grande partie à Chateaubriand leur chute
fatale, en 1830, ne lui durent qu'un grand service: la guerre
d'Espagne. Malgré ce qu'en dirent les libéraux parlementaires du
temps, cette guerre fut une grande et heureuse audace, digne d'un
homme d'État. Les Bourbons, chefs de cette maison, ne pouvaient, sans
déshonneur, voir la monarchie d'Espagne s'avilir et tomber, sans lui
tendre la main. L'honneur, pour la monarchie consanguine, n'est pas
seulement une décoration, c'est un devoir. Chateaubriand le sentit et
osa faire de cette convenance, un dogme politique. Il rallia par là
l'armée française à la maison des Bourbons, et fit rentrer la gloire
sous ses drapeaux. C'était une grande idée toute simple; les peuples
la comprirent. Ils comprirent peu les idées mixtes qui se refusent aux
imprudences héroïques: le salut des circonstances douteuses où les
Bourbons délibéraient. M. de Villèle penchait visiblement du côté de
l'inaction, M. de Chateaubriand entraîna tout vers la guerre, et le
dieu des projets généreux lui donna raison; la dernière grande action
de la race de Louis XIV fut son ouvrage. On ne peut l'oublier, il
perdit les Bourbons, mais il les illustra.