LXXIII

Les Bourbons, qui durent en grande partie à Chateaubriand leur chute

fatale, en 1830, ne lui durent qu'un grand service: la guerre

d'Espagne. Malgré ce qu'en dirent les libéraux parlementaires du

temps, cette guerre fut une grande et heureuse audace, digne d'un

homme d'État. Les Bourbons, chefs de cette maison, ne pouvaient, sans

déshonneur, voir la monarchie d'Espagne s'avilir et tomber, sans lui

tendre la main. L'honneur, pour la monarchie consanguine, n'est pas

seulement une décoration, c'est un devoir. Chateaubriand le sentit et

osa faire de cette convenance, un dogme politique. Il rallia par là

l'armée française à la maison des Bourbons, et fit rentrer la gloire

sous ses drapeaux. C'était une grande idée toute simple; les peuples

la comprirent. Ils comprirent peu les idées mixtes qui se refusent aux

imprudences héroïques: le salut des circonstances douteuses où les

Bourbons délibéraient. M. de Villèle penchait visiblement du côté de

l'inaction, M. de Chateaubriand entraîna tout vers la guerre, et le

dieu des projets généreux lui donna raison; la dernière grande action

de la race de Louis XIV fut son ouvrage. On ne peut l'oublier, il

perdit les Bourbons, mais il les illustra.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 64 / 188 题