Son _Itinéraire_ eut un prodigieux succès; c'était la gloire
moissonnée à vol d'oiseau par un homme de génie sur les sites
consacrés du monde: les gens de lettres y trouvaient des phrases
mémorables; les chrétiens, des dévotions exemplaires; les savants, des
textes sacrés; tout le monde, des descriptions pittoresques achevées,
et l'intérêt qui s'attachait alors aux navigations d'un homme célèbre
embellies par un écrivain supérieur. C'était la grande flatterie de
l'antiquité adressée à tous les partis qui veulent être adulés, assez
de vérités pour être intéressant, assez de mensonges pour orner le
vrai, et surtout assez d'élégance et de perfection de langage pour
enchanter tous les lecteurs. Voyager ainsi, c'est cueillir les fleurs
de la terre; mais, pour les offrir au monde, il faut les rassembler en
gerbes, où chaque couleur, en contraste avec l'autre, présente un
tableau brillant ou touchant aux yeux.
Tout voyageur est un peintre. Le plus parfait des écrivains devait
être le plus parfait des voyageurs. Chateaubriand avait été l'un et
l'autre. Le monde fut charmé, et l'_Itinéraire à Jérusalem_ fut et
demeure son chef-d'oeuvre. Sa renommée fut achevée, il ne lui resta
qu'à décroître.