LXII

Son _Itinéraire_ eut un prodigieux succès; c'était la gloire

moissonnée à vol d'oiseau par un homme de génie sur les sites

consacrés du monde: les gens de lettres y trouvaient des phrases

mémorables; les chrétiens, des dévotions exemplaires; les savants, des

textes sacrés; tout le monde, des descriptions pittoresques achevées,

et l'intérêt qui s'attachait alors aux navigations d'un homme célèbre

embellies par un écrivain supérieur. C'était la grande flatterie de

l'antiquité adressée à tous les partis qui veulent être adulés, assez

de vérités pour être intéressant, assez de mensonges pour orner le

vrai, et surtout assez d'élégance et de perfection de langage pour

enchanter tous les lecteurs. Voyager ainsi, c'est cueillir les fleurs

de la terre; mais, pour les offrir au monde, il faut les rassembler en

gerbes, où chaque couleur, en contraste avec l'autre, présente un

tableau brillant ou touchant aux yeux.

Tout voyageur est un peintre. Le plus parfait des écrivains devait

être le plus parfait des voyageurs. Chateaubriand avait été l'un et

l'autre. Le monde fut charmé, et l'_Itinéraire à Jérusalem_ fut et

demeure son chef-d'oeuvre. Sa renommée fut achevée, il ne lui resta

qu'à décroître.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 53 / 188 题