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Le premier de ses ouvrages fut l'_Essai sur les Révolutions_, dont

nous avons parlé; on pourrait mieux le qualifier: _Essai sur

Chateaubriand lui-même_.

Il est évident qu'il se cherche et s'examine, en effet, dans ce livre

du doute; mais les plus belles pages du _Génie du Christianisme_ sont

tirées de ce livre. Ce n'est pas un livre d'incrédulité, c'est un

livre de recherches, une espèce de Montaigne moderne appliqué à de

plus graves sujets.

_Atala_ vint ensuite et commença ses prodigieux succès. Cette oeuvre

n'était pas entièrement nouvelle; elle ne valait pas le _Paul et

Virginie_ de Bernardin de Saint-Pierre, ce livre parfait, où la poésie

des tropiques sert de cadre à la religion et à la sensibilité de

l'Europe; mais les couleurs américaines et le contraste du délire de

la nature amoureuse des forêts sauvages avec les rigueurs de

l'ascétisme chrétien en font un tableau à part dans la littérature de

cette époque; c'est le catholicisme espagnol vu à travers les ombres

terribles des horizons transatlantiques d'un nouveau monde.

Le dessinateur est exagéré sans doute, mais le peintre est le Salvator

Rosa des forêts et des fleuves. La femme meurt, et Chactas en reste

stupéfié pendant sa longue et triste vie.

L'Allemagne produisait dans ce même temps, dans le roman de _Werther_,

par Goethe, le roman du désespoir et du suicide. _Atala_ était le

roman de l'espérance et de l'immortalité; c'était la séve nouvelle

qu'un jeune émigré chrétien était allé chercher sous les lianes des

forêts vierges, pour rajeunir une littérature épuisée en Europe et lui

rendre la vitalité de la nature. On ne peut rien comparer à

l'explosion de ce style en 1800. Elle ressemble à l'éclosion nocturne

de ce palmier du désert qui fleurit une fois tous les cent ans et qui

remplit les déserts du parfum qu'on ne respire pas deux fois dans sa

vie; le monde en demeure ivre quelque temps et s'en ressouvient

toujours.

Quelques esprits secs, jaloux, et chicaneurs avec leurs propres

sensations, essayèrent de rire et de nier; mais les larmes

prévalurent, et elles écrivirent le nom de Chateaubriand en traits de

splendeur et de feu dans tous les coeurs jeunes. La royauté littéraire

tressa pour son front une couronne de fleurs inconnues qui ne se

flétrit plus. Son nom resta consacré du premier coup.

Nous qui devions bientôt naître, nous naquîmes de lui: volontairement

ou involontairement, nous fûmes ses disciples.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 47 / 188 题