LXIV

De Paris à Lyon, de Lyon à Turin, les mêmes billets suivent madame

Récamier sur la route de Rome, comme des adieux que la distance

affaiblit et qui perdent de leur expression à mesure que la distance

augmente. Elle n'y répondait que par de rares lettres dont l'accent

n'avait plus que la langueur des regrets. Il est évident qu'elle se

sentait à charge, qu'elle voulait éviter à son tour la contrainte et

l'humiliation d'un changement si pénible en l'homme qu'elle avait

aimé, et que le voile de l'absence et de la distance pouvait excuser

aux yeux de leurs amis communs. Cela était d'autant plus nécessaire,

que des affaires d'argent perdu dans des affaires de bourses

étrangères avaient, disait-on, compliqué et aggravé des affaires de

coeur entre M. de Chateaubriand et une des personnes, objet de ses

nombreux attachements.

Les détails sont inconnus; mais, quand on lit les doux repentirs qu'il

confesse lui-même dans sa correspondance secrète avec madame Récamier,

les fautes de fidélité sont manifestes.

«Je veux racheter par ma vie entière les peines que je vous ai données

pendant deux ans.»

Cette époque est triste, malgré le pardon généreusement accordé par

madame Récamier. Tout se ressoude dans la vieillesse, excepté les

coeurs brisés par les déchirements de l'affection. L'amour est un

dieu sans miséricorde, parce qu'il est absolu.

Cours familier de Littérature - Volume 28 · 第 41 / 188 题