De Paris à Lyon, de Lyon à Turin, les mêmes billets suivent madame
Récamier sur la route de Rome, comme des adieux que la distance
affaiblit et qui perdent de leur expression à mesure que la distance
augmente. Elle n'y répondait que par de rares lettres dont l'accent
n'avait plus que la langueur des regrets. Il est évident qu'elle se
sentait à charge, qu'elle voulait éviter à son tour la contrainte et
l'humiliation d'un changement si pénible en l'homme qu'elle avait
aimé, et que le voile de l'absence et de la distance pouvait excuser
aux yeux de leurs amis communs. Cela était d'autant plus nécessaire,
que des affaires d'argent perdu dans des affaires de bourses
étrangères avaient, disait-on, compliqué et aggravé des affaires de
coeur entre M. de Chateaubriand et une des personnes, objet de ses
nombreux attachements.
Les détails sont inconnus; mais, quand on lit les doux repentirs qu'il
confesse lui-même dans sa correspondance secrète avec madame Récamier,
les fautes de fidélité sont manifestes.
«Je veux racheter par ma vie entière les peines que je vous ai données
pendant deux ans.»
Cette époque est triste, malgré le pardon généreusement accordé par
madame Récamier. Tout se ressoude dans la vieillesse, excepté les
coeurs brisés par les déchirements de l'affection. L'amour est un
dieu sans miséricorde, parce qu'il est absolu.