M D M

Qui croit que le grand Cayre est un homme, et les Plines

Des païs éloignez comme les Filippines.

(V. l'Onozandre de Bautru, dans les _Variétés historiques_, t. 5, p.

293.)

On parloit avec effroi de son pied magnifique: un provincial le

visitoit comme un monument qui fait honneur à une capitale. Il fut

obstinément gouverneur, et pauvre gouverneur, de Paris. M. V. Cousin,

égaré par sa passion pour madame de Longueville, et d'ailleurs très

libre de n'estimer pas beaucoup les brunes à grande mine, trouve

madame de Montbazon «la plus triste coquette du monde». Au fait,

j'eusse préféré, sauf son respect, madame de Longueville. Mais madame

de Montbazon étoit grandement belle.

François Ogier (_Portef. de Conrart_) écrit à Balzac: «Le portrait de

madame de Montbazon sert de patron aux princesses pour se bien

coëffer.»

Que Tallemant dépose le premier: «Elle avoit le nez grand et la bouche

un peu enfoncée. C'estoit un colosse, et, en ce temps-là, elle avoit

desjà un peu trop de ventre, et la moitié plus de tetons qu'il ne

faut; il est vray qu'ils estoient bien blancs et bien durs, mais ils

ne s'en cachoient que moins aisément. Elle avoit le teint fort blanc,

les cheveux fort noirs et une grande majesté.»

Au bal du lundi-gras 1647, dit le _bal des Polonois_, madame de

Montbazon, de haute lutte, emporte le prix de la beauté, à trente-cinq

ans. Ce fut une reine, une divinité, V. madame de Motteville (t. 2, p.

220): «La duchesse de Montbazon y vint parée de perles et d'une plume

incarnate sur sa tête; elle y parut encore dans un grand éclat de

beauté, montrant par là que des beaux l'arrière-saison est toujours

belle.»

Pour Lenet (p. 346), madame de Montbazon est «une des plus belles et

des plus galantes dames qui jamais aient paru dans la cour de France,

et de qui la beauté s'est conservée entière jusqu'à l'âge de

quarante-huit ans, qu'elle la perd avec sa vie.»

Voici Retz, maintenant (p. 97): «Madame de Montbazon estoit d'une très

grande beauté; la modestie manquoit à son air. Sa morgue et son jargon

eussent suppléé dans un temps calme à son peu d'esprit. Elle eut peu

de foi dans la galanterie, nulle dans les affaires. Je n'ai jamais veu

personne qui eust conservé dans le vice si peu de respect pour la

vertu.»

C'est peut-être en ce sens que M. Cousin l'a méprisée.

Un vers satirique lui dit, sans avoir l'air de douter de rien:

Cinq cens escus bourgeois font lever ta chemise,

et une note du recueil de Maurepas affirme qu'elle se vendit à

Chevreuse, gendre de son mari, pour 100,000 fr. d'argent et une

donation.

Gaston d'Orléans et le comte de Soissons paroissent l'avoir eue à leur

disposition. Beaufort, un jour, avant de monter en carrosse (Conrart,

_Mém._, p. 100), lui dit tout haut: «Madame, j'ai toujours ouï dire

que les femmes ont une cuisse plus douce que l'autre; je vous supplie

de me dire laquelle des vôtres est la plus douce, afin que je me mette

de ce côté-là.»

Qui parle ainsi fait davantage (Mott., t. 3, p. 263). N'oublions pas

d'Hoquincourt, ni son mot si léger: «Péronne est à la belle des

belles.» N'oublions pas Bassompierre, de Rouville, de Bonnelle

Bullion, qui lui acheta de l'amour, et tant d'autres.

Elle avoit de l'esprit, «elle aimoit sa beauté (Mott., t. 3, p. 131),

et faisoit son idole de soi-même». En six heures elle disparut du

monde.

Dans l'histoire anecdotique le vrai est bien difficile à saisir.

Saint-Simon nous déroute (t. 2, p. 149) quand il dit que le duc de

Montbazon étoit un «homme de tête et d'esprit». Voici ce que

Saint-Simon donne comme la vérité (p. 167), au chapitre de la mort de

madame de Montbazon: «M. de Rancé étoit auprès d'elle, ne la quitta

point, lui vit recevoir les sacrements. Déjà touché et tiraillé entre

Dieu et le monde; méditant déjà depuis quelque temps une retraite, les

réflexions que cette mort si prompte fit faire à son coeur et à son

esprit achevèrent de le déterminer.» Le mot _coeur_ est jeté là bien

négligemment. Rancé est le dernier qui ait eu à soi madame de

Montbazon.

Les mariages ridicules comme celui de madame de Montbazon amènent

toujours quelque étrange amalgame d'alliances. Mademoiselle de

Montbazon (_Mélinde_, de Somaize) épousa en 1661 M. de Luynes, son

neveu et son parrain. Ce qui se comprend très bien, comme on le voit:

Hercule =de Montbazon=

| |

| |

De Magdelaine de =Lenoncourt= De Marie =d'Avaugour=

(sa première femme). (sa deuxième femme).

| |

| |

Madame =de Chevreuse= Mademoiselle =de Montbazon=

(d'abord duchesse de Luynes). (fille de la 2e madame

| de Montbazon).

|

=M. de Luynes=

(fils du premier lit de madame

de Chevreuse).

Saint-Simon (t. 5, p. 196) parle d'une autre madame de Montbazon.

C'est la femme du prince de Guéméné, fils du premier lit de M. le duc,

mort fou à Liége, et la belle-soeur du chevalier de Rohan, décapité

en 1674. Elle étoit fille unique et posthume du premier maréchal de

Schomberg et de la seconde fille de M. de La Guiche, grand-maître de

l'artillerie.]

[Note 100: Est-ce une Moy? Les Moy sont une grande maison de

Picardie qui remonte haut.

Expilly (t. 4, p. 936) cite Mouy ou Mouhy, ville du Beauvoisis, avec

titre de comté, et Mouy, dans le diocèse de Laon. [Pour cette note et

la suivante, voy. p. 207.]]

[Note 101: C'est la cadette de madame de la Suze, dont on a publié

les _Poésies_ (de Sercy, 1669, in-12). Toutes les deux sont filles du

maréchal de Châtillon; toutes les deux furent précieuses en leur

temps. L'aînée s'appeloit Henriette, l'autre s'appeloit Anne.

Celle-ci, que Vineuil aima (Tallem., t. 4, p. 231), nous l'avons dit,

épousa en 1648 George de Wirtemberg, comte de Montbéliard, mort le 3

janvier 1680.

Elle n'étoit pas si belle que sa soeur, mais elle avoit du

tempérament. Vineuil l'eut qu'elle étoit fille. Un Boccace les voit,

les menace; elle le prévient et l'accuse, lui, de l'avoir sollicitée.

Le maréchal agite son épée, et Boccace garde dès lors le silence.

Tallemant dit: «Ce fou de Wirtemberg». Madame de La Roche-Guyon avoit

failli l'épouser. Mademoiselle retrouve en 1674 (t. 4, p. 363) «le

prince de Montbelliard de Wirtemberg. Je l'avois vu autrefois à Paris,

lorsqu'il avoit épousé mademoiselle de Châtillon, fille du maréchal.

Il me parut affreux, habillé comme un maître d'école de village.»

Les princes allemands n'ont pas de goût pour les panaches.

Il y avoit à la cour une autre madame de Wurtemberg, dont voici en

deux mots l'histoire: La fille du prince de Barbançon (un joli nom!)

devient veuve. Le prince Ulric de Wurtemberg, ancien lieutenant de

Condé en 1652, qui avoit un régiment allemand dans les troupes

d'Espagne, en devient amoureux, se fait catholique, l'épouse, la

quitte, abjure. Sa femme accourt à Paris. La reine la pensionne, la

duchesse d'Orléans (de Lorraine) la loge auprès d'elle au Luxembourg.

Je voulois tirer au clair la généalogie des Wurtemberg. Moréri

m'embrouille.]

[Note 102: «Jean du Bouchet, marquis de Sourches (comte de

Montsoreau), seigneur de Launay, etc., prévôt de l'hôtel du roi et

grande prévôté de France, mourut le 1 février 1677. Il avoit épousé en

1632 Marie Nevelet, de laquelle il eut Dominique du Bouchet, mort à

huit ans, le 24 novembre 1643, et Louis-François du Bouchet, marquis

de Sourches, marié à Marie-Geneviève de Chambes, comtesse de

Montsoreau, fille de Bernard, comte de Montsoreau.» (_Hist. généal. et

chronol. de la maison royale de France_, par le P. Anselme, troisième

édit., 1733, t. 9, p. 182, 197 et 198.)

Louis-François du Bouchet fut reçu, en survivance de son père, à la

charge de prévôt de l'hôtel et grande prévôté, le 15 septembre 1649.

Il mourut le 4 mars 1716. M. Adhelm Bernier a publié en 1836 ses

intéressants Mémoires.

Il ne faut pas le confondre avec de Souches, capitaine des gardes

suisses de Gaston (_Retz_, p. 242).

Les de Sourches furent nombreux sous Louis XIV; ils étoient grands,

blêmes, tristes. On ne les aimoit pas beaucoup. Le louvetier

d'Heudicourt fit contre eux, en 1688, une chanson dont Saint-Simon (t.

5) a raconté l'effet sur Louis XIV et sur tout le monde. Elle obtint

le plus grand succès d'hilarité. On la trouve dans le _Nouveau Siècle

de Louis XIV_ (de M. G. Brunet, p. 117). Quoiqu'elle ait perdu son

charme aujourd'hui, on sent qu'elle a dû être gaie. Il s'agit de

prendre de grands couteaux et de châtrer tous les Montsoreaux pour

délivrer la cour de cette engeance. Exemple du style:

Poulinière Monsereaux,

Quand vous fîtes ces ragots,

Preniez-vous plaisir à faire

Tique, tique, tac, lon len la,

Preniez-vous plaisir à faire

Ce qu'on appelle cela?

]

[Note 103: Louis Foucault du Dognon fut d'abord page du cardinal

de Richelieu; il devint le favori de l'amiral de Brézé. Après

Orbitello (_Mém. de Navailles_, p. 36), il ramène la flotte à Toulon

et court occuper Brouage, l'île de Ré, l'île d'Oléron et le château de

La Rochelle, «malgré la volonté de la reine (Mottev., t. 2, p. 180) et

du ministre». Cela se faisoit. Arrive la Fronde: du Dognon devine les

bénéfices de l'intrigue; il s'attache à Condé pour se vendre cher, et

se vend (1653) pour le bâton de maréchal. Après quoi il est l'un des

juges de Condé. Il meurt à 43 ans, le 10 octobre 1659. Sa femme (Marie

Foussé de Dampierre) vivoit encore en 1688 (Sévigné, lettre du 19

novembre).

Le maréchal Foucault est un vilain homme. Tallemant cite de lui (t. 2,

p. 408) un méchant trait. Il s'étoit battu contre Cinq-Mars (t. 2, p.

253). Dans son gouvernement d'Aunis (Mottev., t. 4, p. 303), il étoit

haï à cause de ses violences.

Saint-Simon (édit. Sautelet, t. 9, p. 117) ne l'encense pas du tout.

La Rochefoucauld (p. 463) dit qu'il eut à se repentir même de son

traité avec la cour. Les pièces 3017 et 3018 du _Catal. hist. de la

Bibl. nat._ (t. 2) le concernent.]

[Note 104: En 1494, Nicolas Viole, correcteur des comptes, est

prévôt des marchands. Un autre Viole, Pierre Viole, seigneur d'Athis,

conseiller au Parlement, jouit (1532-33) du même honneur. Sa statue

est dans les niches de l'Hôtel-de-Ville.

Je trouve une Anne de Viole (Anne du Saint-Sacrement) sous-prieure, en

1615, du couvent des Carmélites de Paris; elle mourut en 1630 (Cousin,

_Longueville_, p. 379).

Le Viole dont il est question ici est fils de Nicolas de Viole,

seigneur d'Osereux, conseiller au Parlement de Paris, plus tard maître

des requêtes, et descend des Viole de la Ville. Demeuroit-il rue de La

Harpe? En 1662, je ne sais qui nomme une demoiselle de Viole quêteuse

en cette rue.

Viole avoit un frère abbé, ami de Lenet, très turbulent comme lui,

comme lui (V. les lettres de Marigny dans le _Cabinet historique_,

déc. 1854, p. 124) prompt à lever la main. «C'est une maison d'espée

(Tallem., t. 4, p. 142) et de robe tout ensemble.» On leur connoît

encore un frère ou un cousin, le sieur d'Athis-sur-Orge, qui, un jour,

tua le portier du Pont-Rouge (le receveur du Pont-Royal) pour ne pas

payer un double. Rien ne doit surprendre s'ils ont été si grands

frondeurs.

Dès le 15 décembre 1648, Viole prononce dans le Parlement un discours

comminatoire contre le cardinal: «Le président Viole paroissoit un des

plus animés contre la cour, et il sembloit qu'on ne pouvoit pas se

tromper quand on l'accusoit de fomenter la révolte de cette

compagnie.» (Mottev., t. 3, p. 45.)

Il n'étoit pas réellement président, mais avoit été par commission

président des enquêtes, et étoit venu dans la grand'chambre avec le

titre, mais non le rang (Aubery, _Vie de Mazarin_, liv. 5, p. 572).

En 1649, Guy Joly (p. 29) l'appelle Viole-Douzenceau, conseiller-clerc

de la grand'chambre. Lenet, de son côté (p. 206): «Le président Viole,

d'une assez ancienne famille de robe de Paris, sur quelque raillerie

qu'on lui avoit faite dans la débauche, où il étoit assez agréable, de

ce qu'il étoit un bourgeois, se voyant de ruiné qu'il étoit devenu

riche par le bien que lui laissa un commis de l'épargne, nommé

Lambert, se mit dans la tête de devenir homme de cour et de traiter de

la charge de chancelier de la reine, dont on lui refusa l'agrément à

la cour.»

Il étoit vain de sa nature, et, de plus, poussé par son ami Chavigny,

ministre disgracié. Un jeune homme, nommé Servientis, lui faisoit ses

harangues. Viole étoit cousin germain de la duchesse de Châtillon.

Dans les notes secrètes qui font partie de la _Correspondance

administrative de Louis XIV_ (Depping, t. 2, p. 54), on le désigne

sous le titre de président de la quatrième chambre des enquêtes, et on

dit de lui: «Esprit actif, inquiet, entreprenant, fougueux,

vindicatif, devoué aux intérêts de M. le Prince; s'est veu l'un des

chefs de la Fronde, et avec grand crédit dans le Parlement, que le

dépit d'avoir esté exclu de la charge de chancelier de la reine a

emporté dans l'espérance qu'il avoit de parvenir aux premières charges

de l'Estat, et donnant tout à sa haute ambition; s'explique bien, a de

la fermeté dans ses résolutions et de grands biens que Lambert, de

l'espargne, luy a laissez ou procurez à charge, donnant selon

l'intérest du party où il s'est engagé; n'a point d'enfans de sa

femme, qui est une Vallée; beau-frère de M. du Boulay-Favin, parent à

cause d'elle de M. de Bouteville et de madame de Chastillon, avec

lesquels il a estroite liaison.»

«Il semble qu'il passoit trop avant», dit Omer Talon (Coll. Michaud,

p. 274, 275); «il avoit esté toute sa vie (Retz, p. 69) un homme de

plaisir et de nulle application à son mestier.» Retz, qui lui met cela

sur le dos, ajoute qu'il avoit naturellement une grande timidité. En

effet ces jeteurs de hauts cris ne sont pas toujours intrépides.

Viole fut l'un des conseillers de Mademoiselle; il joua un rôle actif

lors de la bataille du faubourg Saint-Antoine (Montp., t. 2, p. 267).

Dans les conditions proposées en 1651 pour la paix par Gourville (V.

La Rochefoucauld, p. 477), on voit à son nom: «Permission de traiter

d'une charge de président à mortier ou de secrétaire d'État, parole

que ce sera la première, et une somme d'argent dès l'heure pour lui en

faciliter la récompense.»

Ce qui ne fut pas accordé. Il dut aller en Hollande l'année suivante

(Lenet, p. 613). Il revint bientôt; mais en 1654 il est sacrifié tout

à fait. Voyez (Bibl. nat., _Catalogue hist._, t. 2, nº 3208) l'«_arrêt

de la cour du Parlement rendu toutes les chambres assemblées, le roi

séant et président en icelle, contre les sieurs Viole, Le Net, le

marquis de Persan, Marsin et autres adhérents du prince de Condé_».

(27 mars 1654.)

Les Espagnols lui payèrent la valeur de ses charges perdues (Montglat,

p. 343; 1659).]

[Note 105: Je demande la permission de ne pas faire le portrait en

pied de Louis XIV. L'histoire d'aucun roi n'est aussi longue, aussi

intéressante, aussi littéraire, aussi variée; mais, bien que cette

histoire ne soit pas encore écrite, on ne s'étonnera pas si je ne

l'attaque point. Quelques petites touches suffisent pour ce que ce

volume réclame. D'abord, Louis XIV, c'est le type du roi. Voyez-le à

son baptême; il a cinq ans tout au plus (Montglat, p. 136):

«On le mena, au sortir de la chapelle, dans la chambre du roi, qui lui

demanda comme il avoit nom. Il répondit: «Louis XIV.» Sur quoi le roi

répliqua: «Pas encore! pas encore!»

En amour, il a commencé par n'être qu'un homme. Plus tard, ç'a été le

roi et le roi absolu. D'abord, il a soupiré; comme un autre, il a été

galant, tendre, passionné, mélancolique; il a rimé pour les belles, ou

il s'est fait faire des chansons en leur honneur. Certainement il a

aimé mademoiselle Mancini et La Vallière. C'est Joseph de Maistre qui

a dit (_Lettres_, t. 1, p. 73, 2e édition): «La maîtresse d'un roi

marié est une coquine comme celle d'un laquais.» Peut-être a-t-il

raison en bonne morale; mais, ô rigoriste! mademoiselle de La Vallière

ne sera jamais une coquine.

On auroit quelque peine à dresser complète la liste de toutes les

personnes que Louis XIV a recherchées.

«Le roi étoit galant, mais souvent débauché; tout lui étoit bon,

pourvu que ce fussent des femmes.» (Madame, 24 décembre 1716.)

Aussi plusieurs de celles qu'il a favorisées sont-elles restées

inconnues. Il y avoit dans le nombre des filles de jardinier: n'a-t-on

pas voulu y joindre une négresse? Mais, sans interroger bien

rigoureusement le secret des Mémoires, on citera madame de Beauvais,

la comtesse de Soissons, la connétable Colonna, La Vallière, Madame

peut-être, mademoiselle de Laval, madame de Soubise, qui à vingt-neuf

ans avoit huit enfants et restoit belle; madame de Montespan, la belle

Ludres, madame d'Heudicourt, madame de Monaco, mademoiselle de la

Motte-Argencourt, mademoiselle de Fontanges et la comtesse d'Armagnac.

Bussy n'a pas dit de mal du roi si les _Alleluia_ ne sont pas de lui.

Par avance, expliquons le nom que le roi porte dans ces Alleluia. On

l'y nomme _Deodatus_. Louis XIV s'appeloit en effet Dieudonné, et

toute la France le savoit. Que de fois le voit-on désigné sous ce nom

dans les écrits du temps! En voici quelques-uns (nous citons les

numéros du Catalogue de la Bibliothèque nationale, t. 2):

840. _Le vrai politique, ou l'homme d'État désintéressé, au roi_,

Louis XIV, _surnommé Dieudonné_. Paris, F. Noël, 1649, in-4. (Pièce.)

1421. _De fortunatis Ludovici Adeodati XIV, Francorum et Navarræ régis

christianissimi, natalitiis_, etc., par Bernard. (1650.)

1450. _Les frondeurs victorieux et triomphants sous le règne de Louis

XIV dit Dieudonné_. (1650.)

Voy. encore, 3358 (2 fois) en 1660, pour le mariage, et 3498.

_Panégyrique de_ =Louis Dieudonné=, 1663, Bilaine, in-12.]

[Note 106: George Digby. Tallemant des Réaux (chap. 359) dit qu'il

s'appeloit Kenelm Digby, qu'il étoit resté fidèle à Charles 1er, qu'il

étoit venu en France avec la reine, qu'il avoit épousé Venetia

Anastasia, fille d'Edouard Stanley; qu'il avoit un esprit singulier,

qu'il aimoit la peinture et recherchoit la pierre philosophale.

Il aima tendrement sa femme. Lorsqu'elle tomba malade, il la fit

peindre sans cesse pour conserver toutes ses images, Vigneul de

Marville (t. 1, p. 252) est garant de ce détail:

«M. Digby, étant à Paris, prenoit plaisir à montrer le portrait en

miniature de feue madame la comtesse Digby, son épouse, l'une des plus

belles femmes de son tems, _ipso sese solatio cruciabat_. Il racontoit

que, pour maintenir sa beauté et une fraîcheur de jeunesse, il lui

faisoit manger des chapons nourris de chair de vipère; en quoi (à ce

qu'il disoit) il avoit parfaitement réussi. Cependant, soit que cette

nourriture ne fût pas saine, et que ce qui est bon à conserver la

beauté n'est pas propre à conserver la santé et la vie, ou bien que

l'heure de madame Digby fût venue, elle mourut encore assez jeune, et

lorsqu'on y pensoit le moins. On dit qu'elle avoit eu quelque

pressentiment de sa mort, et qu'elle pria M. Digby, qui étoit obligé

de sortir pour quelque affaire, de revenir au plutôt, parcequ'elle

avoit dans l'esprit qu'elle mourroit ce jour-là. En effet, M. Digby

étant de retour, la trouva morte, et la fit peindre en cet état, où,

pour la consolation de ceux qui la regardent, le peintre a eu

l'adresse de ne la représenter qu'un peu endormie.»

«Anne Digby, fille du comte de Bristol et femme de Robert Spencer,

comte de Sunderland, avoit toutes les grâces du corps et de l'esprit.»

(1662.--_Mém. de M. de ***_, p. 569.)

Les Mémoires du duc d'York parlent du comte de Bristol. Pendant la

Fronde il combattit parmi les défenseurs de la cour (1650--Mott., t.

4, p. 99). Il avoit inventé une poudre de sympathie qui paroît n'avoir

été composée que de gomme arabique et de sulfate de fer, et qu'il

regardoit comme une panacée universelle. Il a même composé un

_Discours sur la poudre de sympathie pour la guérison des plaies_

(Paris, 1658, 1662, 1730, in-12).

Furetière parle de la poudre de sympathie dans _le Roman bourgeois_

(édit. elzev., p. 174).

Le comte de Grammont (_Mémoires_, ch. 9) retrouve Digby en Angleterre:

«Le comte de Bristol, ambitieux et toujours inquiet, avoit essayé

toutes sortes de moyens pour se mettre en crédit auprès du roi. Comme

c'étoit ce même Digby dont Bussy fait mention dans ses annales, il

suffira de dire qu'il n'avoit pas changé de caractère.»]

[Note 107: Charlotte de Valençay d'Étampes, née en 1597. C'est la

mère de Sillery. Elle avoit épousé le fils du chancelier de

Sillery-Brulart, mort en 1640. Elle fut belle long-temps, mais

toujours extravagante. À la mort de son mari, elle fait l'Artémise.

Plus tard, à cinquante-huit ans, elle se donna un mari de conscience

qui semble avoir été Goulas, l'intendant de Gaston. «Jamais, dit

Tallemant (t. 1, p. 468), il n'y eut une si grande friande.»

Madame de Pisieux ou Puysieux étoit soeur d'Éléonore d'Étampes de

Valençay (1589-1651), archevêque de Reims, hardi voleur, hardi viveur,

un archevêque à citer pour les protestants. À son lit de mort, il dit

au confesseur (Tallemant des Réaux, t. 2, p. 459): «Le diable emporte

celui de nous deux qui croit rien de ce que vous venez de dire!» Il

n'en avoit pas moins béni les bonnes femmes dans son église. Madame de

Pisieux étoit soeur aussi du cardinal Achille de Valençay, mort en

1646, «fier et brave» homme qui avoit été bon militaire pendant

long-temps. Devenue vieille, elle fut la confidente de Mademoiselle

(Montp., t. 4, p. 159). On la chargea de préparer les voies, en 1671,

pour marier la princesse avec le comte de Saint-Paul.

Elle avoit grand air et une manière d'autorité qu'elle ne suspendoit

même pas pour se satisfaire en boutades. Son esprit étoit vif, mais

bizarre et fatigant. Lorsqu'elle meurt (8 septembre 1677), madame de

Sévigné écrit: «Nous en voilà délivrés! Ne trouvez-vous pas, Madame,

qu'elle contraignoit un peu trop ses amis? Il falloit marcher si droit

avec elle!»

Saint-Simon a mis son mot dans cette histoire (t. 4, p. 375): «Madame

de Puysieux, veuve dès 1640, ne mourut qu'en 1677, à quatre-vingts

ans, avec toute sa tête et sa santé. C'étoit une femme souverainement

glorieuse, que la disgrâce n'avoit pu abattre, et qui n'appeloit

jamais son frère le conseiller d'État que: Mon frère le bâtard. On ne

peut avoir plus d'esprit qu'elle en avoit, et, quoique impérieux, plus

tourné à l'intrigue.»]

[Note 108: Brienne, fils d'Antoine de Loménie, seigneur de la

Ville aux Clercs, secrétaire d'État nommé par Anne d'Autriche à la

place de Chavigny.

Il meurt le 5 novembre 1666, à soixante et onze ans, et laisse des

Mémoires.

Son fils (Brienne le jeune) est l'un des personnages les plus curieux

du XVIIe siècle; mais il nous entraîneroit beaucoup trop loin si nous

nous occupions de lui.]

[Note 109: Quel d'Aubigny? Le _Dioclès_ de Somaize (t. 1, p. 140),

ami de Beroé, qui «chante bien et a tousjours après luy deux ou trois

musiciens?» Le père de d'Aubigny, l'ami de Saint-Evremont, l'amant de

madame des Ursins? C'étoit (Saint-Simon, t. 4, p. 177) un procureur au

Châtelet. Un d'Aubigny rattaché à la famille d'Agrippa d'Aubigné,

comme celui qui fut évêque de Noyon, puis archevêque de Rouen, quand

madame de Maintenon fut reine? L'abbé d'Aubigny, de la maison de

Stuart, chanoine de Paris, oncle du duc de Richmond, ami de Retz? Un

des trente-six gentilhommes du roi (1669)? Charles Bidault d'Aubigny,

gentilhomme de Monsieur en 1661? Le d'Aubigné qu'on dépêcha sous la

Fronde à la princesse douairière (Lenet, Coll. Michaud, p. 234, 243)?

Ce doit être ce dernier; mais La Chesnaye des Bois (t. 1, p. 493) dit

avec raison: «Il n'y a presque point de province en France où l'on ne

trouve des gentilshommes du nom d'Aubigné et d'Aubigny; ils ont tous

des armes différentes.»

Louis XIV ne simplifia pas la question lorsqu'il créa duchesse et

pairesse d'Aubigny mademoiselle de Kéroualles, la maîtresse de Charles

II (en décembre 1673).]

[Note 110: Anne de Gonzague-Clèves, comtesse palatine du Rhin.

Fille de Charles de Gonzague-Clèves, duc de Nevers, née en 1616, elle

épouse (1639) Henri II, duc de Guise, se sépare, se remarie en 1645 à

Édouard de Bavière, comte palatin du Rhin. Restée veuve en 1663, elle

meurt le 6 juillet 1684.

Les amateurs du style magnifique et des grands éloges n'ont qu'à

relire l'oraison funèbre que Bossuet lui a faite. Les politiques

chercheront dans les mémoires du temps la trace des manoeuvres par

lesquelles elle s'est signalée pendant la régence d'Anne d'Autriche.

En 1661, madame de Navailles, dame d'honneur, lui fit une rude guerre

(Mottev., t. 5, p. 117) pour l'empêcher de jouir de tous les

priviléges attachés à sa charge de surintendante de la maison de la

reine. À la mort de Mazarin, la Palatine quitte sa charge, que l'on

donne à la comtesse de Soissons. L'inébranlable madame de Navailles

continue sa guerre. Affaire sérieuse s'il en fut:

«Le roi, dont les intentions étoient droites, ayant écouté les raisons

de part et d'autre, régla les fonctions de la surintendante et de la

dame d'honneur. Il donna à la première les honneurs de présenter la

serviette, de tenir la pelote et de donner la chemise, avec le

commandement dans la chambre et les sermens, et tout le reste à la

dame d'honneur, c'est-à-dire servir à table, la préférence dans le

carrosse et dans le logement.» Le lendemain, mille autres querelles.

Le comte de Soissons appelle en duel le duc de Navailles (pour la

serviette)--Refus: la cour applaudit; les mazarins baissent; le roi

exile le comte. Ah! la belle chose que l'intérieur d'un palais!

On a dit (Montp., t. 4, p. 62) qu'en 1658, à quarante-trois ans, elle

rendit au duc d'Anjou le service que madame de Beauvais rendit à Louis

XIV. Ses mémoires sont apocryphes et sont l'oeuvre de Sénac de

Meilhan. M. Cousin (_Histoire de madame de Sablé_) ne pouvoit se

dispenser de faire revivre cette femme célèbre. Somaize (t. 1, p. 290)

l'appelle _Pamphilie_:

«Pamphilie, estant l'honneur de son sexe, mérite bien d'estre mise au

rang de tout ce qui se trouve d'illustres prétieuses. C'est une

princesse formée du sang des demy-dieux, et que la nature mit si

advantageusement en oeuvre qu'elle fut plus belle que la mère des

amours, et qu'elle égalle encore ce qui se peut voir de plus charmant.

Elle a pour soeur une celèbre reyne qui a eu l'honneur de recevoir

deux fois le sceptre des Sarmates (les Polonais), qu'elle rend tous

les jours doublement sujets par sa beauté et par le rang de

souveraine. Si elle ne fait pas briller la blancheur de son beau front

sous le riche et majestueux tour d'un diadème, ce n'est pas qu'elle en

ait esté moins digne, mais que la fortune, qui craignoit de rendre son

empire plus grand que le sien, ne put se résoudre à la placer dessus

le trône. Pamphilius (le prince palatin), l'un des plus considérables

héros qui habitent vers le Rhin et le Danube, a profité du caprice de

cette déesse des événemens, ayant, par son mérite, trouvé le moyen de

s'insinuer dans le coeur de nostre héroïne, de qui tant d'aultres

coeurs avoient en vain voulu estre les victimes, et d'estre en un

mot l'heureux espoux de la plus belle moitié du monde. Elle a esté

long-temps l'un des mobiles de toutes les actions de la cour du grand

Alexandre, joignant les lumières de son bel esprit à celles de ses

premiers ministres pour la conduite des plus importantes affaires.

Alors les Muses latines et françoises prenoient plaisir d'y establir

leur Parnasse en sa faveur, n'y ayant personne qui en connust mieux

les talens et qui les accueillist plus obligeamment que la divine

Pamphilie. Il y avoit aussi une forte émulation entr'elles à qui

auroit l'honneur de se rendre plus agréable à son esprit; mais ce

bonheur fut le précieux partage de celle qui avoit le docte et

l'ingénieux Rodolphe (M. Robinet) pour son père, l'un de nos premiers

historiographes. Le sort de cette Muse causa tant de jalousie à

plusieurs autres, qu'elles se retirèrent de despit et de honte, et la

laissèrent dans une paisible jouissance de l'honneur qu'elle s'estoit

acquis, et qui ne donna pas aussi peu d'ombrage à celle qui s'estoit

consacrée au service de la princesse Nitocris (la duchesse de

Nemours).»

Elle fut aimée du duc de Guise (Montp., t. 2, p. 116) lorsqu'il étoit

archevêque de Reims. Retz la juge à notre point de vue particulier (p.

97): «Madame la Palatine estimoit autant la galanterie qu'elle en

aimoit le solide. Je ne crois pas que la reine Élisabeth d'Angleterre

ait eu plus de capacité pour conduire un estat. Je l'ai veue dans la

faction, je l'ai veue dans le cabinet, et je lui ai trouvé partout

également de la sincérité».]

[Note 111: Cet évêque est l'ancien P. Faure, agent de la cour, ami

du P. Berthod pendant la Fronde, puis évêque de Glandèves, et, en 1653

(Berthod, p. 389), évêque d'Amiens.

En 1656 Mademoiselle (t. 3, p. 80), le traite fort bien: «C'est un

prélat qui a beaucoup d'esprit, et, quoiqu'il ait été cordelier, il

n'a rien qui tienne du moine; il a été long-temps à la cour.»]

[Note 112: Ouvrez nos bons recueils, la _Biographie universelle_

d'abord: où est l'article de l'abbé Fouquet? Voilà Fouquet son frère;

mais lui-même, où est-il? Et demandez à bien des gens s'ils le

connoissent, on répond: «Fouquet? eh! oui, le surintendant, les

nymphes de Vaux, le procès fameux; nous ne connaissons que cela:

Jamais surintendant, etc.,

Ou encore:

..... Oronte est malheureux.

--Très bien; mais ce n'est pas cela l'abbé Fouquet.--Ma foi, qui

étoit-ce?» C'étoit un homme avec qui nul ne plaisantoit; c'étoit le

chef de la famille, le conseil d'abord, le patron, le soutien de son

frère Nicolas; c'étoit le bras droit de Mazarin, c'étoit le ministre

lui-même, l'homme puissant, le roi de France; et cela n'a pas duré

qu'un jour. J'adjure les biographies de ne plus passer son nom sous

silence. Bussy les instruira si elles ne savent que dire.

Déjà nous en avons parlé incidemment dans quelques notes (page 65, par

exemple); Mademoiselle elle-même atteste son pouvoir et la terreur de

son nom.

Basile Fouquet, abbé de Barbeaux et de Rigny, disparut de la scène

avec son frère; il mourut silencieusement en 1683. Il avoit commencé

avec éclat.

Il s'attaque à Retz. Guy Joly et Retz lui-même racontent comment il se

chargea, si on le vouloit, d'enlever, d'assassiner, de saler le

coadjuteur. Pour un homme d'Église, cela est bien oriental. On

nourrissoit publiquement (Retz, p. 481) chez la portière de

l'archevêché ses deux bâtards, ou plutôt deux de ses bâtards.

Il avoit aidé Vardes à se marier (Montp., t. 3, p. 76). Le président

de Champlâtreux travailloit à empêcher le mariage; l'abbé Fouquet et

Candale envoient des troupes chez lui et le mettent aux arrêts. On

poussa des cris dans la famille, mais le mariage eut lieu. Et de

trois. «Il entretenoit à ses dépens cinquante ou soixante personnes,

la plupart gens de sac et de corde, qui lui servoient d'espions et le

faisoient craindre.» (Gourville, p. 524).

Nous allons le voir casser tout chez madame de Châtillon. Mademoiselle

de Montpensier atteste la vérité de cette scène extraordinaire (t. 3,

p. 296) et s'indigne contre tant d'audace. Elle nomme le chef de ses

_braves_ (t. 3, p. 416) Biscara, officier des gardes de Mazarin. Que

faire contre un tel homme? Un jour le gardien de la Bastille

témoignoit son étonnement à la vue d'un lévrier qui se trouvoit dans

la cour, et demandoit pourquoi il étoit là. «C'est, lui répondit un

prisonnier, parcequ'il aura mordu le chien de l'abbé Fouquet.»

Fouquet lui-même, le surintendant, craignoit bien son frère; il

écrivit dans ses instructions secrètes: «Si j'estois mis en prison et

que mon frère l'abbé, qui s'est divisé dans les derniers temps d'avec

moi mal à propos, n'y fust pas et qu'on le laissast en liberté, il

faudroit doubler qu'il eust esté gagné contre moi, et il seroit plus à

craindre en cela qu'un autre.»

C'est ici le lieu de transcrire un long passage des Mémoires de

Mademoiselle (t. 3, p. 411); il est d'une grande valeur pour nous.

Elle le date de 1659, mais la date ne sauroit être toujours admise

sans réserve dans ces mémoires. «Madame d'Olonne alloit en masque tous

les jours avec Marsillac, le marquis de Sillery, madame de Salins et

Margot Cornuel. Le marquis de Sillery avoit été amoureux de madame

d'Olonne; en ce temps-là il n'étoit que confident. Cette troupe alloit

s'habiller chez Gourville; elle n'osoit le faire chez madame d'Olonne

à cause de son mari. Le comte de Guiche continuoit sa belle passion

pour elle, et l'abbé Fouquet, qui étoit enragé contre tous les deux,

s'avisa de les brouiller et de s'en venger par là. Il obligea le comte

de Guiche à demander à madame d'Olonne les lettres de Marsillac

lorsqu'il se verroit un moment mieux avec elle; ce qu'il fit. Elle les

lui donna: le comte de Guiche les mit entre les mains de l'abbé

Fouquet, qui d'abord les montra à madame de Guéménée, afin qu'elle en

parlât au Port-Royal, et que cela allât à M. de Liancourt, pour le

dégoûter de lui donner sa petite-fille; il les montra aussi au

maréchal d'Albret, qui alla trouver M. de Liancourt, comme son parent

et son ami, pour l'avertir de l'amitié qui étoit entre madame d'Olonne

et M. de Marsillac; et je crois même qu'il avoit pris quelques unes de

ces lettres. M. de Liancourt lui dit: «Je m'étonne que vous, qui êtes

galant, soyez persuadé que l'on rompe un mariage sur cela. Pour moi,

qui l'ai été, j'en estime davantage Marsillac de l'être, et je suis

bien aise de voir qu'il écrit si bien. Je doutois qu'il eût tant

d'esprit. Je vous assure que cette affaire avancera la sienne.» Je

crois que le maréchal d'Albret fut étonné de cette réponse. Les

médisants disoient qu'il avoit fait cela autant pour plaire à l'abbé

Fouquet que pour donner un bon avis à M. de Liancourt. Véritablement,

si l'abbé Fouquet eût pu réussir à rendre ce mauvais office à

Marsillac de rompre son mariage, il ne lui en pouvoit pas faire un

plus considérable, puisque par là il lui pouvoit faire perdre

cinquante mille écus de rente, avec une maison à la campagne,

admirable et renommée par tout le monde à cause de ses eaux (cette

maison s'appelle Liancourt), et une autre maison fort belle à Paris,

surtout une fille fort bien faite. Rien n'égaloit ce parti, et, ce qui

rendoit cette affaire agréable, c'est que M. de Marsillac n'en avoit

obligation à personne qu'à M. de Liancourt, qui l'a choisi par amitié,

parcequ'il étoit son petit-neveu et qu'il voyoit que la maison de La

Rochefoucauld n'étoit pas aisée. Il la voulut rétablir par ce mariage,

dont la conclusion fut hâtée à cause des avis que donna le maréchal

d'Albret. Il se fit cinq ou six mois après. On tira la fille du

Port-Royal, où elle avoit été élevée. Comme l'abbé Fouquet vit que

cela n'avoit pas réussi, il porta à M. le cardinal toutes les lettres

que Marsillac avoit écrites à madame d'Olonne. Il prétendoit qu'il

avoit écrit contre le respect dû à Leurs Majestés, et qu'il y en avoit

aussi qui ne plaisoient pas à M. le cardinal. Marsillac en eut

connoissance, et prit avis de ses amis de ce qu'il avoit à faire. On

lui conseilla de tirer de madame d'Olonne les lettres du comte de

Guiche, ce qu'il fit. Aidé du marquis de Sillery, lequel reprocha à

madame d'Olonne ce qu'elle avoit fait pour se raccommoder avec le

comte de Guiche, il l'obligea de lui donner ses lettres. Le marquis de

Sillery les porta à M. le cardinal. Il y en avoit une où il parloit de

Monsieur et de la reine, et il disoit: «J'ai fait tout ce que j'ai pu

pour résoudre l'enfant à être votre galant; il en avoit assez d'envie,

mais il craint la bonne femme.» Ces termes parurent assez familiers,

et, comme tout se sait, cela fut bientôt public.»]

[Note 113: _L'Estat de la France_ pour 1649 le dit gouverneur de

Péronne, de Montdidier et de Roye, «naguère grand-prévost de l'hostel

et mareschal de camp».

Il avoit fait son chemin pendant la guerre civile. On voit ici, et, à

l'article de Foucault, on a vu ce qu'étoient alors les gouverneurs de

places. On se croiroit à la fin de la Ligue. Louis XIV est attendu.

D'Hocquincourt aima d'abord madame de Montbazon.

Dans l'affaire dont Bussy donne les détails, Montglat (p. 309) indique

bien le rôle que Mazarin fit jouer à la maréchale pour venir à bout de

son mari.

D'Hocquincourt, après avoir vendu chèrement sa soumission, se dépita,

se jeta dans Hesdin et passa aux Espagnols. Il mourut bientôt à

Dunkerque. Pas de pitié pour ces gens-là.]

[Note 114: On cite Simon de Wignacourt, croisé en 1190; Aloph de

Wignacourt, grand-maître de l'ordre de Malte en 1601, et Adrien,

grand-maître en 1690 (V. Henry-J.-G. de. Milleville, 1845). Le

portrait d'Aloph ou Olaf (1569-1609) est le meilleur portrait du

Caravage. Dangeau (23 août 1690) a parlé d'Adrien.

Notre Wignacourt est Vignacourt d'Orvillé, Picard (d'argent à trois

fleurs de lis de gueules au pied nourri); en 1652 (Montp., t. 2, p.

327) d'Hocquincourt l'avoit déjà envoyé pour s'entendre avec les chefs

de la Fronde. Est-ce lui que la cour envoie en Allemagne dans le

courant de 1656 (Aubery, _Vie de Mazarin_, deuxième édit., t. 3, p.

150; et Quincy, _Hist. milit. de Louis XIV_, t. 1, p. 216) pour

empêcher les électeurs de fournir des troupes à l'Espagne?]

[Note 115: Lorsque Charles II courtise madame de Châtillon, il est

question de lui faire épouser Mademoiselle (Montp., t. 2, p. 148).

Rétabli sur le trône (Mottev., t. 5, p. 83), il refuse Hortense

Mancini et cinq millions. Il «ne cédoit à personne (Mém. de Grammont,

ch. 6) ni pour la taille ni pour la mine. Il avoit l'esprit agréable,

l'humeur douce et familière.» Charles II promettoit beaucoup, ce fut

un triste sire.

Il «étoit d'une complexion tendre et fort galant; aussi toutes les

belles de sa cour firent-elles des entreprises sur son coeur. Celles

qui eurent le plus de part à sa tendresse furent Barbe de

Saint-Villiers, femme de Roger Pulner, comte de Castle-Maine, en

Irlande (depuis comtesse de Southampton, et enfin duchesse de

Cleveland); Françoise-Thérèse Stuart, veuve de Charles Stuart, duc de

Richmond et de Lenox (_Mém. de M. de ***_, p. 562); Mademoiselle de

Quervalle, baronne de Petersfield, comtesse de Farsam, duchesse de

Portsmouth, et madame Nelguin, qui avoit vendu des oranges» (_Ibid._,

p. 568).

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 102 / 108 题