RÉPONSE AU BILLET.

_Je souhaiterois infiniment que vous eussiez autant de penchant à

m'accorder ce que je désirerois de vous, qu'il m'a été facile

d'accorder la grâce au criminel. Je vous avoue qu'avec une telle

recommandation il étoit impossible de rien refuser. Si j'étois assez

heureux pour vous en pouvoir donner des preuves par quelque chose de

plus difficile, vous connoîtriez que vous m'avez fait injure lorsque

vous avez douté de la vérité de mes sentimens; ils sont, je vous

assure, aussi tendres qu'une aussi aimable personne que vous les peut

inspirer, et seront toujours aussi discrets que vous les pourrez

souhaiter, quoi qu'en disent nos gouverneurs. Je vous conjure de

déférer beaucoup aux avis du criminel, car, quoiqu'il soit homme assez

mal soigneux, il mérite qu'on se loue de son zèle pour notre service._

Ces avis étoient de se défier fort du chevalier, qui faisoit tout ce

qu'il pouvoit pour traverser son neveu, et pour le faire paroître à la

comtesse indiscret et infidèle. Après cela, Manicamp lui dit que le

comte de Guiche étoit tellement transporté de joie pour le billet

qu'elle lui avoit écrit qu'il lui avoit été impossible de le retirer;

mais qu'elle ne s'en mît point en peine, qu'il étoit aussi sûrement

dans les mains de son ami que dans le feu; qu'au reste, il n'avoit

jamais vu d'homme si amoureux que le comte, et qu'assurément il

l'aimeroit toute sa vie.--«Mais, interrompoit la comtesse, qu'est-ce

que veut dire tant de visites de votre ami chez madame d'Olonne? La

va-t-il prier de le servir auprès de moi?--Il n'y va point, Madame,

répondit Manicamp; c'est-à-dire qu'il y a été une fois ou deux, mais

je vois déjà l'esprit du chevalier dans ce que vous me venez de dire,

et je suis assuré que le comte de Guiche reconnoîtra son oncle à ce

trait de fripon. Mais, Madame, écoutez mon ami avant que de le

condamner.--J'en suis d'accord, lui dit-elle.»

Manicamp en jugeoit fort bien. Le chevalier avoit dit à la comtesse

que le comte de Guiche étoit amoureux de madame d'Olonne; qu'elle ne

servoit que de prétexte, et mille autres choses de cette nature, qui

lui parurent si vraisemblables, que, quoiqu'elle se défiât du

chevalier sur le chapitre du comte de Guiche, elle ne se put empêcher

d'y ajouter foi en ce rencontre. Le lendemain, une de ses amies

l'étant venue presser d'aller à la campagne, elle se laissa persuader,

et la certitude qu'elle crut avoir de la tromperie du comte de Guiche

fit qu'elle ne voulut point d'éclaircissement avec lui; et pour ne pas

tout rompre, elle voulut prévenir Guitaud par une fausse confidence,

de peur qu'il n'apprît par d'autres voies la vérité de toutes choses:

elle lui envoya donc la copie de la dernière lettre du comte de

Guiche, et partit après cela avec son amie. Le chevalier, qui étoit

alerte sur toutes les actions de la comtesse, et qui avoit gagné tous

ses gens, eut le paquet qu'elle envoyoit à Guitaud deux heures après

qu'il fut fermé; il tira copie de la lettre du comte de Guiche, et

jeta le paquet au feu. Deux jours après, ayant appris que la comtesse

étoit partie, il lui écrivit cette lettre:

Histoire amoureuse des Gaules; suivie des Romans historico-satiriques du XVIIe siècle, Tome I · 第 37 / 108 题