_Ici repose haut et puissant seigneur, Messire_ =Roger de Rabutin=,
_chevalier_, =comte de Bussy=; _plus considérable par ses rares qualités
que par sa grande naissance; plus illustre par ses belles actions, qui
lui attirèrent de grands emplois, que par ces emplois mêmes. Il entra
aussitôt dans le chemin de la gloire que dans le commerce du monde, et
dès sa quinzième année il préféra l'honneur de servir son prince aux
plaisirs d'une jeunesse molle et oisive._
_Capitaine en même temps que soldat, il fut d'abord à la tête de la
première compagnie du régiment de Léonor de Rabutin, comte de Bussy,
son père, et bientôt après colonel du régiment, qu'il n'acheta que par
des périls et d'heureux succès. Il ne dut aussi qu'à sa conduite et à
son courage la lieutenance du roi du Nivernois et la charge de
conseiller d'État._
_La fortune, d'intelligence cette fois avec le mérite, lui fit avoir
la charge de mestre de camp de la cavalerie légère. Le roi le fit
ensuite lieutenant général de ses armées, à l'âge de trente-cinq ans.
Une si grande élévation fut l'ouvrage de la justice du souverain, et
non de la faveur d'aucun patron._
_Il joignit toutes les grâces du discours à toutes celles de sa
personne, et fut l'auteur d'un genre d'écrire inconnu jusqu'à lui.
L'Académe françoise crut s'honorer en lui offrant une place
d'académicien._
_Enfin, presqu'au comble de la gloire, Dieu arrêta ses prospérités, et
par des disgrâces éclatantes il le détrompa du monde, dont il avoit
été jusque là trop occupé._
_Son courage fut toujours au-dessus de ses malheurs. Il les soutint en
sujet soumis et en chrétien résigné. Il employa le temps de son exil à
se bien instruire de sa religion, à former sa famille et à louer son
prince._
_Après avoir été longtemps éloigné de la cour, il y fut rappelé avec
agrément et honoré des bienfaits de son maître._
_La mort le trouva dans de saintes dispositions. On le perdit le 9
d'avril 1693, en la soixante et quinzième année de son âge._
_Qui que vous soyez, priez pour lui._
=Louise de Rabutin=, _comtesse d'Alets, sa chère fille et sa fille
désolée, a voulu par cette épitaphe instruire la postérité de son
respect, de sa tendresse et de sa douleur._