«M. de Bussy-Rabutin étoit, du côté du sang, d'une ancienne noblesse
de Bourgogne; du côté de l'esprit, il descendoit d'Ovide et de
Pétronius Arbiter, chevalier romain, dont il nous reste une fameuse
satire en langue latine.
«Nous avons l'histoire de la disgrâce de M. de Rabutin dans ses
ouvrages. Durant sa retraite, qui dura presque tout le reste de sa
vie, il ne cessa point d'exercer son admirable style. On lui avoit
conseillé pour son divertissement, ou pour venger quelques-uns de ses
amis, de répondre aux Lettres provinciales, qui étoient déjà de
vieille date; mais, redoutant le brave Louis de Montalte, il n'osa
l'entreprendre, de crainte de blanchir devant cet illustre mort.
«M. de Rabutin a laissé des mémoires de sa vie, et un recueil de ses
lettres et de celles qu'il recevoit de ses amis. Le mélange en est
agréable. On y voit des gens d'épée et des gens de robe, des évêques,
des abbés et des moines, écrire à l'envi et faire l'échange de
l'indien avec cet écrivain incomparable. On y voit des directeurs de
conscience, tantôt au court manteau, dire de précieuses bagatelles,
tantôt en longue soutane, jeter à la traverse des semences de dévotion
dans cette terre inculte, et, après ces coups fourrés, revenir à leurs
premières plaisanteries pour ne pas ennuyer l'auditeur par la longueur
de leurs sermons. Mais ce qu'on y voit de plus surprenant, ce sont des
dames qui viennent en se jouant partager avec M. de Rabutin la gloire
de bien écrire; surtout une marquise de Sévigné, sa parente, qui fera
dire à toute la postérité que la cousine valoit bien le cousin.
«On remarque plus de naturel dans les lettres de madame la marquise de
Sévigné, et plus d'étude et de travail dans celles de M. de Rabutin.
Ses mémoires, quoique fort bien écrits, sont peu curieux. À quoi bon
les avoir remplis d'un si grand nombre de lettres écrites de la cour?
Tout officier qui a quelque commandement en pourroit produire. Il est
arrêté dans le conseil qu'on donnera un tel ordre à tel commandant; le
ministre fait écrire la lettre à son commis, qui la signe, et le
prince ne la voit pas.
«À la fin, M. de Rabutin, devenu dévot, s'avisa de composer un
discours pour ses enfans, du bon usage des afflictions. Le bruit a
couru que sa famille n'avoit pas été contente de la publication de
cette pièce, qui ne répond nullement à la haute réputation de son
auteur.»