NOTE B.--_Page 5._

As the following letter of M. Thierry’s is less accessible to the

English reader than most of the documents connected with the Bayeux

Tapestry it is here given in full. It is addressed to M. de la

Fontenelle de Vandoré:--

“MONSIEUR,--Pardonnez-moi de répondre bien tard à une demande qui,

venant de vous, m’honore infiniment. Vous désirez savoir ce que je

pense des _Recherches et conjectures_ de M. Bolton Corney _sur la

tapisserie de Bayeux_; je vais vous le dire, en aussi peu de mots

et aussi nettement que je le pourrai. L’opinion soutenue par M.

Bolton Corney comprend deux thèses principales: 1º que la

tapisserie de Bayeux n’est pas un don de la reine Mathilde, ni même

un don fait au chapitre de cette ville par un autre personne;

qu’elle a été fabriqué pour l’église cathédrale de Bayeux, sur

l’ordre et aux frais du chapitre; 2º que ce vénérable monument

n’est pas contemporain de la conquête de l’Angleterre par les

Normands, mais qu’il date du temps où la Normandie se trouvait

réunie à la France. De ces deux thèses, la première me semble vraie

de toute évidence, la seconde est inadmissible.

“La tradition qui attribuait à la reine Mathilde la pièce de

tapisserie conservée à Bayeux, tradition, du reste, assez récente,

et que l’abbé de La Rue a réfutée, n’est plus soutenue par

personne. Quant à la seconde question, celle de savoir si cette

tapisserie fut ou non un présent fait à l’église de Bayeux, M.

Bolton Corney la résout négativement, et d’une façon qui me semble

péremptoire. Au silence des anciens inventaires de l’église il

joint des preuves tirées du monument lui-même, et démontre avec

évidence que ses détails portent une empreinte très-marquée de

localité, que la conquête de l’Angleterre par les Normands y a été

considérée en quelque sorte au point de vue de la ville et de

l’église de Bayeux. Un seul évêque y figure, et c’est celui de

Bayeux, très-souvent en scène et quelquefois désigné par son seul

titre: _episcopus_. De plus, parmi les personnages laïques qui

figurent à côté du duc Guillaume, pas un ne porte un nom

historique. Les noms qui reviennent sans cesse sont ceux de Turold,

Wadard et Vital, probablement connus et chéris à Bayeux, car les

deux derniers, Wadard et Vital, sont inscrits sur le Domesday-Book,

au nombre des feudataires de l’église de Bayeux, dans les comtés de

Kent, d’Oxford, et de Lincoln. Si l’on joint à ces raisons celles

que M. Bolton Corney déduit de la forme et de l’usage particuliers

du monument, il est impossible de ne pas croire avec lui que la

tapisserie fut commandée par le chapitre de Bayeux et exécutée pour

lui.

“Je passe à la seconde proposition, savoir que la tapisserie de

Bayeux fut exécutée après la réunion de la Normandie à la France.

Cette hypothèse n’exige pas une longue réfutation, car l’auteur du

mémoire la fonde sur une seule preuve, l’emploi du mot _Franci_

pour désigner l’armée normande. ‘Guillaume de Poitiers, dit-il,

appelle ceux qui faisaient partie de l’armée _Normanni_, des

Normands; la tapisserie les nomme toujours _Franci_, des Français.

Je considère cela comme une bévue indicative du temps où le

monument a été exécute.’ Il n’y a là aucune bévue, ni rien qui

puisse faire présumer que la tapisserie de Bayeux n’est pas

contemporaine de la conquète de l’Angleterre par les Normands. En

effet, les Anglo-Saxons avaient coutume de désigner par le nom de

Français (_Frencan, Frencisce men_) tous les habitants de la Gaule,

sans distinction de province ou d’origine. La Chronique saxonne,

dans les mille endroits où elle parle des chefs et des soldats de

l’armée normande, les appelle Français. Ce nom servait en

Angleterre à distinguer les conquérants de la population indigène,

non-seulement dans le langage usuel, mais encore dans celui des

acts légaux. On lit dans les lois de Guillaume-le-Conquérant, à

l’article du meurtre, ces mots: _Ki Franceis occist_, et, dans la

version latine de ces lois: _Si Francigena interfectus fuerit_.

L’emploi du mot _Franci_ au lieu de _Normanni_, ne prouve donc

point que la tapisserie de Bayeux date d’un temps posterieur à la

conquête. S’il prouve quelque chose, c’est que la tapisserie a été

exécutée non en Normandie, mais en Angleterre, et que c’est à des

ouvriers ou ouvrières de ce dernier pays que le chapitre de Bayeux

a fait sa commande.

“Cette opinion, que je soumets au jugement des archéologues, est

confirmée d’ailleurs par l’orthographe de certains mots et par

l’emploi de certaines lettres dans les légendes du monument. On y

trouve, jusque dans le nom du duc Guilluame et dans celui de la

ville de Bayeux, des traces de prononciation anglo-saxonne: _Hic

Wido adduxit Haroldum ad Wilgelmum normannorum ducem; Willem venit

Bagias_; c’est le _g_ saxon qui figure ici avec sa consonance

_hié_. _Wilgelm_ pour _Wilielm_, _Bagias_ pour _Bayeux_. La

dipthongue _ea_, l’une des particularités de l’orthographe

anglo-saxon, se rencontre dans les légendes qui offrent le nom du

roi Edward: _Hic portatur corpus_ EADWARDI. Une autre légende

présente cette indication de lieu, correctement saxonne: _Ut

foderetur castellum at_ HESTENCA CASTRA. Enfin le nom de _Gurth_

(prononcez _Gheurth_), frère du roi Harold, est orthographié avec

trois lettres saxonnes; le _g_, ayant le son de _ghé_ l’_y_, ayant

le son d’_eu_, et le _d barré_, exprimant l’une des deux

consonnances que les Anglais figurent aujourd’hui par _th_.

“Ainsi, je crois, avec la majorité des savants qui ont écrit sur la

tapisserie de Bayeux, que cette tapisserie est contemporaine du

grand événement qu’elle représente; je pense, avec M. Bolton

Corney, qu’elle a été exécutée sur l’ordre et aux frais du chapitre

de Bayeux; j’ajoute, pour ma part de conjectures, qu’elle fut

ouvrée en Angleterre et par des mains anglaises, d’après un plan

venu de Bayeux.

“Agréez, Monsieur, l’assurance de ma considération la plus

distinguée.

“AUG. THIERRY.

“_Le 25 juin 1843._”

The Bayeux Tapestry Elucidated · 第 20 / 26 题