La première de ces peintures offre un Génie assis dans un char et jouant
de la lyre. Le char est traîné par deux griffons guidés par un autre
Génie qui marche devant, et porte un bassin rempli de fruits. Le fond du
tableau est une draperie verte relevée dans le milieu par un gros noeud,
et dont les plis indiquent une suite de festons. Cet appareil, cette
marche solennelle, ces quadrupèdes ailés consacrés à _Apollon_, semblent
annoncer le fils de _Latone_. Ces Génies sont évidemment lés Génies
d'Apollon; la draperie peut faire allusion au pavillon sacré décrit par
_Euripide_ dans l'_Ion_ et que l'on érigeait à Delphes dans les fêtes de
ce Dieu. La lyre désignerait l'harmonie que ce Dieu puissant entretient
dans la nature, et le bassin de fruits serait l'hommage offert pour les
bienfaits qu'il répand sur la terre en la fécondant. Ce que cette
peinture a pu laisser à désirer pour le fini de l'exécution et la beauté
du coloris, est racheté par le mérite de l'invention, le mouvement et la
vie des figures. Elle fut trouvée dans les fouilles de Résine en 1748.
La suivante fut trouvée au même lieu en 1749; elle nous offre également
un sujet religieux, expliqué par l'inscription très-rare qu'on lit sur
le fond du tableau: GENIUS HUJUS LOCI MONTIS, _Génie de cette montagne_.
Ce jeune homme nu, couronné de feuillages et tenant une branche à la
main, vient de déposer son offrande sur l'autel rustique qui s'élève au
sommet de la montagne. Son action indique le silence qui convient au
mystère, à l'instant propice attendu religieusement, où le serpent vient
dévorer les fruits consacrés. On connaît le respect des anciens pour ce
reptile; né de la terre, il représente ici le Génie du lieu. Un passage
de Virgile se rapporte merveilleusement au sujet. (ÆN. _V. v._ 97).
Il dit, et de la tombe un serpent monstrueux
Sort en développant sept plis majestueux,
Embrasse mollement la tombe paternelle;
D'un or mêlé d'azur son écaille étincelle,
Et son émail changeant jette un éclat pareil
A l'écharpe brillante où s'empreint le soleil.
On s'étonne à sa vue; et lui sans violence,
Parmi les vases saints s'avançant en silence,
Glisse, effleure les mets, et, rassemblant ses nuds,
Rentre au fond de la tombe et disparaît aux yeux.
_Quel est,_ dit le héros, _ce serpent tutélaire?
Est-ce un gardien sacré du tombeau de mon père?
Serait-ce de ces lieux le Génie inconnu?_