PLANCHE XXVI.

Zeuxis fut le premier dont l'imagination vive et ardente, cherchant des

sujets extraordinaires pour exercer son pinceau, créa, dans sa

_Centauresse,_ cet être singulier qui rassemble les formes que nous

admirons le plus dans la nature. On ne sait pas si les poètes grecs les

plus anciens avaient donné des femmes aux Centaures; mais parmi les

Latins, Ovide est le premier qui ait reproduit sous les couleurs de la

poésie, ce caprice hardi du peintre grec. Nous ne rechercherons point

avec quelques écrivains, la possibilité de si étranges productions: les

monstres, dans la nature, font horreur; l'imagination sait embellir les

formes les plus bizarres; elle nous transporte dans un monde nouveau, où

tous les élémens de la nature se confondent pour produire ce beau idéal

que les artistes grecs ont toujours cherché. Les erreurs des premiers

peuples, et plus souvent les traits brillans de leurs sciences, se

retracent dans les chimères de l'antiquité; nous avons perdu le sens de

leur langage emblématique; mais leurs tableaux ont un charme

inexprimable qui nous plaira toujours, et le philosophe y trouve souvent

des leçons cachées qu'il nous explique. Il serait cependant difficile

de rendre compte de l'intention du peintre dans le groupe que nous

avons sous les yeux, si l'on doit y voir autre chose que la saillie

d'une imagination brillante.

La belle _Centauresse_ porte en croupe une jeune Bacchante vêtue d'une

tunique jaune, caractérisée par le thyrse et par ses cheveux en partie

épars, en partie attachés avec soin, ainsi qu'on le remarque dans

plusieurs monumens. Une draperie verte jetée sur son épaule vient passer

sur ses reins; un collier, un bracelet lui servent de parure. Quand

l'œil a perdu la trace des formes humaines, il suit celles qui leur

succèdent sous une nuance très-blanche; les oreilles allongées

participent, peut-être, de cette seconde nature, ou ne sont pas

différentes de celles de la figure peinte par Zeuxis, qui les empruntait

de la chèvre. De la main gauche, la Centauresse tient suspendu un feston

de feuillage qui se termine à l'extrémité par un bouton et des rubans;

l'autre bout est caché dans sa main droite passée sous l'épaule de la

jeune fille, et son mouvement indique qu'elle va lui ceindre la

guirlande en écharpe. La pose gracieuse de la Bacchante répond

parfaitement à cette intention.

Hauteur, 11 p°.--Largeur, 1 P. 3 p°. 6 lig.

Antiquités d'Herculanum, Tome I. Peintures · 第 31 / 53 题