[Illustration.]
que celle-ci, qui possède la clef des songes, lui tire les cartes à
l'instar de mademoiselle Lenormand, et qu'une jeune esclave joue un air
varié sur un instrument fort peu éolien,
Sextus faisant une déclaration d'amour à Lucrèce,
[Illustration.]
et la grande scène finale, que nos lecteurs trouveront à la 7e page de
cette livraison:
[Illustration.]
M. Bertal a été moins bien inspiré par Judith que par Lucrèce.
Cependant, nous avons remarqué dans son feuilleton la scène où la veuve
Manassé fait mettre à genoux Mindus. Achion et Crioch:
[Illustration.]
et son repas de noce avec Holopherne.
[Illustration.]
Terminons cet examen critique des Omnibus comme un numéro de
_l'Illustration_.--par une gravure de mode qui
[Illustration.]
nous donne des échantillons de nos costumes les plus élégants.
Bulletin bibliographique.
Storia universale de CESARE CANTÙ.. Quinta edizione.--Torino. _Pomba et
Comp._ 1843.
Histoire universelle de CESARE CANTÙ. Cinquième édition.--Turin. _Pomba
et Comp._ 1843.
Constatons d'abord, en l'honneur de l'auteur de cet ouvrage et en
l'honneur de l'Italie trop souvent calomniée, le grand succès que la
_Storia universale_ a obtenu au delà des Alpes. Quatre éditions, dont
trois de luxe et une populaire, entièrement épuisées en moins de cinq
années, prouvent que M. César Cantù a fait un livre vraiment
remarquable, et que ses compatriotes s'intéressent encore aux travaux de
l'esprit sérieux et utiles.
Quoique à peine âgé de trente-huit ans, M. Cesare Cantù est un des
écrivains les plus féconds de la jeune Italie; outre un nombre
considérable d'articles de journaux, il a publié plusieurs ouvrages
d'histoire ou d'imagination, qui lui ont valu une réputation méritée. Il
y a quinze ans environ, il était professeur de littérature à Sondrio,
dans la Valteline, lorsqu'il fit paraître une nouvelle en quatre chants,
intitulée _l'Algiso_, suivie bientôt (en 1829), de _l'Histoire de la
ville et des diocèses de Come_, et, deux années plus tard (1831), de la
_Révolution de la Valteline_, épisode de la réforme en Italie. La même
année, comme pour se délasser de ces travaux sérieux, il s'amusait à
rédiger un _Itinéraire_ du lac de Come et des routes du Stelvio et du
Splügen, et à composer quelques pièces de vers imprimées dans le premier
numéro de la _Streuna del Vallardi_. Peu de temps après, le retard si
incompréhensible que mettait Alessandro Manzoni à publier son _Histoire
de la Colonne infâme_, détermina le jeune auteur de _l'Histoire de Come_
et de la _Révolution de la Valteline_ à écrire ses _Ragionamenti sulla
Storia Lombarda_, destinés à servir de Commentaires au roman des
_Promessi Sposi_. Ce petit livre, rempli de faits curieux, n'eut pas
moins de douze éditions. Son _Aperçu critique sur Victor Hugo et sur le
romantisme en France_, son beau roman intitulé _Margherita Pustella_,
ses _Hymnes sacrés_. ses _Letture Giovanili_, ses traductions du _Voyage
en Orient_ de Lamartine; _De la Décadence de l'Empire romain_ de
Sismondi; _Des Arabes en Espagne_ de Marlés, etc..., l'occupèrent
presque entièrement depuis 1832 jusqu'en 1837.
Le 14 décembre 1837, M. Cesare Cantù annonça pour la première fois, dans
l'appendice de la _Gazette de Milan_, la publication prochaine de son
_Histoire universelle_, à laquelle il a déjà consacré cinq années de sa
vie, et dont le succès va toujours croissant. Au mois de mars suivant,
il fit paraître en effet son introduction, qui contenait, en 96 pages,
une exposition large et nette du plan de cet ouvrage. A partir du mois
d'avril 1838, M. Cesare Cantù s'engageait à livrer chaque semaine à ses
souscripteurs deux feuilles d'impression. Jusqu'à ce jour il a tenu
parole.
Cette introduction produisit une certaine sensation en Italie. Quelques
écrivains reprochèrent, il est vrai, à M. Cesare Cantù de s'être montré
trop sévère envers les historiens qui l'avaient précédé:--mais il se
justifia sans peine de ces accusations. D'ailleurs on loua généralement
son érudition déjà connue et appréciée, son style élégant et clair, bien
que trop facile, son zèle infatigable, et surtout le but de ce nouveau
travail. En effet, ce n'était pas l'histoire des faits, c'était
l'histoire des idées et des moeurs qu'il se proposait d'écrire,
l'histoire du développement intellectuel et moral île tous les peuples
du globe; en un mot, l'histoire de la civilisation humaine. Pour juger
les progrès de l'humanité, il s'est placé au point de vue chrétien. Dans
son opinion, le christianisme relève l'histoire et la rend universelle:
en proclamant l'unité de Dieu, il proclame celle du genre humain; en
nous enseignant que nous devons invoquer _il padre nostro_, il nous
apprend que nous sommes tous frères.' Alors seulement, dit-il, peut
naître l'idée d'une fusion entre toutes les époques et entre toutes les
nations, et l'observation philosophique et religieuse des progrès
perpétuels et indéfinis de l'humanité vers la grande oeuvre de la
régénération et le règne de Dieu.»
M. Cesare Cantù divise l'histoire universelle en dix-huit parties qu'il
appelle époques, et qui portent les titres suivants I. Jusqu'à l'an 770
du monde.--II. De la dispersion des peuples jusqu'aux olympiades.--III.
Des Olympiades à la mort d'Alexandre.--IV. Guerres puniques.--V.
Guerres civiles depuis la cent trente-quatrième année avant Jésus Christ
jusqu'à la quatrième année après Jésus-Christ.--VI. Les Empereurs
jusqu'à Constantin.--VII. De Constantin à Augustus.--VIII. Les
Barbares.--IX. Mahomet.--X. Charlemagne.--XI. Les Croisades.--XII. Les
Communes. XIII. Chute de l'Empire.--XIV. L'Amérique.--XV. La Reforme.
XVI. Louis le Grand et Pierre le Grand.--XVII. Le dix-septième
siècle.--XVIII. La Révolution.--Chaque volume comprend une époque. 12
volumes sont publies; ils contiennent l'histoire ancienne (7 vol.) et
l'histoire du Moyen-Age (5 vol.). M. Cesare Cantù va commencer
prochainement la publication de l'histoire moderne.
M. Cesare Cantù ne se contente pas d'affirmer les faits qui loi
paraissent évidents, il essaie de les prouver. Son ouvrage se compose de
deux parties distinctes: 1º le _Racconto_, ou le récit; 2º les
Documenti, ou documents. Les documents sont classes et coordonnés dans
des volumes séparés, ainsi que les discussions scientifiques, les
biographies, les passages les plus remarquables des prosateurs ou des
poètes, relatifs aux événements exposés dans le texte. L'auteur donne
aussi pour appendice une illustration très-variée des monuments et un
traité assez étendu de chronologie.
Nous n'admettons pas sans faire quelques réserves toutes les opinions
exprimées par M. Cesare Cantù; mais, bien que nous différions parfois de
principes avec lui, nous nous empressons de joindre nos éloges sincères
à ceux que lui ont prodigués déjà ses compatriotes et plusieurs journaux
français. Qu'il ne se laisse pas décourager, qu'il continue à marcher
dans la voie glorieuse qu'il parcourt depuis cinq années avec tant de
bonheur, et en moins de deux années il atteindra son but, il achèvera un
des plus importants ouvrages qu'aura produits le dix neuvième siècle.
Nous sommes heureux, quant à nous, d'annoncer que la _Storia
universale_, vient d'être traduite en français Cette traduction revue,
corrigée et augmentée par M. Cantù, qui est en ce moment à Paris, ne
doit point tarder à paraître.
_Loi salique_, ou Recueil contenant les anciennes rédactions de cette
loi et le texte connu sous le nom de _Lex emendata_; par J.-.M.
PARDESSES, membre de l'Institut.--Paris. 1843. Imprimerie Royale. 1 vol.
in-4º de 844 payes. Prix: 35 fr.
Ce volume commence par une préface de 80 pages qui contiennent la
description de toutes les éditions et de tous les manuscrits connus de
la loi salique, il renferme en outre huit textes différents, d'après les
manuscrits, avec, variantes; quarante titres qu'on ne trouve point dans
la _Les emendata_, d'après le manuscrit 4404 de la Bibliothèque royale
de Paris et le manuscrit 119, in-4, de Leyde; les prologues, l'épilogue
et les récapitulations, d'après divers manuscrits; un commentaire de 824
notes, et enfin quatorze dissertations, dont la première sur les
diverses rédactions de la loi salique, et les autres sur les points les
plus remarquables du droit privé des Francs sous la première race.
Les dissertations comprennent 309 pages, et sont suivies d'une table
alphabétique des matières.
_Mémoire sur l'Irlande indigène, et saxonne_; par DANIEL O'CONNELL,
membre du Parlement. Traduit de l'anglais et augmenté d'une notice
biographique sur l'auteur; par ORTAIRE FOURNIER. Tome 1er,
1172-1660.--Paris, 1843. _Charles Warèe._ 7 fr. 50 c.
A peine cet ouvrage eut-il paru à Londres, nous nous empressâmes d'en
annoncer la publication, d'exposer le plan de l'auteur, et de résumer en
quelques lignes le contenu du 1er volume,--le seul qui ait été mis en
vente jusqu'à ce jour.--Nous le répétons, O'Connell ne pouvait pas
écrire une histoire réfléchie, sérieuse, logique, bien ordonnée. Tous
les hommes habitués à improviser ne mènent jamais à bonne fin,--en
supposant qu'ils se sentent le courage de l'entreprendre,--un travail
qui exige une attention froide, calme et soutenue. D'ailleurs le tribun
irlandais est trop fougueux et trop passionné pour ne pas se laisser
emporter souvent, dans ses écrits comme dans ses discours, au delà des
bornes de la justice et de la raison. Il a oublié qu'il y avait une
grande différence à établir entre l'écrivain et l'orateur. On écoute
plus facilement et plus volontiers qu'on ne lit. Si long, si diffus, si
fatigant qu'il soit, l'orateur politique est presque toujours sûr de
conserver son auditoire, obligé, sinon de prêter l'oreille à son
discours, du moins d'attendre, sans pouvoir quitter sa place, qu'il
l'ait terminé. Mais, loin de s'imposer au public, l'écrivain reste
entièrement sous sa dépendance; il est si facile de fermer un livre qui
ennuie, et quand une fois on l'a fermé, il est si difficile de le
rouvrir.
Le premier volume du _Mémoire sur l'Irlande indigène et saxonne_
comprend toute la période de temps qui s'étend depuis l'année 1172
jusqu'en 1660. Ainsi que nous l'avons déjà dit, il se compose de 50
pages de texte et de 400 pages d'observations, de preuves et
d'explications. Les volumes suivants ne seront même que la suite de
cette seconde partie; car le texte proprement dit ou la première partie
renferme dans les neuf chapitres de ses 50 pages toute l'histoire
d'Irlande, depuis l'année 1172 jusqu'en 1840. La conclusion qui suit le
chapitre IX se termine par ces mots: «La dernière demande de l'Irlande
est dégagée de toute alternative, c'est le rappel de l'Union.»
Nous doutons que cet ouvrage étrange soit plus favorablement accueilli
en France qu'en Angleterre; mais, malgré ses énormes défauts, nous
devons savoir gré à M. Ortaire Fournier d'avoir songé à le traduire, car
il contient une foule de documents curieux qui pourront servir un jour
aux historiens futurs de la malheureuse Irlande.
_Essai sur l'Éducation du peuple_, ou sur les Moyens d'améliorer les
Écoles primaires populaires et le sort des Instituteurs: par J. WILLM,
inspecteur de l'Académie de Strasbourg.--Strasbourg. _Veuve
Levrault._--Paris, _Bertrand._ 1843. I vol. in-8º. 7 fr. 50 c.
L'auteur de cet _Essai_ a reçu sa première instruction dans une école de
village; il a été ensuite aide-instituteur, avant que d'heureuses
circonstances lui permissent de se livrer à des études supérieures.
Depuis, après avoir professé pendant dix années dans un collège
important, il a été, comme inspecteur de l'Académie de Strasbourg,
chargé de visiter une grande partie des écoles primaires des deux
départements du Rhin. Comme on le voit, il n'est pas étranger à la
matière sur laquelle il écrit, et il la traite avec connaissance de
cause.
L'Essai qu'il vient de publier s'adresse à tous ceux qui s'intéressent à
l'éducation populaire, et spécialement à ceux à qui la loi et le
gouvernement ont donné part à l'administration, à la surveillance et à
la direction des écoles primaires Ils y trouveront bien des choses
connues que l'auteur a voulu seulement leur rappeler; il ne revendique
pour lui que le mérite de les avoir classées et groupées autour d'un
principe fondamental, d'une idée générale, exposée dans l'introduction
et formulée dans la conclusion générale du livre. Du reste, loin
d'aspirer à la nouveauté, M. J. Willm évite surtout,--c'est lui qui le
déclare,--«de proposer des améliorations qui ne se rattacheraient pas
naturellement à ce qui existe, et qui ne découleraient pas de la nature
même des choses, de la constitution politique du pays et de la loi
organique de l'instruction primaire. Les propositions qu'il fait, il a
voulu qu'elles fussent légales, nationales, françaises et surtout
praticables.»
M. J. Willm a divisé son travail en trois parties: dans la PREMIÈRE
PARTIE, il recherche le principe et le but de l'éducation en général.
Selon lui, le vrai _principe_ de l'éducation doit être _universel_,
exclusif de tout intérêt particulier, de tout but spécial qu'on voudrait
poursuivre aux dépens de tout le reste, bien que servant tous les
intérêts légitimes et tout but raisonnable, embrassant tous les
sentiments, toutes les dispositions essentielles et pouvant s'appliquer
à tous les états, à toutes les classes de la société et à tous les
genres d'écoles et d'éducation.--Son _but_ est de former l'homme
d'abord, puis le citoyen, puis l'artiste, le soldat, le laboureur ou
l'artisan; de jeter les fondements d'une oeuvre que toute la vie,
quels qu'en soient d'ailleurs les accidents et les destinées
particulières, sera consacrée à continuer, à perfectionner: d'appeler au
jour tous les germes de raison, de vertu, de grandeur qui constituent la
vraie nature humaine, et de les développer assez pour leur assurer la
victoire sur toutes les dispositions contraires. Cette éducation
_générale_ doit être la base et la condition de toute éducation
particulière. Si, a raison des diverses conditions de la société et de
la destination présumée des élèves, elle était diversement appliquée, il
ne saurait y avoir de différence que sous le rapport de la quantité et
non sous celui de la qualité: mais cette éducation générale, une dans
son principe et dans son but, se compose d'éléments divers. Pour être
complète, il faut qu'elle soit tout à la fois _morale, intellectuelle,
esthétique et religieuse_;--car l'homme aspire naturellement au _bien_,
au _vrai_, au _beau_, à l'_infini_--et en même temps _sociale_ et
_nationale_, puisque l'homme n'est rien que par la société.
Ces principes posés, M. J. Willm cherche à les appliquer, à montrer ce
que peut et ce que doit être dans les écoles primaires populaires cette
éducation générale dont il a tracé le plan. Il traite successivement,
dans la SECONDE PARTIE de son _Essai_, de _l'organisation des écoles
primaires_ et de la _construction des maisons d'école, ainsi que du
mobilier_; de _l'éducation_ et de l'_instruction_ dans ces mêmes écoles;
de la _méthode_ et de la _discipline_, de _l'administration_ et de la
_surveillance_ de ces écoles. Il termine par l'examen de ces deux
questions; _Faut-il rendre la fréquentation de l'école primaire
obligatoire?_ et _l'instruction primaire doit-elle être gratuite?_ M. J.
Willm demande que tous les enfants qui ont atteint l'âge de six ans
soient annuellement soumis à une sorte de conscription scolaire et tenus
de payer la rétribution mensuelle, si leurs parents sont assez aisés
pour cela, ou amenés à l'école, s'ils sont pauvres, par tous les moyens
dont peut disposer l'administration.
Le sort des écoles populaires dépend principalement du dévouement
éclairé, du zèle et de l'habileté des instituteurs. Pour que les écoles
soient bonnes, il ne suffit pas de les placer dans des maisons
parfaitement appropriées, dans des salles vastes, saines, bien éclairées
et munies de tout ce qui est nécessaire à l'enseignement, il faut
surtout qu'elles soient dirigées par des maîtres habiles et dévoués. Or,
pour que les maîtres soient habiles, il faut leur fournir les moyens
d'acquérir les connaissances nécessaires a leur état, et pour soutenir
leur zèle, il faut travailler à rendre leur position aussi bonne et
aussi honorable que possible. M. J. Willm s'est donc occupe
successivement, dans la TROISIÈME PARTIE de son _Essai_, des moyens de
former les instituteurs, et spécialement des écoles _normales
primaires_: des moyens de leur faire continuer leur instruction après
leur entrée en fonctions, et spécialement des _conférences_ et des
_bibliothèques_ de l'école; enfin des moyens matériels d'améliorer leur
condition, et des _encouragements_ qu'il convient de leur offrir pour
soutenir leur zèle.
M. J. Willm achève la conclusion de son ouvrage en demandant qu'il soit
créé au sein de l'Académie des Sciences morales et politiques une
section de pédagogie, et que quelques chaires soient consacrées, à Paris
et dans les départements, à cet art, le plus important de tous,
puisqu'il a pour but de former les hommes.
_Bluettes_; par EUGÈNE DE LONLAY. I vol. in-18.--Paris. 1843. _Amyot_.
Comment ne pas accueillir avec intérêt un charmant volume bien imprimé
sur du papier satiné, qui se présente sous un titre si modeste et vous
demande humblement un regard et un sourire bienveillants? Quel reproche
le critique le plus dur aurait-il le courage d'adresser à des
_Bluettes_, surtout lorsque Béranger déclare les avoir lues avec
infiniment de plaisir, lorsqu'elles ont déjà eu deux éditions, et engin
lorsque leurs grâces naïves et leur tournure originale méritent
réellement le succès qu'elles ont obtenu? Ce qu'il faut au poète, a dit
M. E. de Lonlay dans sa première _Bluette._
Ce qu'il faut au poète,
C'est l'amour!...
L'auteur des _Bluettes_ est-il poète? Bien qu'il fasse des vers
charmants, nous attendrons, pour lui décerner un si beau titre, la
publication du _Trappiste_; mais, poète ou compositeur d'agréables
romances, il a ce qu'il lui faut, il est amoureux; ne nous étonnons donc
pas s'il ne chante que sa passion. Jetez les yeux sur la table générale
des _Bluettes_, qu'y voyez-vous: «Avoir tout à t'offrir.--Es-tu fille
des cieux?--Ne m'oubliez pas.--Tes yeux ont pris mon âme.--Que peut-elle
faire?--Je me souviens toujours.--Tout un jour sans te voir.--Loin des
yeux, près du coeur, etc.» Aussi M. E. de Lonlay donne-t-il ses vers à
celle qui seule, en les lisant, pourra dire: C'est moi; il les lui donne
«comme aux vertes savanes, la rosée abandonne ses perles limpides,
connue sur les sentiers l'aubépine épand ses débris embaumés, comme à la
terre endormie l'aube jette ses rayons d'or, comme aux coquettes plantes
de ses rives le lac prête son miroir mouvant, comme la fleur à l'abeille
donne son miel, comme au pèlerin l'étoile donne sa clarté, comme à
l'Éternel le croyant donne sa prière, comme à la mère l'enfant donne ses
premières caresses, la vierge à son amant le parfum de son premier
baiser.»
_Océanie_, ou Cinquième partie du Monde, revue géographique et
ethnographique de la Malaisie, de la Micronésie, de la Polynésie et de
la Mélanésie; par M. G.-L. DOMENY DE RIENZI. 3 vol. in-8º, ornés de
gravures et cartes. Paris. Firmin Didot. 1843.
«L'Océanie, ou cinquième partie du monde, plus étendue à elle seule que
le reste de notre globe, dit M. Domeny de Rienzi dans son introduction,
en est la moins connue et pourtant la plus curieuse et la plus variée.
C'est la terre des prodiges: elle renferme les races d'hommes les plus
opposées, les plus étonnantes merveilles de la nature et les monuments
les plus admirables de l'art. On y voit le pygmée à côté du géant, et le
blanc à côté du noir; près d'une tribu patriarcale une peuplade
d'anthropophages; non loin des hordes sauvages les plus abruties des
nations civilisées avant nous; les tremblements de terre et les
aérolithes bouleversent les campagnes, et les volcans foudroient des
villages entiers. Sur son continent austral, les animaux les plus
bizarres, et dans l'Ile la plus grande à la fois de ses archipels et du
globe, l'orang-outang, bimane anthropomorphe présentent aux philosophes
un profond sujet de méditations. Une de ses îles s'enorgueillit de la
majesté de ses temples et de ses palais antiques, supérieurs aux
monuments de la Perse et du Mexique, et comparables aux chefs-d'oeuvre
de l'Inde et de l'Égypte; d'autres étaient des pagodes, des mosquées et
des tombeaux modernes, rivalisant d'élégance et de grâce avec ce que
l'Orient et la Chine nous offrent de plus parfait en ce genre.»
Avant la publication de l'ouvrage de M. de Rienzi, il n'existait
cependant aucun livre spécial et complet sur l'Océanie Le dernier
descendant du célèbre tribun italien ne s'est pas contenté, comme on
pourrait le croire, de résumer tous les travaux des voyageurs,
navigateurs, géographes ou hydrographes qui l'avaient précédé. Cinq
voyages entrepris par amour pour la science dans diverses parties de
l'Océanie l'ont mis à même d'ajouter un grand nombre de fats nouveaux
aux faits déjà connus.--Son ouvrage comble donc une lacune importante
dans l'histoire de la géographie; car il contient, outre un tableau
général de l'Océanie, la description et l'histoire de la _Malaisie_, ou
grand archipel indien, de la _Micronésie_, de la _Polynésie_ et de
la _Mélanésie_. Plusieurs des dessins qui accompagnent le texte sont
inédits, et ont été exécutés par l'auteur sur les lieux; les autres sont
empruntés aux ouvrages les plus estimés. Douze morceaux de musique, dont
hut inédits, un tableau idiomographique des langues de ces contrées,
deux inscriptions importantes; enfin une nouvelle carte générale et
trois nouvelles cartes particulières de l'Océanie, complètent cette
description.
_L'Océanie_ a paru il y a deux ans; mais la prise de possession des
_îles Marquises_ et l'occupation de Taïti, donnent un intérêt
d'actualité à cette remarquable et utile publication.
Modes.
[Illustration: (Mantelet à la vieille.)]
Le mantelet est renouvelé de la mode assez peu éloignée de 1837: il y a
fort peu de différence entre celui d'aujourd'hui et celui d'alors; les
garnitures différent, mais la coupe est à peu près la même. Les
mantelets de taffetas noir, puce ou marron, sont ceux que l'un porte en
négligé comme en toilette du soir: le taffetas glacé en nuances claires
n'appartient qu'aux demi-toilettes de jour.
Les rubans employés comme garniture sont moins bien que les garnitures
en étoffe. Le taffetas est coupé en biais, et il se forme à quatre
rangs.
Notre dessin représente une femme qui porte son mantelet avec toute la
grâce sévère de la distinction; à peine doit-on apercevoir la taille
derrière le dos arrondi.
Quelques façons de robes nouvelles paraissent à l'horizon des modes: ce
sont des manches bouillonnées au poignet, des corsages lacés, et des
jupes garnies d'immenses volants à l'espagnole.
Les plumes sur les chapeaux de paille prennent faveur; quoique les
rubans simples soient de bon goût, une nouveauté tout à fait remarquable
et remarquée est le chapeau Pénélope de Lucy Hocquet. C'est une
fantaisie, une innovation, une bizarrerie. Aussitôt qu'il se fait un
chapeau Pénélope, il disparaît du magasin; cependant il doit rester
distingué en raison de sa simplicité un peu étrange.
[Illustration.]
Voici deux jolis costumes de jeunes garçons: l'aîné, en veste de drap et
pantalon de tricot ou de nankin a la chemine de toile, dont le collet
rabat sur la cravate; le plus jeune, en blouse de velours, a les jambes
nues, et les guêtres de tricot ou le pantalon de flanelle dans la
guêtre. Sa chemise, plissée comme une chemisette suisse, sort de la
blouse et laisse dégagé son cou. La casquette va bien sur les cheveux à
la jeune France.
[Illustration.]
Nous regrettons de ne pouvoir donner ici un détail un peu étendu des
avantages du chariot hygiénique dans lequel on a placé l'enfant que nous
avons sous les yeux. M. Lebrun, mécanicien habile, inventeur d'une
ceinture de sauvetage, mérite une place en première ligne à
l'illustration. Si les mères comprennent bien les bienfaits de ce petit
chariot, il est certain que le nombre des enfants contrefaits diminuera
sensiblement. Une quantité d'enfants nés droits, mais délicats et
faibles, se déjettent faute de pouvoir se supporter sur leurs jambes.
Nous ne saurions trop engager les mères et les nourrices à visiter M.
Lebrun. Elles se féliciteront de cette prévoyance, et en seront
immédiatement récompensées par le bonheur qu'elles procureront à ces
pauvres petits êtres impuissants, heureux entre ces jambes artificielles
qui les supportent et les transportent à leur gré, sans péril et sans
fatigue.
Rébus.
EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS:
Les personnalités attirent la haine.