Production et fabrication du sucre de betterave.
La betterave est une plante du genre _bette_, pivotante, charnue,
très-épaisse, et d'une grosseur qui va quelquefois à 25 et à 30 cent, de
diamètre dans sa partie supérieure. Il en existe plusieurs variétés.
Celle qui est reconnue aujourd'hui comme la plus favorable à la
production du sucre est la betterave blanche de Silésie _(beta alba)_:
vient ensuite la betterave jaune _(beta major)_, venue de la graine de
Castelnaudary; puis la rouge _(beta romana)_, et enfin la betterave
ordinaire ou des champs, connue aussi sous le nom de disette _(beta
sylvestris)_.
Margraaf est le premier chimiste qui ait découvert dans la betterave
l'existence du principe saccharin, et Achard le premier industriel qui
établit, en Silésie, une usine pour la conversion de la betterave en
sucre. En 1809 seulement, ces procédés de fabrication furent introduits
en France. Cette industrie fut d'abord accueillie avec faveur par
Napoléon qui entrevoyait dans sa prospérité future un des soutiens les
plus énergiques de son système continental; elle fit cependant peu de
progrès. Il en fut de même pendant les premières années de la
Restauration. Mais peu à peu les droits élevés qui furent mis sur le
sucre colonial, les primes accordées à l'exportation des sucres
raffinés, donnèrent à l'industrie betteravière une impulsion d'autant
plus grande, qu'elle jouissait en partie des primes qui, dans le
principe, avaient été données à l'exportation du sucre colonial. Ce
système protecteur et l'exemption complète de tous droits lui ont fourni
les moyens de se développer, en même temps que les découvertes et les
applications de la chimie lui apportaient chaque: jour le secours de
leurs nouveaux perfectionnements. Cependant, malgré ces incroyables
immunités, la production marcha d'un pas moins rapide qu'on n'aurait pu
le croire; car, en 1828, il n'y avait en France que 58 fabriques en
activité, produisant 2.685.000 kil.
Ce ne fut que quelques années plus tard que l'industrie betteravière,
favorisée par l'exemption des droits et la continuation des causes que
nous venons d'énumérer, prit une extension plus considérable. Aussi,
quand on réduisit le taux des primes à l'exportation, et qu'on imposa le
sucre indigène au droit d'abord de 15 fr. (16 fr. 50 c. avec le décime),
et plus tard à celui de 25 fr. (27 fr. 50 c. par 100 kilog.), il fut
assez fort pour lutter contre la concurrence coloniale. Il est vrai
qu'il lui restait encore une protection de 22 fr. Quelques usines
seulement furent obligées de fermer, mais ce furent surtout celles qui
étaient placées dans de mauvaises conditions de travail ou de débouché.
Le chiffre de 1828 ne tarda pas à être dépassé. En 1830, la production
était déjà évaluée à 6 millions de kilog.; en 1834, à 26 millions; en
1835, à 38 millions; en 1836, à 49 millions. An commencement de 1837, le
nombre des fabriques en activité ou en construction s'élevait à 343, et
si toutes avaient fonctionné, elles pouvaient produire 55 millions de
kilog. Aujourd'hui, le nombre des fabriques en activité est de 382; 25
autres, sans avoir travaillé, avaient des sucres en charge au
commencement de cette campagne, qui, comme on le sait, commence au 1er
octobre de chaque année. Les quantités inventoriées, à la charge de
l'année précédente, se montaient à 4.338.664 kilog. Pendant le mois de
janvier 1842, il a été fabriqué 5.505.533 kilog.; et pendant les trois
mois antérieurs, 16.960,348 kilog.: total, 22.465.881 kilog., dont,
pendant cet espace de temps, y compris le mois de janvier, 17.982.926
kilog. ont été livrés à la consommation. A la fin du mois, il restait en
fabrique 8.821.619 kilog. Les 382 fabriques en activité au mois de
janvier 1843 se répartissent ainsi qu'il suit entre les différents
départements qui les possèdent.
Aisne 36
Nord 158
Oise 8
Pas-de-Calais 79
Puy-de-Dôme 10
Seine-et-Oise 4
Somme 37
34 autres départements 50