Lorsque la Puissance inaugura la constitution de la province du
Manitoba, au lieu de laisser le champ libre à tout le monde, et surtout
à ceux avec qui elle avait traité, elle émana des warrant d'arrestation
contre eux, elle les calomnia, maltraita le peuple auquel elle avait
juré la paix, et persécuta les chefs. Il faut qu'elle ait porté loin sa
mauvaise foi, puisque le gouverner Archibald, son lieutenant, dégoûté
lui-même d'une telle politique, se moqua amèrement de la Puissance en
lui disant: «Vous donnez des institutions représentatives, des hastings
au peuple. Et vous commettez l'inconséquence d'élever, à côté, des
échafauds pour les chefs. Vous semez des chardons, vous ne pouvez pas
vous attendre à récolter des figues. Vous ne cueillerez jamais de
raisins sur les épines de votre conduite.» Et il s'en alla chez lui dans
la Nouvelle-Écosse. Indépendance aussi honorable que rare à trouver!
Les Métis du Manitoba n'ont jamais eu de satisfaction. La Puissance ne
les protégeait pas, ne leur donnait pas de justice. Elle les opprimait,
et leur ayant rendu leur pays, pour ainsi dire inhabitable, elle leur
distribua des terres, traînant les patentes en longueur, non seulement
pour contraindre les gens à vendre leur biens-fonds à moitié prix, à
quart de prix, mais même pour les réduire à l'extrémité de tout
abandonner.