La Puissance arriva à ne plus garder aucune modération. Elle vendit à
une société de colonisation une paroisse métisse toute ronde, le prêtre
était là. Elle vendit la paroisse de Saint-Louis de Langevin avec la
terre de l'église, sur laquelle était une chapelle en voie de
construction; elle vendit la terre de l'école et les propriétés de
trente-cinq familles. Est-il étonnant que les Métis se soient soulevés?
Quelles gens, à leur place, n'en auraient pas fait autant. La patience
humaine a des limites, et lorsqu'un despotisme est sans bornes, il faut
bien chercher à cogner sur les doigts de la main qui l'exerce.
Au reste, Ottawa avait prévu les effets inévitables de sa tyrannie. Et
pour tenir le peuple comme dans un étau, il avait préalablement passé
une loi par laquelle il était défendu aux êtres humains, dans le
Nord-Ouest, de se trouver en assemblée de plus de deux personnes, au
sujet des affaires concernant les agents et les Indiens, une loi faite
aux ambiguïtés, dont la ponctuation même était fine et malicieuse; une
loi capable de prendre autant d'interprétation que la couleur des
tourtes peut prendre de nuances. Cette loi surtout dirigé contre les
Métis venait en force le 1er de janvier 1885. Ne sachant plus que faire,
ils m'envoyèrent chercher.
J'ai traversé les lignes, sans armes et sans munitions, emmenant avec
moi ma femme et mes enfants. Je ne pensais pas à la guerre. Je venais
faire des pétitions.
Le gouvernement d'Ottawa avait fait avec moi en 1870, un traité dont il
n'avait pas encore observé une seule clause, à mon égard. Je venais
pétitionner pour mes gens et pour moi, demander au gouvernement de la
Puissance ce qui nous appartenait, dans l'espérance d'obtenir au moins
quelque chose, si nous ne pouvions pas obtenir satisfaction complète.
On dit que les cent ou cent cinquante familles métisses venues du
Manitoba, et établies sur la Branche-du-Sud, avaient en leurs droits à
la Rivière Rouge; que par conséquent, il ne leur revenait plus rien; et
que ça été mal de leur part de se mêler au mouvement de leurs frères de
la Saskatchewan.