Les Métis ont pour ancêtres paternels, les anciens employés des
compagnies de la Baie d'Hudson et du Nord-Ouest; et pour ancêtres
maternels des femmes sauvages appartenant aux diverses tribus.
Le mot français, Métis, est dérivé du participe latin Mixtus, qui
signifie Mêlé: il rend bien l'idée dont il est chargé.
Toute appropriée que l'expression anglaise correspondante, _Half-breed_,
fût à la première génération du mélange des sangs, européen et le sang
sauvage son mêlés à tous les degrés, elle n'est plus assez générale.
Le mot français, Métis exprime l'idée de ce mélange d'une manière aussi
satisfaisante que possible; et devient par là-même un nom convenable de
race.
Une petite observation, en passant et sans faire de peine à personne.
Des gens très polis, très gentils d'ailleurs, viennent dire parfois à un
Métis: «Vous n'avez pas l'air métis du tout. Vous n'avez pas beaucoup de
sang sauvage assurément. Quand même, vous passeriez partout pour un
blanc pur.»
Le Métis, à moitié déconcerté par le ton de ces assertions, voudrait
bien revendiquer son origine tant d'un bord que de l'autre. La crainte
de troubler ou de dissiper tout-à-fait la douceur des persuasions de ses
interlocuteurs le retient. Pendant qu'il hésite à choisir entre les
différentes réponses qui se présentent à son esprit, des paroles comme
celles-ci achèvent d'emporter son silence d'assaut. «Ah! bah! Vous
n'avez presque pas de sang sauvage. Vous n'en avez pas pour la peine.»
Voici comment les Métis pensent là-dessus en eux-mêmes. «C'est vrai que
notre origine sauvage est humble, mais il est juste que nous honorions
nos mères aussi bien que nos pères. Pourquoi nous occuperions-nous à
quel degré de mélange nous possédons le sang européen et le sang indien?
Pour peu que nous ayons de l'un ou de l'autre, la reconnaissance et
l'amour filial ne nous font-ils pas une loi de dire: Nous sommes Métis.»