FRANCE

La politique chôme; au dehors pas plus qu'au dedans nous n'avons cette

semaine à signaler aucun événement d'une importance vraiment sérieuse;

il semble qu'au moment où l'année finit, chacun se recueille pour jeter

un regard en arriére et se préparer aux luttes nouvelles que nous

réserve l'avenir. L'Assemblée nationale vote à la hâte les derniers

articles du budget avant de prendre le congé de quelques jours qu'elle

s'est octroyée à l'occasion de la nouvelle année; le calme qui préside à

cette discussion a à peine été troublé par quelques incidents presque

aussitôt terminés que soulevés, mais dont quelques-uns méritent d'être

signalés.

Notons d'abord la présentation, par M. Clapier, du projet de loi relatif

à la nomination des maires, dont l'Assemblée a voté l'urgence et qui a

été inscrit à l'ordre du jour immédiatement après le budget; nous avons

parlé plusieurs fois déjà de ce projet; il nous suffira donc de dire que

le travail de la commission a eu pour résultat de faire subir plusieurs

modifications importantes à la rédaction primitivement proposée par le

gouvernement. Ainsi, M. le ministre de l'intérieur acceptait pour le

gouvernement l'obligation de prendre les maires dans les conseils

municipaux: telle était la règle générale. Ce ne devait être qu'en cas

de démission ou de révocation qu'ils auraient pu être choisis hors des

conseils; La commission va plus loin: elle autorise le gouvernement à

les prendre à sa volonté, soit dans le conseil, soit en dehors de

celui-ci, avec cette seule restriction, assez bénigne, que dans ce

dernier cas il sera nécessaire de recourir soit à un arrêté du ministre

de l'intérieur pour les communes où la nomination est laissée aux

préfets, soit à un décret délibéré en conseil des ministres, pour les

communes où la nomination est réservée au gouvernement, c'est-à-dire

dans tous les chefs-lieux de département, d'arrondissement ou de canton.

Une seconde différence porte sur la nomination des agents de police.

Dans son projet, le gouvernement l'enlevait aux maires à qui elle

appartient actuellement pour toutes les communes auxquelles la loi du

24-29 juillet 1867 (article 23) n'est pas applicable, c'est-à-dire

celles qui ont moins de 40,000 âmes de population: il se l'attribuait à

lui-même sans aucune exception. La commission a maintenu le droit des

maires, non pas toutefois dans son intégrité. D'abord, elle subordonne

leur choix à l'agrément des préfets et sous-préfets; elle a, de plus,

modifié l'article 12 de l'excellente loi du 18 juillet 1837, en vertu

duquel le maire _suspend_ et _révoque_ ces agents municipaux; ils

pourront toujours, comme par le passé, être suspendus par le maire; mais

le préfet seul aura le droit de les révoquer: la loi les place ainsi à

peu près dans les mêmes conditions que les gardes champêtres. Grâce à ce

double compromis, l'accord s'est établi entre le gouvernement et la

commission, et la majorité considérable qui s'est manifestée, tant en

faveur de l'urgence, que de la mise à l'ordre du jour pour le terme le

plus proche, permet de croire que l'Assemblée ratifiera et votera la loi

dans sa teneur actuelle.

Dans sa séance du 19, l'Assemblée a adopté un amendement tendant à

porter de 162,400 francs à 300,000 francs la somme allouée au président

de la République pour frais de représentation. Cette augmentation de

crédit, destinée à donner plus d'éclat aux réceptions officielles du

président pendant son séjour au palais de l'Elysée, intéressait trop,

directement le commerce parisien pour ne pas être favorablement

accueillie par toutes les fractions de l'Assemblée; malheureusement il a

fallu que les passions politiques, inopportunément remises en jeu par

une observation intempestive, vinssent gâter ces bonnes dispositions; à

propos d'une question toute financière, on a parlé du retour du

gouvernement à Paris; on a évoqué le souvenir de la Commune, et c'est au

milieu d'un conflit d'invectives qu'a fini cette discussion où tout le

monde était d'accord en commençant.

Signalons, pour terminer, l'interpellation adressée au gouvernement par

la gauche au sujet d'une convention récemment intervenue entre le

ministre des finances et le mandataire de l'ex-impératrice pour la levée

du séquestre qui pèse sur la liste civile de Napoléon III. En attendant

la discussion en séance publique, portée à l'ordre du jour après la loi

sur la nomination des maires, M. Deseilligny, ministre du commerce, a

fourni à la commission du budget quelques explications sur la question.

Le ministre a ajouté que les signataires de la convention avaient cru se

conformer à ce qui s'était fait à l'égard de la liste civile de

Louis-Philippe, et avaient pensé qu'il était de «haute convenance, en

dehors de tout parti politique, de soulager la situation douloureuse où

se trouvait l'impératrice au point de vue pécuniaire».

Il a ajouté que le gouvernement avait, en cela, le droit d'agir sans

recourir à l'assentiment de l'Assemblée, attendu que le séquestre avait

été mis par un simple décret du gouvernement de la défense nationale, et

qu'il suffisait, par conséquent, d'un nouveau décret pour défaire ce

qu'un décret avait fait.

L'Illustration, No. 1609, 27 décembre 1873 · 第 6 / 33 题