CHAP. XV.

VOILA la fin des voyages transmarins du brave, genereux,& redouté

Poutrincourt, de qui la memoire soit en benediction. Voila les

irreprochables témoignages de son incomparable pieté, aiguillon qui lui

a fait entreprendre tant de travaux & de hazars, dont il a eté si mal

recompensé. Il bruloit d'un si grand desir de voir sa terre de la

Nouvelle-France Christianisée que tous ses discours & desseins ne

buttoient qu'à cela, & à cela méme il a consommé son bien. Je relis

souvent & avec plaisir entremelé de regrets, plusieurs lettres qu'il m'a

écrites au sujet de ses voyages, mais particulierement une confirmative

de ce que je viens de dire, qui commence ainsi.

_Monsieur, mon partement_ (de France) _fut si precipité, que je n'eu

moyen de vous dire Adieu que par message, ayant un extreme regret de ne

vous avoir veu, & encore plus grand de ce que n'étes ici (au Port-Royal)

qui travailliés si bien à la culture de vôtre jardin, & abattiez bois

pour l'ornement d'icelui: pour m'aider à travailler au jardin de Dieu, &

abbattre le diable. Car il y a toujours des esprits de contradiction.

J'ay bonne envie de vous voir hors des tumultes où trop souvent l'on est

pressé en France, & de pouvoir ici jouir de vôtre bonne compagnie.

Maintenez moy en vos bonnes graces, & je vous maintiendray en celles du

grand Sagamos & invincible Membertou, qui est aujourd'hui par la grace

de Dieu Chrétien avec sa famille._

Au temps de son retour en France, survint le mouvement excité par

Monsieur le Prince & ses associés à-cause du mariage du Roy, durant

lequel il fut recherché par les habitans de la ville de Troyes, &

commandé par sa Majesté de reprendre la ville de Meri sur Seine, &

Chateau-Thierri, où ledit Seigneur Prince avoit mis garnisons. Il

commença donc par Meri, l'assiegea, & le print. Mais il y fut tué en la

façon que chacun sçait, & qu'il se peut reconoitre par les Epitaphes

suivans, dont l'un est à Saint-Just en Champagne, où il est enterré,

l'autre a été envoyé en la Nouvelle-France.

NOBILISSIMI HEROIS

POTRINCURTII

EPITAPHIUM

ÆTERNÆ MEMORIÆ HEROIS MAGNI POTRINCURTII, qui pacatis olim Galliæ bellis

(in quibus præcpuam militiæ laudem consequurus est) factionéque magna

Errici Magni virtute repressa, opus Christianum instaurandæ Franciæ novæ

aggressus, dum illic monstra varia debellare conatur, occasione novi

tumultus Gallici à proposito avocatus, & Mericum oppidum in Tricass.

agro ad deditionem cogere à Principe iussus; voti compos, militeris

gloriæ æmulatione multis vulneribus confossus, catapultâ pectori admotâ

nefarié à Pisandro interficitur Mense Decemb. M. DC. XV. ætatis anno

LVIII.

_M. S. piæ recordationis ergo_

_Heroi benemerito_.

_L. M. V. S._

[Illustration]

EIUSDEM HEROIS MAGNI

Epitaphium ini Novæ Franciæ oris vulgatum,

& marmoribus atque

arboribus incisum.

[Illustration]

CHARA DEO SOBOLES, NEOPHYTI MEI

NOVÆ FRANCIÆ INCOLÆ,

CHRISTICOLÆ,

QUOS EGO.

ILLE EGO SUM MAGNUS SAGAMOS VES TER

POTRINCURTIUS

SUPER ÆSTHERA NOTUS,

IN QUO OLIM SPES VESTRÆ.

VOS SI FEFELLIT INVIDIA,

LUGETE.

VIRTUS MEA ME PERDIDIT VOBIS.

GLORIAM MEAM ALTERI DARE

NEQUIVI.

ITERUM LUGETE.

[Illustration]

SIXIEME

LIVRE CONTENANT

LES MOEURS & FAÇONS

DE VIVRE DES PEUPLES DE LA

Nouvelle-France, & le rapport des terres

& mers dont a eté fait mention és livres

Precedens.

Histoire de la Nouvelle-France (Version 1617) · 第 237 / 303 题