CHAP. XXVII

LE Samedy sixieme jour de May nous appareillames du havre Sainte-Croix,

& vimmes poser au bas de l'ile d'Orleans environ douze lieuës dudit

Sainte-Croix. Et le Dimanche vimmes à l'ile és Coudres, où avons été

jusques au Lundi seiziéme jour dudit mois laissans amortir les eaux,

léquelles étoient trop courantes & dangereuses pour avaller ledit

fleuve. Pendant lequel temps vindrent plusieurs barques des peuples

sujets de _Donnacona_, léquels venoient de la riviere de _Saguenay_. Et

lors que par _Domagaya_ furent avertis de la prinse d'eux, & la façon &

maniere, comme on menoit ledit _Donnacona_ en France, furent bien

étonnez. Mais ne laisserent à venir le long des navires parler audit

_Donnacona_, qui leur dit que dans douze lunes il retourneroit, & qu'il

avoit bon traitement avec le Capitaine & compagnons. Dequoy tous à une

voix remercierent ledit Capitaine, & donnerent audit _Donnacona_ trois

pacquets de peaux de Biévres,& loups marins, avec un grand couteau de

cuivre rouge, qui vient dudit _Saguenay, & autres choses_. Ilz donnerent

aussi au Capitaine un collier d'_Esurgni_. Pour léquels presens leur fit

le Capitaine donner dix ou douze hachotz, déquels furent fort contens &

joyeux, remercians ledit Capitaine: puis s'en retournerent.

Le passage est plus seur & meilleur entre le Nort & ladite ile, que vers

le Su, pour le grand nombre de basses, bancs, & rochers qui y sont, &

aussi qu'il y a petit fond.

Le lendemain seziéme de May nous appareillames de ladite _Ile és

Coudres_, & vimmes poser à une ile qui est à environ quinze lieuës

d'icelle _Ile és Coudres_, laquelle est grande d'environ cinq lieuës de

long: & là posames celui jour pour passer la nuit esperans le lendemain

passer les dangers du _Saguenay_, léquels sont fort grans. Le soir fumes

à ladite ile, où trouvames grand nombre de lièvres, déquels nous eumes

quantité. Et pource la nommames _l'ile és liévres_. Et la nuict le vent

vint contraire, & en tourmente, tellement qu'il nous fallut relacher à

l'ile és Coudres d'où nous étions partis, par-ce qu'il n'y a autre

passage entre lédites iles, & y fumes jusques au... jour dudit mois, que

le vent vint bon, & tant fimes par nos journées que nous passames

jusques à _Hongnedo_, entre l'ile de l'Assumption & ledit _Hongnedo_:

lequel passage n'avoit pardevant été découvert: & fimes courir jusques

le travers du _Cap de prato_, qui est le commencement de la _Baye de

Chaleur_. Et parce que le vent étoit convenable & bon à plaisir, fimes

poser le jour & la nuit. Et le lendemain vimmes querir au corps _l'ile

de Brion_, ce que voulions faire pour la barge de nôtre chemin, gisantes

les deux terres Suest & Noroest un quart de l'Est & de l'ouest: & y a

entre eux cinquante lieuës. Ladite ile est en quarante sept degrez &

demi de latitude.

Le Jeudy vint-cinquiéme jour dudit mois jour & féte de l'ascension nôtre

Seigneur, nous trouvames à une terre & sillon de basses araines, qui

demeurent au Suroest de ladite _ile de Brion_ environ huit lieuës, par

sus léquelles y a de grosses terres pleines d'arbres, & y a une mer

enclose, dont n'avions veu aucune entrée ni ouverture par où entre

icelle mer.

Et le Vendredi vint-sixiéme, parce que le vent changeoit à la côte,

retournames à ladite _ile de Brion_, où fumes jusques au premier jour de

Juin, & vimmes querir une terre haute qui demeure au Suest de ladite

ile, qui nous apparoissoit étre une ile, & là rangeames environ

vint-deux lieuës & demie, faisans lequel chemin eumes conoissance de

trois autres iles qui demeuroient vers les araines: & pareillement

lédites araines étre ile; & ladite terre, qui est terre haute & unie

étre terre certaine se rabattant au Noroest. Apres léquelles choses

conues retournames au cap de ladite terre qui se fait à deux ou trois

caps hauts à merveilles, & grand profond. L'eau, & la marée si courante

qu'il n'est possible Nous nommames celui cap _Le cap de Lorraine_, qui

est en quarante-six degrez & demi: au Su duquel cap y a une basse terre,

& semblant d'entrée de riviere: mais il n'y a hable qui vaille, parsus

léquelles vers le Su demeure un cap que nous nommames _Le Cap sainct

Paul_, qui est au quarante-sept degrez un quart.

Le Dimanche troisiéme jour dudit mois jour & féte de la Pentecôte eumes

conoissance de la côte d'Est-suest de Terre-neuve, étant à environ

vint-deux lieuës dudit cap. Et pource que le vent étoit contraire, fumes

à un hable que nous nommames _Le hable du sainct Esprit_, jusques au

Mardi qu'appareillames dudit hable & reconumes ladite côte jusques aux

_iles de sainct Pierre_. Lequel chemin faisans tournames le long de

ladite côte plusieurs iles & basses fort dangereuses étans en la route

d'Est-Suest, & Oest-Norest à deux, trois, & quatre lieuës à la mer. Nous

fumes audites _iles sainct Pierre_, & trouvames plusieurs navires tant

de France que de Bretagne.

Depuis le jour sainct Barnabé unziéme de Juin jusques au seziéme dudit

mois qu'appareillames dédites _Iles sainct Pierre_, & vimmes au _Cap de

Raz._, & entrames dedans un hable nommé _Rongnousi_, où primmes eau &

bois pour traverser la mer, & là laissames une de noz barques: &

appareillames dudit hable le Lundi dix-neufiéme jour dudit mois: & avec

bon temps avons navigé par la mer: tellement que le seziéme jour de

Juillet sommes arrivés au hable de Saint Malo, la grace au Createur: le

priant, faisant fin à nôtre navigation, nous donner sa grace, & Paradis

à la fin. Amen.

_Rencontre des Montagnais (Sauvages de_ Tadoussac) _& Iroquois:

Privilege de celui qui est blessé à la guerre: Ceremonies des Sauvages

devant qu'aller à la guerre: Contes fabuleux de la monstruosité des

Armouchiquois: & de la Mine reluisante au Soleil: & du_ Gougou: _Arrivée

au Havre de Grace._

Histoire de la Nouvelle-France (Version 1617) · 第 198 / 303 题