Comme application de ce genre, la plus importante est celle que vient

d'en faire, conjointement avec M. Hughes, M. Henry Thompson célèbre

chirurgien anglais, pour l'exploration de la vessie dans la maladie de

la pierre. Au moyen de cet appareil, on peut en effet constater la

présence et préciser le siège des calculs pierreux qui peuvent s'y

trouver, quelques petits qu'ils soient d'ailleurs. On emploie pour

cela une sonde exploratrice composée d'une tige de Maillechort un peu

recourbée par le bout et qui est mise en communication avec un

microphone sensible à charbon. Quand, en promenant cette sonde dans la

vessie, la tige en question rencontre des particules pierreuses,

fussent-elles de la grosseur d'une tête d'épingle, le frottement qui

en résulte détermine des vibrations qui se distinguent parfaitement,

dans le téléphone, de celles qui se produisent par la simple friction

de la tige sur les tissus mous des parois de la vessie. Toutefois, M.

Thompson prétend que pour obtenir de bons résultats de cette méthode,

il faut prendre certaines précautions. Il faut que l'instrument ne

soit pas trop sensible afin que la nature des bruits soit bien

distincte, la pile ne doit pas être trop forte, pour éviter les sons

qui pourraient résulter des bruits extérieurs. L'appareil est du reste

disposé comme on le voit fig. 46. Le microphone est placé dans le

manche qui porte la sonde et n'est autre que celui que nous avons

représenté fig. 39, mais avec de plus petites dimensions, et les deux

fils conducteurs _e_ allant au téléphone, ressortent du manche par le

bout _a_ opposé à celui _bb_ où la sonde _dd_ est vissée. Comme cet

appareil n'est pas destiné à reproduire la parole, on emploie des

charbons de cornue au lieu de charbons de bois.

On a pu encore par un moyen basé sur le principe du microphone, faire

entendre certains sourds dont l'oreille n'était pas encore tout à fait

insensibilisée. Pour obtenir ce résultat, on adapte devant les deux

oreilles du malade deux téléphones, reliés entre eux par une couronne

métallique appuyée sur l'os frontal, et on met les deux téléphones en

rapport avec un microphone muni de sa pile, lequel pend à l'extrémité

d'un double fil conducteur. Le malade conserve dans sa poche ce

microphone, et il le présente comme un cornet acoustique à son

interlocuteur quand il veut converser avec lui. Le microphone est

alors constitué par le parleur de M. Hughes représenté fig. 39.

Le microphone peut avoir encore beaucoup d'autres applications, et

voici ce que nous lisons à cet égard dans l'_English Mechanic_ du 21

Juin 1878: «Au moyen de cet instrument, les ingénieurs pourront

apprécier les effets des vibrations occasionnées sur les édifices

anciens et nouveaux par le passage de lourdes charges; un soldat

pourra reconnaître l'approche de l'ennemi à plusieurs milles de

distance et distinguer même s'il aura affaire avec de l'artillerie ou

de la cavalerie; la marche des navires dans le voisinage des torpilles

pourra même être annoncée à la côte, et on pourra dès lors, à coup

sûr, en déterminer l'explosion.»

On a aussi proposé d'appliquer le microphone comme un avertisseur des

fuites de gaz dans les mines à charbon. Le gaz s'échappant des

crevasses de charbon, produit un son sifflant qui par le moyen du

microphone et du téléphone pourrait être entendu au haut des puits.

D'un autre côté, on a eu l'idée que le microphone pourrait être

utilement employé comme Séismographe pour signaler les bruits

souterrains qui précèdent généralement les tremblements de terre et

les éruptions volcaniques, et qui se trouveraient de cette manière

notablement amplifiés. Cet appareil pourrait même être d'un usage

utile à M. Palmieri pour ses études à l'observatoire du Vésuve.

Comme on devait s'y attendre, des réclamations de priorité devaient

être la conséquence de la grande faveur qui a accueilli l'invention de

M. Hughes, et même en dehors de la réclamation de M. Edison sur

laquelle nous avons exprimé notre opinion[26], nous en trouvons

plusieurs autres qui montrent que, si quelques effets du microphone

ont été découverts à différentes époques avant M. Hughes, on n'y avait

prêté qu'une très-médiocre attention puisqu'ils n'ont même pas été

publiés. De ce nombre sont celles de M. Wentwork Lacelles-Scott

enregistrées dans l'_Electrician_ du 25 mai 1878, et celle de M.

Weyher présentée à la Société de Physique de Paris au mois de juin

dernier; mais elles n'ont guère d'importance, attendu que les dates

auxquelles remontent les expériences de ces savants sont encore

postérieures à celles des premières expériences de M. Hughes;

celles-ci datent, en effet, du commencement de décembre 1877, et ont

même été montrées en janvier 1878 aux fonctionnaires de la _Submarine

Telegraph Company_, ainsi que le publie M. Preece dans une lettre

adressée aux différents savants.

[Note 26: Nous reproduisons ci-dessous une lettre que sir

William Thomson a publiée au sujet de cette discussion:

«Monsieur,

«Au plaisir que le public a éprouvé en prenant connaissance

de ces magnifiques découvertes qui, sous le nom de téléphone,

de microphone et de phonographe, ont tant étonné le monde

savant, est venu se mêler dernièrement, très-inutilement,

j'ai besoin de le dire, un des incidents les plus

regrettables qui puissent se produire. Il s'agit d'une

réclamation de priorité accompagnée d'accusation de mauvaise

foi, qui a été lancée par M. Edison contre une personne dont

le nom et la réputation sont depuis longtemps respectés dans

l'opinion publique.

«Avant de faire intervenir le public dans une semblable

affaire, M. Edison aurait dû évidemment discuter sa

réclamation avec M. Preece qui était, depuis l'origine de

toutes ses inventions, en correspondance avec lui; ou bien

encore, il aurait pu, en s'adressant directement aux journaux

publics, établir sa réclamation, en montrant avec calme la

grande similitude qui pouvait exister entre son téléphone à

charbon et le microphone de M. Hughes qui l'avait suivi. Le

monde scientifique aurait alors pu juger le débat avec calme,

il aurait pu s'y intéresser et examiner sainement ce qu'il

pouvait y avoir de commun entre les deux inventions. Mais,

par son attaque violente dans les journaux contre MM. Preece

et Hughes, et en les accusant de _piraterie_, de _plagiat_ et

d'_abus de confiance_, il a ôté tout crédit à sa réclamation

aux yeux des personnes compétentes. Rien d'ailleurs n'était

moins fondé que ces accusations. M. Preece fit lui-même la

description détaillée du téléphone à charbon de M. Edison à

la réunion de l'Association britannique qui eut lieu à

Plymouth, en août dernier; il en fit ressortir le mérite, et

les journaux publics en rendirent compte d'après sa

communication. Les magnifiques résultats présentés, au

commencement de l'année, par M. Hughes avec son microphone,

ont été décrits par lui-même sous une forme telle, qu'il est

impossible de mettre en doute qu'il n'ait travaillé sur son

propre fonds et en dehors de toutes les recherches de M.

Edison qu'il n'avait pas le plus petit intérêt à

s'approprier.

«Il est vrai que le principe physique appliqué par M. Edison

dans son téléphone à charbon et par M. Hughes dans son

microphone est le même; mais il est également le même que

celui employé par M. Clérac, fonctionnaire de

l'administration des lignes télégraphiques françaises, dans

son tube à résistance variable qu'il avait donné à M. Hughes

et à d'autres en 1866 pour des usages pratiques importants,

appareil qui, du reste dérive entièrement de ce fait signalé

il y a longtemps par M. du Moncel, que _l'augmentation de

pression entre deux conducteurs en contact produit une

diminution dans leur résistance électrique_.»]

Avant de terminer avec le microphone, je crois devoir rappeler ici

deux expériences intéressantes de M. Hughes, qui tout en montrant que

l'attraction magnétique n'entre pour rien dans la reproduction de la

parole, prouve que les effets électro-magnétiques peuvent se combiner

aux effets microphoniques.

1º Si une armature de fer doux est appliquée sur les pôles d'un

électro-aimant à deux branches solidement fixé sur une planche, et

qu'on interpose entre cette armature et les pôles magnétiques des

morceaux de papier afin d'éviter les effets de magnétisme condensé, on

peut, en reliant cet électro-aimant à un microphone parleur du modèle

de la fig. 39, entendre sur la planche servant de support à

l'électro-aimant les mots prononcés dans le parleur.

2º Si on oppose par leurs pôles de noms contraires deux

électro-aimants mis en rapport avec un microphone, en ayant soin de

séparer ces pôles par des morceaux de papier, on obtiendra clairement

la reproduction de la parole, sans qu'il y ait besoin d'armature ni de

diaphragme. Ces deux faits peuvent encore être opposés à la théorie

soutenue par M. Navez.

3º Si au lieu de faire passer le courant actionné par un microphone à

travers l'hélice d'un téléphone servant de récepteur, on lui fait

traverser directement le barreau aimanté de ce téléphone dans le sens

de son axe, c'est-à-dire d'un pôle à l'autre, on peut entendre

distinctement les paroles prononcées dans le microphone. Cette

expérience, qui est de M. Paul Roy, indiquerait, si elle est exacte,

que les ondulations électriques qui parcoureraient longitudinalement

un aimant, en modifieraient l'intensité magnétique. Cette expérience

est toutefois à vérifier.

EFFETS DES ACTIONS EXTÉRIEURES SUR LES TRANSMISSIONS TÉLÉPHONIQUES.

Les obstacles qu'on rencontre dans les transmissions téléphoniques

proviennent de trois causes; 1º de l'affaiblissement des sons par

suite des pertes de courant sur les lignes, pertes beaucoup plus

grandes avec les courants d'induction qu'avec les courants de pile; 2º

des mélanges produits par les dérivations des courants voisins; 3º de

l'induction des fils les uns sur les autres. Cette dernière influence

est beaucoup plus grande qu'on ne se le figure ordinairement. Placez

côte à côte deux fils parfaitement isolés, l'un en correspondance avec

un circuit de sonnerie trembleuse, l'autre avec un circuit de

téléphone: ce dernier répétera les bruits de la sonnerie avec une

intensité souvent assez grande pour fournir lui-même un appel sans

qu'on ait l'appareil à l'oreille. MM. Pollard et Garnier, dans leurs

intéressantes expériences avec les courants induits de la bobine de

Ruhmkorff, ont reconnu qu'on pouvait obtenir de cette manière,

non-seulement les sons en rapport avec les courants induits résultant

de l'action du courant traversant l'hélice primaire, mais encore ceux

qui résultent de l'action des courants secondaires sur d'autres

hélices et qu'on a désignés sous le nom de courants de second ordre.

Ce sont ces différentes réactions qui font que les transmissions

téléphoniques faites sur les lignes télégraphiques se trouvent souvent

troublées par des bruits insolites qui viennent des transmissions

électriques sur les fils voisins; mais elles paraissent subir ces

influences sans s'éteindre, et il arrive que l'on peut entendre à la

fois une conversation parlée en langage ordinaire et une dépêche

transmise dans le langage Morse.

À l'école d'artillerie de Clermont, on a établi à titre d'expériences

une communication téléphonique entre cette école et le champ de tir

qui est à une distance de 14 kilomètres. Une autre communication du

même genre est établie entre l'Observatoire de Clermont et celui du

Puy-de-Dôme à 15 kilomètres de distance. Ces deux lignes sont portées

par les mêmes poteaux sur un parcours de 10 kilomètres, et dans ce

trajet sur ces poteaux, se trouve un fil télégraphique ordinaire;

enfin dans cet espace, les poteaux pendant 300 mètres portent aussi

sept autres fils télégraphiques. Les deux fils téléphoniques sont

d'ailleurs éloignés de 0m,85 l'un de l'autre. Dans ces conditions on a

constaté:

1º Que le téléphone de l'école lit très-bien, par le son, les dépêches

Morse qui passent dans le télégraphe sur les deux fils qui

l'avoisinent, mais que le tic-tac de l'appareil ne gêne en rien le

passage ni l'audition de la communication verbale du téléphone;

2º Que les deux lignes téléphoniques voisines, quoique ne se touchant

pas, et sans communication entre elles, mélangent cependant leurs

dépêches, et il est arrivé qu'on a pu entendre à l'école par le fil

venant du champ de tir, des dépêches du Puy-de-Dôme, et qu'on a pu y

répondre, sans que nulle part la distance entre les fils des deux

lignes fut moindre que 85 centimètres.

On a pu remédier un peu à ces inconvénients en interposant dans le

circuit de fortes résistances, ou en établissant des dérivations à la

terre à une certaine distance des postes téléphoniques.

Suivant M. Izarn, professeur de physique au lycée de Clermont, les

courants électriques téléphoniques pourraient très-bien se dériver par

la terre, surtout quand ils rencontreraient sur leur passage des

conducteurs métalliques comme des conduites d'eau ou de gaz. Voici ce

qu'il dit dans une note adressée à l'académie des sciences le 13 mai

1878. «J'ai installé au lycée de Clermont un téléphone sur un fil

unique d'une cinquantaine de mètres, qui, traversant la grande cour

du lycée, va du laboratoire de physique où il s'accroche à un bec de

gaz, à une pièce placée près de la loge du concierge où il s'accroche

à un autre bec de gaz. En appliquant l'oreille au téléphone, j'entends

très-nettement les signaux télégraphiques Morse ou autres qui

proviennent soit du bureau télégraphique de Clermont, soit du bureau

téléphonique fonctionnant entre l'école d'artillerie de Clermont et le

polygone de tir, établi à 14 kilomètres de la ville au pied du

Puy-de-Dôme. J'entends même des paroles et surtout des commandements

militaires émis dans le téléphone du polygone et destinés à être

entendus à l'école. Or mon fil est absolument indépendant de ceux où

circulent ces signaux; il en est même très-éloigné; mais comme les

prises de terre du bureau télégraphique et de l'école d'artillerie se

font à une petite distance des tuyaux de gaz, il n'est pas douteux que

le phénomène ne soit dû à une dérivation du courant produite à travers

mon fil par l'intermédiaire du sol et du réseau métallique des

tuyaux.»

Cette remarque avait été déjà faite par M. Preece dans sa notice: _Sur

quelques points physiques en rapport avec le téléphone._ D'un autre

côté, nous lisons dans le _Telegraphic journal_ du 15 juin 1878, que

dans un concert téléphonique, transmis de Buffalo à New-York, les

chanteurs de Buffalo ont été entendus dans un bureau particulier placé

en dehors du circuit télégraphique sur lequel s'opérait la

transmission. Après informations, on reconnut que le fil à travers

lequel la transmission téléphonique s'effectuait dans ce bureau, se

rapprochait en un point de son parcours de celui qui transmettait

directement les sons musicaux; mais la distance entre les deux fils

n'était pas moindre de dix pieds.

Avec les circuits entièrement métalliques, les effets des mélanges

sont beaucoup moins à craindre, et suivant M. Zetzche, on n'entend que

très-peu et seulement par instants, les sons provenant d'autres fils;

on entend donc beaucoup mieux et plus aisément avec cette disposition

qu'avec la disposition ordinaire. «Ce ne sont pas d'ailleurs, dit-il,

les résistances des fils, mais bien plutôt les dérivations de courant

près des poteaux qui présentent des obstacles pour les correspondances

téléphoniques échangées sur de longues lignes aériennes. J'ai pu en

avoir la preuve dans les expériences suivantes: Ayant relié la ligne

télégraphique de Dresde à Chemnitz à l'une des lignes de Chemnitz à

Leipzig (87 kil.), ce qui fournissait un circuit de 167 kilomètres

communiquant à la terre à ses deux extrémités, Dresde et Leipzig n'ont

pu s'entretenir, tandis que Dresde et Chemnitz le pouvaient très-bien

malgré la plus grande étendue de la ligne. Ayant fait supprimer la

communication à la terre, d'abord à Leipzig, puis à Leipzig et à

Dresde simultanément, j'ai constaté les effets suivants: Avec

l'isolation effectuée à Leipzig seulement, les stations de Dresde, de

Riesa, Wurzen purent bien s'entendre au moyen du téléphone; mais avec

l'isolation de la ligne aux deux extrémités, les deux dernières

stations communiquèrent bien entre elles, mais la station

intermédiaire fit remarquer qu'elle entendait mieux les mots prononcés

à Wurzen que l'on n'entendait à Wurzen les paroles dites à Riesa.

Dans les deux cas, le téléphone reproduisait distinctement les

signaux télégraphiques émis sur les fils parallèles à celui de la

ligne d'essai. Or, comme Wurzen, n'est qu'à 26,6 kilomètres de

Leipzig, tandis que Riesa se trouve à une distance de 49 kilomètres de

Dresde, et qu'il y a, par conséquent, sur ce dernier parcours à peu

près une fois autant de poteaux offrant aux courants des dérivations à

la terre, j'ai cru pouvoir en conclure que c'était par les dérivations

qu'on pouvait expliquer la possibilité de correspondre sur une ligne

isolée et la perception plus distincte des sons à la station de Riesa,

laquelle provenait de la plus grande intensité de courant restant

encore sur la ligne.»

Il est aussi certaines vibrations résultant de l'action des courants

d'air sur les fils télégraphiques et qui leur font émettre ces

bourdonnements bien connus sur certaines lignes, qui peuvent encore

réagir sur le téléphone; mais elles sont alors le plus souvent

propagées mécaniquement, et on peut les distinguer des autres, quand

les sons qui en résultent sont entendus après qu'on a exclu le

téléphone du circuit par une fermeture à court circuit, et après avoir

supprimé la communication à la terre établie en arrière du téléphone.

Les réactions d'induction exercées par les fils de ligne les uns sur

les autres ne sont pas les seules qui puissent être accusées sur un

circuit téléphonique: toute manifestation électrique produite dans le

voisinage d'un téléphone peut déterminer des sons plus ou moins forts.

Nous en avons déjà eu la preuve dans les expériences de M. d'Arsonval,

et voici quelques expériences de M. Demoget qui le démontrent de la

manière la plus notoire. En effet si devant l'un des téléphones d'un

circuit téléphonique, on place un petit électro-aimant droit muni d'un

trembleur, et que, pour écarter l'influence du son produit par le

trembleur, on enlève la lame vibrante du téléphone, on entend

parfaitement sur le second téléphone du circuit le bourdonnement du

trembleur, qui atteint son maximum quand les deux extrémités de

l'électro-aimant sont le plus rapprochées possible du téléphone sans

diaphragme, et son minimum quand cet électro-aimant lui est présenté

suivant sa ligne neutre. D'après M. Demoget, l'action exercée dans

cette circonstance pourrait être considérée comme celle d'un aimant

exerçant deux actions inductrices opposées et symétriques, dont le

champ serait limité par un double paraboloïde, ayant pour grand axe,

dans ses expériences, 0m,55 de longueur au delà du noyau magnétique,

et pour grand diamètre perpendiculaire, 60 centimètres. Il croit que

par ce moyen on pourrait aisément télégraphier dans le système Morse,

et qu'il suffirait pour cela d'adapter une clef à l'électro-aimant

inducteur.

Pour surmonter les difficultés que présentent les réactions

d'induction des fils les uns sur les autres dans les transmissions

téléphoniques, M. Preece indique trois moyens:

1º Augmenter l'intensité des courants transmis de manière à les faire

prédominer notablement sur les courants induits, et réduire la

sensibilité du téléphone de réception;

2º Mettre le fil téléphonique à l'abri de l'induction.

3º Neutraliser les effets d'induction.

Le premier moyen peut être réalisé par le système à pile d'Edison, et

nous avons vu qu'il a fourni des résultats avantageux.

Pour mettre à exécution le second moyen, M. Preece considère qu'il y a

lieu de se préoccuper des deux sortes d'inductions qui se développent

sur les lignes télégraphiques: de l'induction électro-statique,

analogue à celle qui se produit sur les câbles immergés, et en second

lieu de l'induction électro-dynamique résultant de l'électricité en

mouvement. Dans le premier cas, M. Preece propose d'interposer entre

le fil téléphonique et les autres fils, un corps conducteur en

communication avec la terre, et susceptible de former écran à

l'induction en absorbant lui-même les effets électro-statiques

produits. Ce problème pourrait être résolu, suivant lui, en entourant

les fils télégraphiques avoisinant le fil téléphonique, d'une

enveloppe métallique, ou en les immergeant dans l'eau. «Bien que par

ce dernier moyen, dit-il, on n'élimine pas complétement les effets

d'induction statique, en raison de la mauvaise conductibilité de ce

corps, on peut les réduire considérablement, ainsi que mes expériences

entre Dublin, Holyhead, Manchester et Liverpool l'ont démontré.» Dans

le second cas, M. Preece admet qu'une enveloppe de fer est susceptible

de paralyser les effets électro-dynamiques déterminés, en les

absorbant; de sorte qu'en employant des fils isolés recouverts d'une

garniture de fer mise en communication avec le sol, on annulerait les

deux réactions d'induction. Nous ne suivrons pas M. Preece dans la

théorie qu'il donne de ces effets, théorie qui nous paraît tout au

moins discutable, et nous nous contenterons de l'indication du moyen

d'atténuation qu'il propose.

Pour mettre à exécution le troisième moyen, on pourrait croire qu'il

suffirait de supprimer les communications avec la terre et d'employer

un fil de retour, car dans ces conditions, les courants d'induction

déterminés sur l'un des fils devraient se trouver neutralisés par ceux

qui résulteraient de la même induction sur le second fil, et qui se

trouveraient alors agir dans un sens opposé; mais ce moyen ne peut

être efficace qu'autant que la distance entre les deux fils

téléphoniques est très-petite et que leur éloignement des autres fils

est considérable. Quand il n'en est pas ainsi et qu'ils se trouvent

tous très-rapprochés, comme cela a lieu dans les câbles sous-marins ou

souterrains à plusieurs fils, ce moyen est tout à fait insuffisant. En

prenant comme ligne aérienne un petit câble renfermant deux

conducteurs isolés avec de la gutta-percha, on peut obtenir de

très-bons résultats.

L'emploi de deux conducteurs a encore l'avantage d'éviter les

inconvénients des dérivations sur la ligne et à travers le sol qui,

quand les communications à la terre ne sont pas parfaites, permettent

au courant d'une ligne de passer plus ou moins facilement à travers la

ligne téléphonique.

En outre des causes de perturbation que nous venons d'énumérer, il en

est d'autres qui sont également très-appréciables dans les

transmissions téléphoniques, et, parmi elles, nous devrons citer les

courants accidentels qui se produisent constamment sur les lignes

télégraphiques. Ces courants peuvent provenir de bien des causes,

tantôt de l'électricité atmosphérique, tantôt du magnétisme terrestre,

tantôt d'effets thermo-électriques produits sur les lignes, tantôt de

réactions hydro-électriques déterminées sur les fils et les plaques de

communication avec le sol. Ces courants sont toujours très-instables,

et ils doivent, par conséquent, en réagissant sur les courants

transmis, les altérer plus ou moins et déterminer par cela même des

sons sur le téléphone. Suivant M. Preece, le bruit provenant des

courants telluriques se rapproche un peu de celui d'une cascade. Les

décharges d'électricité atmosphérique, même quand l'orage est éloigné,

déterminent un son plus ou moins sec suivant la nature de la décharge.

Quand elle est diffuse et qu'elle éclate à peu de distance, le bruit

produit ressemble, d'après le docteur Channing de La Providence, à

celui que produit une goutte de métal en fusion quand elle tombe dans

de l'eau, ou bien encore à celui d'une fusée volante tirée à distance;

dans ce cas, il paraîtrait que le son serait perçu avant l'apparition

de l'éclair, ce qui démontre bien que les décharges électriques

atmosphériques ne se produisent qu'à la suite d'un mouvement

électrique déterminé dans l'air. «Quelquefois, dit M. Preece, on

entend un son lamentable, un son que l'on a comparé au cri d'un oiseau

naissant, et qui doit provenir des courants induits que le magnétisme

terrestre doit déterminer dans les fils télégraphiques quand ils sont

mis en mouvement vibratoire par les courants d'air.»

Dernièrement M. Gressier, dans une communication faite à l'Académie

des sciences le 6 mai 1878, a mentionné quelques-uns de ces bruits,

mais il s'est tout à fait trompé sur l'origine qu'il leur a supposée.

«Indépendamment du grésillement dû aux appareils télégraphiques mis en

action sur les lignes voisines, dit-il, il se produit dans le

téléphone un bruissement très-confus, un froissement assez intense

parfois pour faire croire que la plaque vibrante va se déchirer. C'est

plutôt le soir que le jour qu'on entend ce bruissement qui devient

même insupportable et empêche de se comprendre au téléphone, alors

qu'on n'est plus troublé par le travail des bureaux. On entend ce

bruit quand on ne fait usage que d'un seul téléphone. Un bon

galvanomètre interposé dans le circuit a montré la présence de

courants assez sensibles, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.»

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 12 / 19 段