Pour faire usage de l'appareil, on le place avec la planche qui lui

sert de support sur une table en ayant soin d'interposer entre cette

planche et la table, pour amortir les vibrations étrangères, plusieurs

doubles d'étoffe disposés de manière à former coussin ou, ce qui est

mieux, une bande de ouate ou deux tubes de caoutchouc; alors il suffit

de parler devant le système, pour qu'aussitôt la parole soit

reproduite dans le téléphone, et si l'on place sur la planche support

la montre dont il a été question ou une boîte dans laquelle est

renfermée une mouche, tous ses mouvements sont entendus. L'appareil

est si sensible que c'est à voix peu élevée que la parole s'entend le

mieux, et on peut, comme je l'ai déjà dit, l'entendre en parlant à

une distance de huit mètres du microphone. Toutefois, quelques

précautions doivent être prises pour obtenir les meilleurs résultats

avec ce système, et, en outre des coussins que l'on place sous

l'appareil, pour le soustraire aux vibrations étrangères qui

pourraient résulter de mouvements insolites communiqués à la table, il

faut encore régler la position du crayon de charbon. Celui-ci doit en

effet toujours appuyer en un point du rebord du trou supérieur, mais

comme le contact peut être plus ou moins bon, l'expérience seule peut

indiquer la meilleure position à lui donner, et pour la trouver on

peut employer avantageusement le moyen de la montre. On met alors le

téléphone à l'oreille et on place le crayon dans diverses positions

jusqu'à ce qu'on ait trouvé celle donnant les effets maxima. Pour

éviter ce réglage, qui, avec la disposition précédente, doit être

souvent répété, MM. Chardin et Berjot, qui construisent habilement ce

modèle de téléphone, lui ont ajouté une petite lame de ressort dont la

pression peut être réglée et qui appuie contre le charbon vertical

lui-même. Ce système est très-bon.

M. Gaiffe de son côté a donné une forme plus élégante à l'appareil en

le construisant comme un appareil de physique. La figure 37 représente

l'un des deux modèles qu'il a combinés. Dans ce modèle, les cubes ou

dés de charbon A et B sont soutenus par des porte-charbons

métalliques, dont l'un, E, le supérieur, est mobile sur une colonne de

cuivre G et peut être placé dans telle position qu'il convient à

l'aide d'une vis de pression V. On peut de cette manière incliner plus

ou moins le crayon de charbon et augmenter à volonté la pression

qu'il exerce sur le charbon supérieur. Quand le crayon est vertical,

l'appareil transmet difficilement les sons articulés, en raison de

l'instabilité du point de contact, et des bruissements de toute nature

se font entendre; quand il est trop incliné, les sons sont plus purs

et plus distincts, mais l'appareil est moins sensible. Il est un degré

d'inclinaison qui doit être recherché, et l'expérience l'indique

facilement. Dans un autre modèle, M. Gaiffe substitue au crayon de

charbon une lame carrée et très-mince de la même matière, taillée en

biseau sur ses côtés inférieur et supérieur et pivotant dans une

rainure pratiquée dans le charbon inférieur. Cette lame ne fait

qu'appuyer contre le charbon supérieur sous une légère inclinaison, et

dans ces conditions il transmet beaucoup plus fortement et plus

distinctement la parole.

Je dois encore parler d'une autre disposition combinée par le

capitaine du génie Carette qui a donné pour les sons non articulés

d'excellents résultats. Le charbon vertical a alors la forme d'une

poire et repose par son bout le plus gros dans un large trou fait dans

le charbon inférieur; son bout supérieur qui est pointu, vient

s'engager dans un petit trou pratiqué dans le charbon supérieur, mais

de manière à ne le toucher qu'à peine, et une vis de réglage permet de

rapprocher plus ou moins ces deux charbons. Dans ces conditions, les

contacts sont si instables qu'un rien peut les supprimer, et alors les

variations dans l'intensité du courant transmis sont si fortes que

les sons produits par le téléphone peuvent s'entendre à plusieurs

mètres.

La figure 38 représente une autre disposition combinée par M.

Ducretet. Les deux dés de charbon sont en D, D', le charbon mobile en

C, le téléphone en T et les boutons d'attache du circuit en B, B'. Un

détail du dispositif des charbons se voit à gauche de l'appareil. Le

bras qui porte le charbon supérieur D est adapté à une tige munie d'un

plateau P' à surface rugueuse, et une petite cage C' en toile

métallique que l'on pose sur ce plateau permet d'étudier les

mouvements d'insectes vivants.

Quand il s'agit de transmettre la parole assez fortement pour qu'un

téléphone puisse se faire entendre dans toute une salle, le microphone

doit avoir une disposition particulière, et la figure 39 représente

celle qui a donné à M. Hughes les meilleurs résultats; il donne alors

à l'appareil le nom de _parleur_.

Sous cette nouvelle forme le charbon mobile appelé à produire les

contacts variables est adapté en C, à l'extrémité d'une bascule

horizontale BA pivotant en son point milieu et convenablement

équilibrée. Le support sur lequel cette bascule oscille est adapté à

l'extrémité d'une lame de ressort pour rendre l'appareil plus

susceptible de vibrer, et le charbon inférieur est placé en D

au-dessous du premier. Il est constitué par deux fragments superposés

afin d'augmenter la sensibilité de l'appareil, et nous avons

représenté en E le fragment supérieur qui est soulevé pour montrer

qu'on peut employer à volonté un seul des deux charbons. Ce charbon E,

se trouve, à cet effet collé à une petite lame de papier fixée à la

planchette et qui sert d'articulation. Un ressort antagoniste R, dont

on peut régler la tension au moyen d'une vis _t_, permet de régler la

pression des deux charbons. M. Hughes recommande l'emploi de charbons

en sapin métallisé[22]. Le tout est ensuite recouvert d'une enveloppe

semi-cylindrique HIG en bois blanc, dont les parois sont très-minces

surtout les deux bases, et on fixe le système accompagné d'un autre

semblable dans une boîte plate MJLI qui présente du côté MI une

ouverture devant laquelle on parle, en ayant soin de placer la lèvre

inférieure à deux centimètre du fond de la boîte. Si les deux

microphones sont réunis en quantité et si la pile employée se compose

de deux éléments à bichromate de potasse, on agit assez fortement sur

le courant, pour que, passant à travers une bobine d'induction de six

centimètres seulement de longueur, il puisse faire parler un téléphone

du modèle carré de Bell, de manière à être entendu de tous les points

d'une salle. Il faut par exemple lui adapter un porte-voix de près

d'un mètre de longueur. M. Hughes prétend que les sons produits dans

ces conditions sont à peu près aussi élevés que ceux du phonographe,

et M. W. Thomson m'a confirmé ce fait.

[Note 22: On obtient ces charbons en chauffant pendant 20

minutes à une température qu'on élève successivement jusqu'au

rouge blanc, des fragments de bois de sapin à fibres serrées

que l'on enferme dans une boîte ou un tube de fer

hermétiquement fermée.]

Le microphone peut être aussi constitué par des fragments de charbon

entassés dans une boîte entre deux électrodes métalliques, ou enfermés

dans un tube avec deux électrodes représentées par deux fragments de

charbon allongés. Dans ce dernier cas, les charbons doivent autant que

possible être cylindriques, et ceux que construit M. Carré pour les

bougies Jablochkoff sont très-bons pour cela. Nous représentons fig.

40 un appareil de ce genre que j'ai fait disposer en instrument par M.

Gaiffe, et qui peut, comme nous le verrons à l'instant, servir de

thermoscope. Cet instrument est représenté fig. 41 et se compose d'un

tuyau de plume rempli de fragments de charbon, dont ceux qui occupent

les deux bouts sont montés dans des garnitures métalliques. L'une de

ces garnitures se termine par une vis à large tête qui permet, au

moyen des supports A, B, de pousser plus ou moins les charbons dans le

tube et, par conséquent, d'établir un contact plus ou moins intime

entre les divers fragments de charbon. Quand cet appareil est

convenablement réglé, il suffit de parler au-dessus du tube pour que

la parole soit reproduite. C'est donc un microphone aussi bien qu'un

thermoscope. Une chose réellement curieuse que M. Hughes a remarquée,

c'est que si on prononce séparément les différentes lettres de

l'alphabet devant cette sorte de microphone, on constate qu'il en est

qui se font beaucoup mieux entendre que d'autres, et ce sont

précisément celles qui correspondent aux aspirations de la voix.

On peut encore obtenir un microphone de ce genre en remplaçant les

fragments de charbon par des poussières plus ou moins conductrices,

des limailles métalliques même. J'ai démontré, en effet, dans mon

mémoire sur la conductibilité des corps médiocrement conducteurs, que

le pouvoir conducteur de ces poussières varie d'une manière

considérable avec la pression et avec la température, et comme le

microphone est fondé sur les différences de conductibilité résultant

des différences de pression, on comprend facilement que ce moyen

puisse être employé comme organe de transmission téléphonique. Dans

une disposition récente de ce système, M. Hughes a aggloméré ces

poussières avec une sorte de gomme, et il en a formé un crayon

cylindrique qui, étant relié à deux électrodes bonnes conductrices, a

pu fournir des effets analogues à ceux dont nous avons parlé

précédemment. Comme on l'a vu, toutes les limailles métalliques

peuvent être employées, mais M. Hughes donne la préférence à la

poussière de charbon.

D'après M. Blyth, une boîte plate d'environ quinze pouces sur neuf,

remplie de ces charbons échappés à la combustion que l'on appelle en

Angleterre _cinders gas_, et aux deux extrémités de laquelle sont

fixées deux électrodes de fer-blanc, est une des meilleures

dispositions de microphones. Suivant lui, trois de ces appareils

suspendus comme des tableaux contre les murs d'une chambre auraient

suffi, sous l'influence d'un seul élément Leclanché, pour faire

entendre dans le téléphone tous les bruits produits dans la chambre,

et surtout les airs chantés. M. Blyth prétend même qu'on peut

construire un microphone capable de transmettre la parole avec un

simple charbon relié au fil du circuit par ses deux bouts, mais il

faut que ce charbon soit un cinder gas; un charbon de cornue pourvu de

pinces d'attache à ses deux extrémités, ne pourrait produire cet

effet.

L'un des effets les plus intéressants de ces sortes de microphones,

c'est qu'ils peuvent fonctionner sans pile, du moins, si on les

dispose de manière à former eux-mêmes l'élément voltaïque, et pour

cela, il suffit de verser de l'eau sur les charbons. M. Blyth qui a

parlé le premier de ce système, n'indique pas nettement sa

disposition, et on peut supposer que son appareil n'était autre que

celui que nous avons décrit précédemment, auquel il aurait ajouté de

l'eau. J'ai répété cette expérience en employant des électrodes _zinc_

et _cuivre_ et des fragments un peu gros de charbon de cornue, et j'ai

parfaitement réussi. J'ai, en effet, pu transmettre de cette manière,

non-seulement tous les sons de la montre et de la boîte à musique,

mais encore la parole qui se trouvait même souvent plus nettement

exprimée qu'avec un microphone ordinaire, car on n'entendait pas les

crachements qui accompagnent souvent les transmissions téléphoniques

de ce dernier. M. Blyth prétend aussi que l'on peut obtenir de cette

manière la transmission des sons sans que l'appareil soit pourvu

d'eau; mais il croit que c'est à l'humidité de l'haleine de celui qui

parle qu'il faut attribuer ce résultat. Il est certain qu'il ne faut

pas beaucoup d'humidité pour mettre en action un couple voltaïque,

surtout quand on a pour appareil révélateur un téléphone. Du reste le

microphone ordinaire peut être lui-même employé sans pile, si le

circuit dans lequel il est interposé est en communication avec le sol

par l'intermédiaire de plaques de terre; les courants telluriques qui

traversent alors le circuit sont suffisants pour que les battements

d'une montre posée sur le microphone soient parfaitement perceptibles.

M. Cauderay, de Lausanne, dans une note envoyée à l'Académie des

sciences, le 8 juillet 1878, annonce qu'il a fait cette expérience sur

un fil télégraphique réunissant l'hôtel des Alpes à Montreux, à un

chalet situé à 500 mètres de là, sur la colline.

=Le microphone employé comme organe parlant.=--Le microphone peut

non-seulement transmettre la parole, mais il peut encore dans

certaines conditions la reproduire et être substitué par conséquent au

téléphone récepteur. Cette fois c'est à n'y rien comprendre, car c'est

seulement dans des variations d'intensité de courant qu'il faut

chercher une cause du mouvement vibratoire produit dans l'une des

parties du circuit lui-même, et il n'y a plus alors à invoquer des

effets d'attraction et d'aimantation. Est-ce aux répulsions

qu'exercent entre eux les éléments contigus d'un même courant qu'il

faut rapporter cette action? Ou bien faut-il la considérer comme étant

de la même nature que celle qui fait émettre des sons à un fil de fer

lorsqu'il est traversé par un courant interrompu? un courant

électrique est-il lui-même un mouvement vibratoire, comme l'admet M.

Hughes? Voilà des questions auxquelles il est bien difficile de

répondre dans l'état actuel de la science; toujours est-il que le fait

existe, et ce sont MM. Hughes, Blyth et Robert, H. Courtenay et même

M. Edison, qui, chacun de leur côté, viennent de le faire connaître;

moi-même j'ai pu le vérifier dans les conditions expérimentales

indiquées par M. Hughes, mais je n'ai pas été aussi heureux quand j'ai

voulu répéter les expériences de M. Blyth. Suivant ce savant il

suffirait, pour entendre la parole dans le microphone, d'employer le

modèle à fragments de charbon dont nous avons parlé précédemment, d'y

joindre comme appareil transmetteur un second microphone du même

genre, et d'introduire dans le circuit une pile de deux éléments de

Grove. Alors si on parle au-dessus des charbons de l'un des

microphones, on devrait entendre distinctement la parole en approchant

l'oreille du second, et l'importance des sons ainsi reproduits serait

en rapport avec l'intensité de la source électrique employée.

Toutefois, comme je le disais, je n'ai pu, en m'y prenant de cette

manière, entendre aucun son et encore moins la parole, et si d'autres

expériences ne m'avaient pas convaincu, j'aurais douté de

l'authenticité du fait annoncé. Mais cette expérience négative ne

prouve en définitif rien, car il est possible que je me sois placé

dans de mauvaises conditions, et que les _escarbilles_ que j'employais

ne fussent pas dans les mêmes conditions que les _cinders gas_ de M.

Blyth.

Quant aux expériences de M. Hughes, je les ai répétées avec le

microphone de MM. Chardin et Berjot, relié avec celui de M. Gaiffe

employé comme transmetteur, et j'ai reconnu qu'avec une pile de quatre

éléments Leclanché, seulement, tous les grattements effectués sur le

microphone de M. Gaiffe et même les trépidations et les airs résultant

du jeu d'une petite boîte à musique placée sur cet appareil, étaient

reproduits, très-faiblement il est vrai, dans le second microphone;

pour les percevoir il suffisait de coller l'oreille contre la

planchette verticale. La parole n'était pas reproduite il est vrai,

mais M. Hughes m'en avait prévenu; l'appareil ainsi disposé n'était

pas évidemment assez sensible.

Pour reproduire la parole par ce système et pour la transmettre, il

faut une autre disposition du microphone, et celle qui a donné les

meilleurs résultats à M. Hughes est représentée, vue en coupe, figure

42. C'est un peu le microphone parleur de M. Hughes, disposé

verticalement et dont le charbon fixe est collé au centre de la

membrane tendue d'un téléphone à ficelle. Le cornet de ce téléphone

est représenté en A, la membrane en DD, et le charbon en question en

C; ce charbon est en sapin carbonisé et métallisé ainsi que le double

charbon E qui est en contact avec lui et qui est adapté à l'extrémité

supérieure de la bascule GI. Le tout est renfermé dans une petite

boîte, et on règle la pression exercée au contact des deux charbons au

moyen d'un ressort antagoniste R et d'une vis H. C'est alors le cornet

du téléphone qui sert de cornet acoustique, et c'est le parleur de M.

Hughes décrit page 169 qui sert de transmetteur pour entendre. Inutile

de dire que deux appareils de ce genre sont placés aux deux bouts du

circuit, que les charbons sont reliés aux deux pôles d'une pile de

deux éléments à bichromate de potasse ou de Bunsen ou de six éléments

de Leclanché, et que les deux appareils sont reliés par le fil de

ligne.

Dans ces conditions, une conversation peut être échangée, mais les

sons sont toujours beaucoup moins accentués que dans le téléphone.

J'ai pu constater ce fait avec un appareil grossier apporté

d'Angleterre par M. Hughes. MM. Berjot, Chardin et de Méritens qui

étaient présents aux expériences, ont pu comme moi parfaitement

entendre la parole, et j'ai depuis répété moi-même l'expérience avec

succès; mais elle ne réussit pas toujours et, dans ses conditions

actuelles, l'appareil ne présente d'importance qu'au point de vue

scientifique. On le construit chez MM. Chardin et Berjot.

On comprend facilement que l'appareil peut se passer de support, et la

petite boîte forme alors le manche de l'instrument; les deux boutons

d'attache sont disposés dans ce cas au bout de ce manche, comme dans

un téléphone.

Les effets du microphone récepteur expliquent les sons souvent

très-intenses déterminés par les bougies Jablochkoff quand elles sont

actionnées par des machines magnéto-électriques. Ces sons vibrent

toujours à l'unisson de ceux émis par la machine elle-même, et ceux-ci

proviennent, comme je l'ai déjà démontré, des aimantations et des

désaimantations rapides des organes magnétiques qui sont mis en jeu

par cette machine. Ces effets, remarqués par M. Marcel Deprez,

étaient particulièrement caractérisés avec les premières machines de

M. de Méritens.

=Autres dispositions de microphones.=--Une disposition du genre de

celle que nous venons de décrire a été employée par M. Carette pour

constituer un parleur microphone extrêmement énergique; seulement au

lieu d'une membrane tendue, il emploie une plaque métallique mince; il

colle l'un des charbons au centre de cette plaque et adapte devant lui

l'autre charbon qui est taillé en pointe et porté par un système de

porte-charbon à vis de réglage au moyen duquel on peut régler comme on

le veut la pression exercée entre les deux charbons. Avec cette

disposition, la parole peut être entendue à distance du téléphone

récepteur. Elle est, du reste, analogue à celle du transmetteur

téléphonique de M. Edison.

En exécutant dans de grandes dimensions le système représenté, fig.

42, et formant le cornet AB avec un grand entonnoir en zinc de près de

un mètre de longueur, M. de Méritens a pu parvenir à amplifier assez

les sons de la parole pour qu'une conversation faite à voix basse à

trois ou quatre mètres de cet instrument, ait été reproduite dans un

téléphone d'une manière plus sonore et plus distincte. L'appareil

était placé sur le plancher de l'appartement, l'ouverture de

l'entonnoir en haut, et le téléphone était dans les caves de la

maison.

On a du reste varié de mille manières la forme du microphone suivant

les applications auxquelles on veut l'appliquer. C'est ainsi que nous

voyons dans l'_English Mechanic and World of Science_, du 28 juin

1878, les dessins de plusieurs dispositions dont l'une est

spécialement applicable à l'audition des pas d'une mouche; c'est une

boîte à la partie supérieure de laquelle est tendue une feuille de

papier végétal; deux charbons séparés par un petit morceau de bois et

mis en rapport avec les deux fils du circuit y sont collés, et un

troisième charbon allongé, placé en croix sur les deux autres, se

trouve maintenu dans cette position par une rainure pratiquée dans

ceux-ci. Une pile très-faible suffit pour faire fonctionner cet

appareil, et la mouche se promenant sur la feuille de papier détermine

des vibrations assez fortes pour faire réagir énergiquement un

téléphone ordinaire. Il faut alors recouvrir l'appareil d'un globe de

verre. En plaçant une montre sur la membrane et en ayant soin

d'appuyer son bouton sur le morceau de bois séparant les deux

charbons, le bruit de ses battements peut être entendu dans toute une

salle. On peut encore, au lieu de l'arrangement de charbons décrit

plus haut, employer deux cubes de charbon juxtaposés et séparés

seulement par une carte à jouer. Une cavité semi-sphérique pratiquée à

la partie supérieure de cette masse entre les deux charbons et dans

laquelle on place quelques petites boules de charbon d'une grosseur

intermédiaire entre celle d'un pois et celle d'une graine de moutarde,

permet d'obtenir des contacts multiples excessivement mobiles et

éminemment propres à des transmissions téléphoniques. Ces dispositions

ont été combinées par M. T. Cuttriss.

Il est encore beaucoup d'autres dispositions de microphones imaginées

par différents constructeurs et inventeurs qui donnent des résultats

plus ou moins satisfaisants, telles sont celles de MM. Varey, Trouvé,

Vercker, de Combettes, Loiseau, etc., etc., mais comme elles se

rapprochent plus ou moins des types que nous avons déjà décrits, nous

n'en parlerons pas davantage.

=Expériences faites avec le microphone.=--Il me reste maintenant à

indiquer les expériences intéressantes qui ont conduit M. Hughes à

l'instrument remarquable dont nous venons de parler, et celles qui ont

été entreprises par d'autres savants, soit au point de vue

scientifique, soit au point de vue pratique.

Considérant que la lumière et la chaleur peuvent modifier la

conductibilité électrique des corps, M. Hughes s'est demandé si des

vibrations sonores transmises à un conducteur traversé par un courant

ne modifieraient pas aussi cette conductibilité en provoquant des

contractions et des dilatations des molécules conductrices, qui

équivaudraient à des raccourcissements ou à des allongements du

conducteur ainsi impressionné. Si cette propriété existait réellement,

elle devrait permettre de transmettre les sons à distance, car de ces

variations de conductibilité devaient résulter des variations

proportionnelles de l'intensité d'un courant agissant sur un

téléphone. L'expérience qu'il fit sur un fil métallique tendu n'a pas

répondu toutefois à son attente, et ce n'est que quand le fil dut

vibrer assez fortement pour se rompre, qu'il entendit un son au

moment de la rupture. En rejoignant les deux bouts du fil, un son se

produisit encore, et il reconnut bientôt que pour en obtenir, il

suffisait d'un contact imparfait entre les deux bouts disjoints du

fil. Il devint dès lors manifeste, pour M. Hughes, que les effets

qu'il prévoyait ne pouvaient se produire qu'avec un conducteur divisé,

et par suite de contacts imparfaits.

Il rechercha alors quel était le degré de pression le plus convenable

à exercer entre les deux bouts rapprochés du fil pour obtenir le

maximum d'effet, et pour cela il effectua cette pression à l'aide de

poids. Il reconnut que, quand elle était légère et qu'elle ne

dépassait pas celle d'une once par pouce carré, au point de jonction,

les sons étaient reproduits distinctement, mais d'une manière un peu

imparfaite; en modifiant les conditions de l'expérience, il put

s'assurer bientôt qu'il n'était pas nécessaire, pour obtenir ce

résultat, que les fils fussent réunis bout à bout, et qu'ils pouvaient

être placés côte à côte sur une planche ou même séparés (mais avec

addition d'un conducteur posé en croix sur eux), pourvu que les métaux

en contact fussent du fer et qu'une pression légère et constante pût

les réunir métalliquement. L'expérience fut faite avec trois pointes

de Paris disposées comme on le voit fig. 43, et elle a été répétée

depuis, dans de meilleures conditions par M. Willoughby-Smith, avec

trois limes dites queues-de-rat qui permirent de transmettre le bruit

d'une faible respiration[23].

[Note 23: M. Willoughby-Smith a varié encore cette

expérience en plaçant sur les bouts disjoints du circuit

qu'il disposait angulairement l'un par rapport à l'autre, un

paquet de fils de soie cuivrés. Dans ces conditions,

l'appareil devenait tellement sensible, que le courant d'air

résultant d'une lampe placée au-dessous du système,

déterminait un crépitement très-accentué dans le téléphone.]

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 10 / 19 段