«Je prépare une grenouille à la manière de Galvani. Je prends

l'appareil d'induction de Siemens usité en physiologie sous le nom

d'_appareil à chariot_; j'excite avec la pince ordinaire le nerf

sciatique, et j'éloigne la bobine induite jusqu'à ce que le nerf ne

réponde plus à l'excitation électrique. Je remplace alors le nerf par

le téléphone, et le courant induit qui n'excitait plus le nerf fait

vibrer avec force cet appareil. J'éloigne la bobine induite et le

téléphone vibre toujours.

«Dans le silence de la nuit, j'ai pu entendre vibrer le téléphone en

éloignant la bobine induite à une distance quinze fois plus grande que

celle du minimum d'excitation du nerf; par conséquent, si l'on admet

pour l'induction comme pour les actions à distance la loi des carrés

inverses, on voit que, dans cette circonstance, le téléphone est au

moins deux cents fois plus sensible que le nerf.

«Nous possédons dans le téléphone un instrument d'une sensibilité

exquise. Il est, comme on le voit, beaucoup plus sensible que la patte

galvanoscopique, et j'ai songé à en faire un galvanoscope. On n'étudie

que très-difficilement les courants musculaires et nerveux avec un

galvanomètre de 30000 tours, parce que l'appareil manque

d'instantanéité et que l'aiguille, à cause de son inertie, ne peut

manifester de variations électriques se succédant rapidement, comme

celles qui ont lieu par exemple dans le muscle lorsqu'on le tétanise.

Cet inconvénient n'existe plus avec le téléphone qui répond toujours

par une vibration à un changement électrique, quelque rapide qu'il

soit. C'est donc un excellent instrument pour étudier le tétanos

électrique du muscle. On peut être sûr d'avance que le courant

musculaire excitera le téléphone puisque ce courant excite le nerf qui

est moins sensible que cet appareil. L'instrument nécessite pour cela

quelques dispositions spéciales.

«Le téléphone ne peut servir qu'à constater les variations d'un

courant électrique, quelque faibles qu'elles soient, il est vrai; mais

j'ai trouvé le moyen par son intermédiaire de constater la présence

d'un courant continu, quelque faible qu'il puisse être. J'y ai réussi

en employant un artifice très-simple. Je lance dans le téléphone le

courant supposé, et, pour obtenir des variations, j'interromps

mécaniquement ce courant par le diapason. Si aucun courant ne traverse

le téléphone, l'instrument reste muet. Si, au contraire, le plus

faible courant existe, le téléphone vibre à l'unisson du diapason.»

M. le professeur Eick, de Wurtzbourg, a aussi employé le téléphone

pour des recherches physiologiques, mais en suivant une voie

précisément contraire à celle explorée par M. d'Arsonval. Il a reconnu

qu'en mettant les nerfs d'une grenouille en rapport avec un

téléphone, on les contractait d'une manière énergique aussitôt qu'on

parlait dans l'appareil, et l'énergie des contractions dépendait

surtout de la nature des mots prononcés; ainsi, il a constaté que les

voyelles _a_, _e_, _i_ ne produisaient presque pas d'effet, tandis que

l'_o_ et surtout l'_u_ en déterminaient un très-énergique. Les mots

_liege-still_ prononcés à haute voix ne produisent qu'une très-faible

action, tandis que le mot _tucker_, même prononcé à voix basse,

agitait fortement la grenouille. Ces expériences, qui rappellent

celles de Galvani, étaient naturellement basées sur les effets

produits par les courants induits développés dans le téléphone, et

prouvent que si cet instrument est un galvanoscope plus sensible que

le nerf d'une grenouille, celui-ci est plus impressionnable que nos

galvanomètres les plus perfectionnés.

=Expériences de M. Demoget.=--Pour comparer l'intensité des sons

transmis par le téléphone avec l'intensité du son primitif, M. Demoget

a disposé dans une plaine découverte deux téléphones. Il tenait à

l'oreille le premier, tandis qu'un aide s'éloignait de lui, en

répétant sans cesse la même syllabe avec la même intensité de voix

dans le deuxième instrument. Il entendait d'abord le son transmis par

le téléphone, puis ensuite le son qui arrivait directement, en sorte

que rien n'était plus facile que de comparer. Or, voici les résultats

qu'il a obtenus.

«À quatre-vingt-dix mètres, les intensités perçues étaient égales, la

plaque vibrante étant éloignée du tympan d'environ cinq centimètres. À

ce moment, le rapport des intensités était donc de 25 à 81.000.000.

En d'autres termes, le son transmis par le téléphone n'était que

1/3.000.000 du son émis. «Mais comme les stations dans lesquelles on

opérait ne pouvaient être considérées comme deux points vibrant

librement dans l'espace, il y avait lieu, dit M. Demoget, de réduire

ce rapport de moitié, à cause de l'influence du sol, et d'admettre que

le son transmis par le téléphone était 1.500.000 fois plus faible que

celui émis par la voix.

«Comme, d'autre part, on sait que l'intensité de deux sons est

proportionnelle au carré de l'amplitude des vibrations, on peut en

conclure que les vibrations des deux plaques des téléphones étaient

directement proportionnelles aux distances, c'est-à-dire, comme 5 est

à 9.000, ou que les vibrations du téléphone transmetteur étaient

dix-huit cents fois plus grandes que celles du téléphone récepteur. On

peut donc comparer celles-ci à des vibrations moléculaires, car celles

du téléphone transmetteur ont déjà une amplitude très-petite.

«Sans diminuer en rien le mérite de la remarquable invention de Bell,

continue M. Demoget, on peut conclure de ce qui précède que le

téléphone, au point de vue du rendement, est une machine qui laisse

bien à désirer, puisqu'elle ne transmet que la dix-huit centième

partie du travail primitif, et que si cet instrument a donné des

résultats si inattendus, cela tient bien plus à la perfection de

l'organe de l'ouïe qu'à la perfection de l'instrument lui-même.»

M. Demoget attribue cette déperdition du travail produit dans le

téléphone, surtout aux huit transformations successives que subit le

son avant d'arriver à l'oreille, sans parler de celle qui est due à la

résistance électrique de la ligne et qui, à elle seule, peut absorber

toute l'énergie.

Pour se rendre compte de la force des courants induits qui actionnent

un téléphone, M. Demoget a cherché à les comparer à des courants d'une

intensité connue, produisant des vibrations de même nature et de même

force, et pour cela il a mis à contribution deux téléphones A et B en

communication au moyen d'une ligne de 20 mètres de longueur. Près de

la plaque vibrante du téléphone A, il a appuyé légèrement une petite

lime sur laquelle on frottait avec une lame métallique; le bruit ainsi

produit, était naturellement transmis par le téléphone B avec une

certaine intensité qu'on pouvait apprécier. Il a ensuite remplacé le

téléphone A par une pile, et la lime était introduite dans le circuit

en la reliant à l'un des pôles. Le courant ne pouvait être fermé qu'en

frottant la lime au moyen de la lame de ressort mise en communication

avec l'autre extrémité du circuit. Mais on pouvait obtenir ainsi des

courants interrompus qui, en faisant vibrer le téléphone B,

produisaient un bruit dont l'intensité variait avec la force du

courant de la pile. En cherchant l'intensité électrique capable de

fournir de cette manière un son équivalant à celui produit par le

téléphone A, M. Demoget a reconnu qu'elle correspondait à celle que

fournit une petite pile thermo-électrique constituée par un fil de fer

et un fil de cuivre de deux millimètres de diamètre, aplatis à leur

extrémité et soudés à l'étain; le faible courant résultant de cette

pile ne faisait dévier que de deux degrés un galvanomètre à fil court.

Cette estimation ne nous paraît pas toutefois réunir assez de

conditions d'exactitude pour qu'on puisse en déduire le degré de

sensibilité du téléphone, sensibilité qui, d'après les expériences de

MM. Warren de la Rue, Brough, Peirce, est infiniment plus grande. M.

Warren de la Rue, en effet, comme on l'a déjà vu, a reconnu au moyen

du galvanomètre de Thomson, et en ramenant à la déviation fournie sur

l'échelle de ce galvanomètre celle déterminée par un élément Daniell

traversant un circuit complété par un Rhéostat, que les courants émis

par un téléphone ordinaire de Bell sont équivalents à celui d'un

élément Daniell traversant 100 megohms de résistance, c'est-à-dire dix

millions de kilomètres de fil télégraphique. Suivant M. Brough, le

directeur des télégraphes de l'Inde, le plus fort courant qui, à un

moment donné, fait fonctionner le téléphone Bell, n'excède pas

1/1.000.000.000 de l'unité de courant, c'est-à-dire, de un Weber, et

le courant qui fait agir les relais dans l'Inde a 400 000 fois cette

force. Enfin, le professeur Peirce, de Boston, compare les effets du

courant téléphonique à ceux qui seraient produits par une source

électrique dont la force électro-motrice serait la 1/200.000 partie

d'un volt, ou de celle d'un élément Daniell. Du reste, comme l'observe

M. Peirce, il est difficile de fixer un chiffre exact pour estimer la

valeur réelle de ces sortes de courants, car elle est essentiellement

variable suivant l'intensité des sons produits sur le téléphone

transmetteur; mais on peut affirmer qu'elle est moindre que la

1/1.000.000 partie du courant employé ordinairement pour faire

fonctionner les appareils télégraphiques sur les lignes.

=Expériences de M. Hellesen, de Copenhague.=--Pour se rendre compte

des effets réciproques produits par les différentes parties d'un

téléphone, M. Hellesen a construit des téléphones de mêmes dimensions

avec trois dispositions différentes et inverses les unes des autres.

Il en a d'abord établi une dans les conditions ordinaires, puis une

autre dans les conditions du premier système de Bell, c'est-à-dire, en

employant pour lame vibrante une membrane portant à son centre une

petite armature de fer, et enfin la troisième disposition mettait à

contribution un aimant cylindrique creux, à l'un des pôles duquel

était fixée la lame vibrante, laquelle pouvait se mouvoir devant une

spirale plate en limaçon, présentant le même nombre de spires que les

deux autres hélices. Dans cette dernière disposition, les courants

induits résultant des vibrations de la voix pouvaient être assimilés à

ceux qui seraient la conséquence du rapprochement et de l'éloignement

de deux spirales parallèles, dont une serait parcourue par un courant.

Or, de ces trois dispositions, c'est celle qui a été adoptée par Bell,

qui a fourni les meilleurs effets, et c'est un résultat réellement

bien rare dans l'histoire des découvertes, qu'un inventeur soit arrivé

du premier coup à la meilleure disposition à donner à son instrument.

=Expériences de M. Zetzche.= Il est toujours un certain noyau

d'esprits de travers qui veulent nier l'évidence, le plus souvent pour

faire acte de contradiction, et qui croient ainsi diminuer

l'importance d'une découverte dont le retentissement les exaspère. Le

téléphone et le phonographe ont été l'objet de ces critiques de

mauvais aloi. Ne s'est-on pas avisé de dire que l'action électrique

n'entrait pour rien dans les effets produits par le téléphone, et

qu'il fonctionnait toujours sous l'influence de vibrations mécaniques

transmises par le fil conducteur, absolument comme cela a lieu dans

les téléphones à ficelle!!.. On a eu beau démontrer à ces esprits

avisés que quand l'un des fils du circuit était interrompu, aucun son

n'était produit, cette démonstration ne leur a pas suffi, et pour

détruire toute objection de leur part, M. Zetzche a fait des

expériences dans lesquelles il a démontré, par le mode même de la

propagation du son, que l'idée d'attribuer le son produit dans un

téléphone à une vibration mécanique est tout simplement absurde. Voici

en effet ce qu'il dit à cet égard dans un article inséré dans le

_Journal télégraphique_ de Berne du 25 janvier 1878.

«La correspondance par téléphone entre Leipzig et Dresde a fourni une

nouvelle preuve que c'est bien par les courants électriques et non par

la propagation purement mécanique des sons que se reproduisent les

mots à la station de réception. La vitesse de propagation du son dans

le fer (pour les ondulations longitudinales), pouvant être évaluée à 5

kilomètres par seconde, le son devrait parcourir la distance de

Leipzig à Dresde en 115/5 c'est-à-dire en 23 secondes. Jusqu'à

l'arrivée de la réponse il devrait s'écouler au moins autant de

secondes. Par conséquent, dans chaque changement de direction de la

correspondance, il devrait donc intervenir un intervalle de plus de

3/4 de minute, ce qui n'est point du tout le cas.»

=Expérience que tout le monde peut faire.=--Nous terminerons ce

chapitre consacré à l'exposé des diverses expériences faites avec le

téléphone, par l'indication d'une expérience curieuse qui, bien que

très-facile à répéter, n'a été signalée qu'il y a quelques mois par

les journaux de Pennsylvanie. Il s'agit de la transmission de la

parole par un téléphone simplement appliqué sur l'une des parties du

corps humain voisines de la poitrine. On a même prétendu que toutes

les parties du corps pouvaient produire ce résultat; mais dans les

expériences que j'ai faites je n'ai pu réussir que quand le téléphone

était fortement appliqué sur ma poitrine. Dans ces conditions, et à

travers même mes vêtements, j'ai pu me faire entendre, mais en parlant

à voix très-haute, ce qui ferait supposer que le corps de l'homme

participe tout entier aux vibrations provoquées par la voix. Dans ce

cas, les vibrations sont transmises mécaniquement au diaphragme du

téléphone transmetteur, non plus par l'air mais par le corps lui-même

agissant sur la coque du téléphone.

LE MICROPHONE.

Le microphone n'est en réalité qu'un transmetteur de téléphone à pile,

mais avec des caractères tellement particuliers qu'il constitue par le

fait une invention originale qui méritait bien d'être désignée sous un

nom particulier. Dans ces derniers temps il s'est élevé, à l'occasion

de cette invention, entre M. Hughes, son auteur, et M. Edison,

l'inventeur du téléphone à charbon et du phonographe, une contestation

regrettable que les journaux ont envenimée et qui n'avait pas

réellement sa raison d'être; car, en définitive si le principe

physique du microphone peut paraître le même que celui du transmetteur

téléphonique à charbon de M. Edison, sa disposition est tout à fait

différente, la manière d'agir sur lui n'est pas la même, et les effets

qu'on lui demande généralement sont d'une toute autre nature. C'est

plus qu'il n'en faut pour constituer une invention nouvelle.

D'ailleurs si on voulait bien examiner à fond le principe même de

l'instrument, on pourrait s'étonner des prétentions que M. Edison a

élevées. En effet M. Edison ne peut pas réclamer comme lui appartenant

la découverte de la propriété que possèdent certains corps

médiocrement conducteurs d'avoir leur conductibilité modifiée par la

pression. J'ai fait dès l'année 1856 et à diverses autres époques, par

exemple en 1864, 1872, 1875, de nombreuses expériences à cet égard,

qui sont consignées dans le tome I de la seconde édition de mon exposé

des applications de l'électricité, p. 246[21] et dans plusieurs notes

présentées à l'Académie des sciences et insérées aux comptes rendus.

D'un autre côté, M. Clérac s'était servi en 1865 d'un tube muni de

plombagine avec une électrode mobile pour produire des résistances

variables dans un circuit télégraphique. D'ailleurs, dans le

transmetteur téléphonique de M. Edison, le disque de charbon doit

être, comme on l'a vu, soumis à une certaine pression initiale afin

que le courant ne soit pas interrompu par suite des vibrations de la

lame contre laquelle il appuie, et il en résulte que les modifications

de résistance du circuit qui donnent lieu aux sons articulés, ne sont

produites que par des augmentations ou des diminutions plus ou moins

grandes de pression, c'est-à-dire par des actions différentielles. Or

nous allons voir à l'instant qu'il n'en est pas de même pour le

microphone. D'abord, dans ce dernier appareil, le contact du charbon

s'effectue sur d'autres charbons et non avec des disques de platine,

et ces contacts sont multiples; en second lieu, la pression exercée

sur tous les points de contact est excessivement légère, ce qui fait

qu'on peut faire varier les résistances dans un rapport infiniment

plus grand que dans le système de M. Edison, et c'est précisément ce

qui permet d'amplifier les sons; en troisième lieu on peut employer

d'autres corps que le charbon pour constituer un microphone; enfin

pour faire agir le microphone, il n'est pas besoin de lame vibrante;

le simple intermédiaire de l'air suffit, et c'est ce qui permet de

faire fonctionner cet appareil à une distance assez grande de lui.

Nous ne voyons donc pas de raisons qui aient pu motiver la réclamation

de M. Edison et surtout les termes dont il s'est servi à l'égard de

MM. Preece et Hughes qui sont des hommes considérables dans la science

et très-respectables sous tous les rapports. Nous regrettons, je le

répète encore, cette triste sortie de M. Edison qui ne peut que lui

faire du tort, et qui n'est pas digne d'un inventeur de sa taille. Si

maintenant envisageant la question sous un autre aspect, nous

demandions à M. Edison pourquoi, puisqu'il a inventé le microphone,

n'en a-t-il pas fait connaître les propriétés et les résultats?...

Quelle réponse pourrait-il faire? Il fallait pourtant que ces

résultats fussent bien saisissants puisque le microphone est devenu en

peu de jours l'objet de la préoccupation du monde entier; or il est

évident pour nous qu'avec le génie perspicace du célèbre inventeur

Américain il aurait fait valoir cette découverte s'il l'eût faite

réellement, et il en aurait évidemment tiré parti. Ce qui peut

justifier la réclamation de M. Edison, c'est que, n'étant pas au

courant des découvertes purement scientifiques faites en Europe, il a

cru que son invention résidait toute entière dans le principe sur

lequel elle repose et qu'il croyait avoir découvert.

[Note 21: Voici textuellement ce que j'en dis dans cet

ouvrage: «Une chose curieuse à constater et qui paraît être,

au premier abord, en contradiction avec la théorie que l'on

s'est faite de l'électricité, c'est que la plus ou moins

grande pression exercée entre les pièces de contact des

interrupteurs influe considérablement sur l'intensité des

courants qui les traverse. Cela tient souvent à ce que les

métaux ne sont pas toujours dans un état parfait de décapage

au point de contact, mais peut-être aussi à une cause

physique encore mal appréciée. Ce qui est certain, c'est que

dans les interrupteurs où la pièce mobile de contact est

sollicitée par une force extrêmement minime, le courant

éprouve souvent des affaiblissements assez notables pour

faire manquer la réaction électrique qu'on attend d'eux.»]

Dans l'appareil de M. Hughes, que nous étudions en ce moment, les

sons, au lieu d'arriver très-affaiblis à la station de réception,

comme cela a lieu avec les téléphones ordinaires, même avec celui de

M. Edison, y sont comme je l'ai déjà dit, le plus souvent reproduits

avec une amplification notable, et de là le nom de _microphone_ que M.

Hughes a donné à ce système téléphonique; on peut par conséquent

l'employer à révéler des sons très-faibles. Cependant nous devons le

dire dès à présent, cette amplification n'existe réellement que quand

ces sons résultent de vibrations transmises mécaniquement à l'appareil

transmetteur par des corps solides. Les sons propagés par l'air sont

sans doute un peu plus intenses qu'avec le système ordinaire, mais ils

le sont moins que ceux qui leur donnent naissance, et, en conséquence,

on ne peut pas dire dans ce cas que le microphone agit par rapport aux

sons comme le microscope le fait par rapport aux objets éclairés par

la lumière. Il est vrai qu'avec ce système on peut parler de loin dans

l'appareil, et j'ai pu même transmettre de cette manière une

conversation à voix élevée étant placé à huit mètres du microphone.

J'ai pu encore parler à voix basse près de ce dernier et me faire

entendre parfaitement dans l'appareil récepteur, et même faire arriver

les sons à une distance de dix à quinze centimètres de l'embouchure du

téléphone récepteur, en élevant un peu la voix; mais l'amplification

du son n'est réellement bien manifeste que quand celui-ci résulte

d'une action mécanique transmise au support de l'appareil. Ainsi les

pas d'une mouche marchant sur ce support s'entendent parfaitement et

vous donnent la sensation du piétinement d'un cheval, le cri même de

la mouche, surtout son cri de mort devient, suivant M. Hughes,

perceptible; le frôlement d'une barbe de plume ou d'une étoffe sur la

planche de l'appareil, bruits complétement imperceptibles à l'audition

directe, s'entendent d'une manière marquée dans le téléphone. Il en

est de même des battements d'une montre posée sur le support de

l'appareil, que l'on entend même à dix ou quinze centimètres du

récepteur. Une petite boîte à musique placée sur l'instrument donne

des sons tellement forts par suite des trépidations qui l'agitent,

qu'il est impossible de distinguer les sons, et pour les percevoir, il

faut disposer la boîte près de l'appareil sans qu'elle soit en contact

avec aucune de ses parties constituantes. C'est alors par les

vibrations de l'air que l'appareil est impressionné, et les sons

transmis sont plus faibles que ceux que l'on entend près de la boîte.

En revanche les vibrations déterminées par le balancier d'une pendule

mise en communication par une tige métallique avec le support de

l'appareil, s'entendent admirablement, et on peut même les distinguer

quand cette liaison est effectuée par l'intermédiaire d'un fil de

cuivre. Un courant d'air projeté sur le système donne la sensation

d'un écoulement liquide perçu dans le lointain. Enfin les trépidations

causées par le passage d'une voiture dans la rue se traduisent par des

bruits crépitants très-intenses qui se combinent à ceux d'une montre

que l'on écoute et qui souvent prédominent.

=Différents systèmes de microphones.=--Le microphone a été combiné de

plusieurs manières, mais la disposition qui a donné à l'instrument le

plus de sensibilité est celle que nous représentons fig. 36. Dans ce

système, on adapte l'un au-dessus de l'autre sur un prisme vertical de

bois M, deux petits cubes de charbon A, B, dans lesquels sont percés

deux trous servant de crapaudines à un crayon de charbon C en forme de

fusée, c'est-à-dire avec des pointes émoussées par les deux bouts, et

d'une longueur d'environ quatre centimètres; il ne faut pas qu'il soit

trop grand afin d'avoir peu d'inertie. Ce crayon appuie par une de ses

extrémités dans le trou du charbon inférieur et doit ballotter dans le

trou supérieur qui ne fait que le maintenir dans une position plus ou

moins rapprochée de celle de l'équilibre instable, c'est-à-dire de la

verticale. En imprégnant ces charbons de mercure par leur immersion à

la température rouge dans un bain de mercure, les effets, suivant M.

Hughes, sont meilleurs, mais ils peuvent très-bien se produire sans

cela. Les deux cubes de charbon sont d'ailleurs munis de contacts

métalliques qui permettent de les mettre en rapport avec le circuit

d'un téléphone ordinaire, dans lequel est interposée une pile

Leclanché de 1 ou 2 éléments ou mieux de 3 éléments Daniell avec une

résistance additionnelle intercalée dans le circuit.

Le Téléphone, le Microphone et le Phonographe · 第 9 / 19 段