«J'ai longtemps senti les inconvénients qui résultaient de l'ignorance
de la nation anglaise sur tout ce qui touche à l'histoire de l'Irlande.
Nous sommes arrivés à une époque où il importe de plus en plus que ces
matières soient examinées et comprises. Pour prouver qu'une pareille,
étude était nécessaire, et pour la rendre plus facile, j'ai écrit le
mémoire suivant. J'ai suivi, dans mon travail, l'ordre chronologique, de
manière, toutefois, à présenter en masse les iniquités commises à
l'égard du peuple irlandais par le gouvernement anglais, avec
l'approbation entière, ou au moins avec l'assentiment de la nation
anglaise. Je l'avoue franchement, mon but principal est de montrer que
la nation anglaise a toujours été la complice des crimes de son
gouvernement.»
M. O'Connell a divisé l'histoire d'Irlande en plusieurs époques: la
première s'étend depuis l'invasion de Strongbow, en 1172, jusqu'à
l'année 1612, c'est-à-dire jusqu'à la soumission complète de l'Île. La
dernière doit embrasser l'espace de temps compris entre le vote de
l'acte de l'émancipation catholique (1829) et la quatrième année du
règne de la reine Victoria (1810). M. O'Connell se propose d'écrire sur
chacune de ces époques un mémoire, corroboré et appuyé par un certain
nombre d'observations, de preuves et d'illustrations. Les preuves et
illustrations contenues dans le volume qui vient de paraître se
composent d'extraits empruntés à divers auteurs et de documents
contemporains. Quant aux observations, elles consistent principalement
en commentaires déclamatoires.
Cet ouvrage de M. O'Connell,--le premier qu'il publie,--se fait
remarquer par les mêmes qualités et les mêmes défauts que ses discours.
Il est tour à tour diffus et Concis, lourd et vif, éloquent et trivial,
grotesque et sublime, mais son auteur demeure toujours le défenseur le
plus intrépide des droits et des intérêts de ses concitoyens,
l'adversaire le plus passionné, le plus invincible de l'Union.
_Des éléments de l'État_, ou cinq questions concernant la religion, la
philosophie, la morale, l'art et la politique; par E.-A. SEGRETAIN, 2
vol. in-18. Bibliothèque des connaissances utiles. Paris, 1842. Paulin.
7 fr. les deux vol.
«La constitution de l'État, telle qu'on peut et qu'on doit l'asseoir de
nos jours, voilà le but de mon ouvrage, dit M. Segretain en terminant
son introduction. L'analyse des _Éléments de l'État_, religion,
philosophie, morale, art et politique, voilà les moyens et le plan; en
même temps on poursuit, par la réalisation de ce but et de ces plans,
une solution de l'éternel problème soumis à la pensée humaine,
c'est-à-dire la conciliation de l'unité et de la multiplicité.»
Ainsi M. Segretain partage son ouvrage en cinq livres: le premier traite
de la question religieuse. Dans cette question, les rapports de l'unité
et de la multiplicité s'établissent principalement entre Dieu, suprême
représentant de l'unité, et la liberté humaine, principal agent de la
multiplicité dans les êtres raisonnables. C'est sous ce point de vue que
M. Segretain les envisage, en recherchant de quelle manière le
catholicisme a institué les relations du libre arbitre et du Créateur.
Cet important problème des rapports de la liberté humaine et de Dieu, M.
Segretain continue à l'étudier dans le livre second, consacré à la
question philosophique. Il essaie de le résoudre par la critique et par
la théorie, par l'examen des trois siècles, qui précèdent le nôtre et
par un essai de métaphysique.
Le livre 3, la question morale, se divise en deux parties: 1° la morale
publique, c'est-à-dire les principes généraux qui règlent la vie d'une
société: 2° la morale personnelle, celle qui regarde plus spécialement
le caractère des hommes, l'étude de leur coeur, de leurs vices, de leurs
vertus. M. Segretain montre comment la question de l'unité et de la
multiplicité se débat en morale, ainsi que dans la religion, entre la
justice, face principale de l'unité divine, et la volonté, agent humain
de la multiplicité.
Dans la question esthétique (livre 4), l'idéal est l'unité, et
l'imagination l'agent de la multiplicité. Les oeuvres d'art ne font en
effet que développer, suivant un mode indéfini, l'éternel modèle de
beauté que chacun de nous porte en sa conscience. Pour traiter ce sujet
au point de vue général de son ouvrage, l'auteur des _Éléments de
l'État_ a étudié nécessairement les rapports de l'idéal et de
l'imagination, et la manière dont celle-ci doit les développer. Dans ses
réflexions sur la science esthétique, et dans l'aperçu historique qui le
suit, M. Segretain tâche «de démêler, dans le tissu des faits, le jeu de
l'imagination développant le» formes changeantes de l'immuable idéal.»
Vient enfin la question publique: en politique, l'unité est représentée
par l'autorité, la multiplicité par la liberté. Comment conclure entre
ces deux adversaires un traité de paix solide et durable? Tel est le
sujet du cinquième livre des _Éléments de l'État_. Sans négliger la
question de la liberté, M. A. Segretain a surtout discuté les moyens de
ramener dans la politique du dix-neuvième siècle, en France,
l'indispensable principe de l'autorité: car ce n'est point avec la
liberté seule que la société se constitue, tandis que l'autorité seule
suffit pour l'établir.
_Contes fantastiques d'Hoffmann_, traduction nouvelle par M. X. MARMIER,
précédés d'une notice sur Hoffmann, par le traducteur. Paris, 1843,
Charpentier. 1 vol. in-18 (460 pages). 3 fr. 50 c.
Il y a dix ans environ, un critique en vogue à cette époque, M.
Loeve-Weimar, traduisit pour la première fois en français les _Contes
fantastiques_ d'Hoffmann. Cette traduction,--malheureusement trop légère
et trop facile,--obtint un tel succès, qu'elle a eu depuis les honneurs
de plusieurs réimpressions. La charmante bibliothèque de M. Charpentier
devait tôt ou tard s'enrichir des oeuvres choisies du célèbre conteur
allemand; aussi cet habile éditeur a-t-il eu l'heureuse idée d'en faire
faire à M. X. Marmier une traduction nouvelle, plus châtiée et plus
exacte que celle de M. Loeve-Weimar. Une notice biographique, écrite par
le traducteur, a été en outre placée en tête de ce joli volume, qui
contient: _le Violon de Crémone, les Maîtres Chanteurs, Mademoiselle de
Scudéri, le Majorat, Maître Martin et ses Ouvriers, le Bonheur au Jeu,
le Choix d'une Fiancée, Marino Falieri, Don Juan_ et _le Voeu_,
c'est-à-dire dix des productions les plus caractéristiques d'Hoffmann.
_Collection des types de tous les corps et les uniformes militaires de
la République et de l'Empire_. Cinquante planches coloriées, comprenant
les portraits de Napoléon, premier consul; de Napoléon, empereur; du
prince Eugène, de Murât et de Poniatowski, d'après les dessins de M.
HIPPOLYTE BELLANGÉ. Trente livraisons composées chacune d'une ou de deux
planches coloriées et d'un texte explicatif. 1 vol. in-8. Paris, 1843.
(Dubochet.) 50 c. la livraison.
Cette curieuse collection est destinée à prendre place, dans toutes les
bibliothèques, à côté des histoires de la Révolution française, de
l'Empire ou de Napoléon, dont elle forme pour ainsi dire le complément
indispensable. Elle se compose de cinquante gravures dessinées par M. H.
Bellangé, et coloriées à l'aquarelle. Une notice explicative, dont la
rédaction a été confiée à un homme spécial, fait connaître l'histoire
des transformations successives de l'uniforme dans les différents corps
de l'armée française, depuis l'infanterie de ligne de 1795, jusqu'aux
élèves de l'École Polytechnique, en 1815; depuis le général de brigade,
jusqu'au timbalier et au tambour de la garde.
_Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre
français au XVIe siècle_, par C.-A. SAINTE-BEUVE. Paris, 1843.
(_Charpentier_, libraire-éditeur.) 1 vol. in-18.
Ce volume, de 500 pages, contient, outre l'ouvrage publié par l'auteur
en 1828, sur la poésie française et le théâtre français, huit portraits
littéraires, qui ont paru depuis dans la _Revue de Paris_ et dans la
_Revue des Deux-Mondes_.
Modes.