M. Protat.-Sara la baigneuse, bas-relief en plâtre.

«Elle bat d'un pied timide

L'onde humide,

Qui ride son clair tableau;

Du beau pied rougit l'albâtre;

La folâtre

Rit de la fraîcheur de l'eau.»

M. Protat nous parait avoir voulu rendre en détail les vers du poète,

sans en perdre une syllabe, à peu près comme M. Niedermayer a essayé de

mettre en musique certaines odes de Lamartine. Tandis que le traducteur

compte ainsi les syllabes, l'idée lui échappe, et, avec toute son

exactitude, il arrive enfin à un contre-sens. Par exemple, pourquoi

s'appesantir sur les deux derniers vers:

« La folâtre

Rit de la fraîcheur de l'eau.»

Pourquoi changer ce rapide sourire en une gaieté prononcée, en un vif

sentiment de joie? L'artiste n'a pensé qu'au rire de Sara; il a oublie

la baigneuse,

«... La baigneuse blanche

Qui se penche,

Qui se penche pour se voir. »

On trouve, d'ailleurs, dans ce bas-relief, l'originalité et la fantaisie

souvent un peu bizarre et chimérique des vignettes de Célestin Nanteuil;

mais on y rencontre aussi les mêmes défauts, l'incorrection et la

vulgarité.--Encore une critique de détail: les deux femmes qui s'en vont

à gauche ont très-peu l'air de chanter leur chanson, et surtout de dire

à Sara:

«Oh! La paresseuse fille,

Qui s'habille

Si tard un jour de moisson!»

_M Dieudonné--Alexandre-le-grand tenant un lion,_ groupe en plâtre.--M.

Dieudonné semble avoir adopté la fameuse maxime de Molière: «Je prends

mon bien où je le trouve;» or, il le trouve partout. Ainsi, il a pris

évidemment la tête du Spartacus et a combiné en un seul le deux lions de

M. Barye et de Puget, empruntant la crinière de l'un et tout le reste de

l'autre. Mais ce que nous reprocherons le plus amèrement à M. Dieudonné,

c'est d'avoir, en l'imitant, gâté et affadi la belle tête du

Spartacus.--Il y avait, dit-on, chez les Thébains une loi contre ceux

qui enlaidissaient leurs originaux.

_M. Dayand.--Diane chasseresse_, groupe en plâtre.--Signalons encore un

plagiat, car on ne saurait appeler autrement d'aussi voisines

imitations. Qu'un poète s'avise d'imiter, qu'un prosateur entreprenne

même de défaire à son bénéfice quatre tout petits vers:

«Oh! sur le vert platane,

Et le frais coudriers

Diane,

Et ses blancs lévriers!»

il se verra hué, moqué, sifflé, plumé d'étrange sorte; pourquoi donc un

sculpteur se croirait-il davantage en droit d'emprunter à Jean Goujon la

tête, la pose, l'embonpoint même de sa Diane chasseresse? la Diane des

poètes aurait-elle seule le privilège d'inviolabilité? Nous ferons

d'ailleurs à M. Dagand le même reproche qu'à M. Dieudonné: il s'en faut

de beaucoup qu'il ait embelli son original; la tête de Diane s'est

singulièrement épaissie, et, n'était son immortelle jeunesse, elle

aurait bientôt un double menton.--Le cerf est bourré, le chien a l'air

d'un épagneul de boudoir; est-ce là un de ces nobles lévriers que

Jupiter choisit lui-même pour la soeur d'Apollon?

_M. Molchneht.--La Vierge,_ groupe en marbre.--Copie fidèle de

Murillo.--Nous croyons devoir signaler cette imitation; la statuaire

choisit rarement ses modèles dans l'école espagnole.

_M. Foyatier.--Sainte Cécile_, statue en marbre.--L'illustre auteur du

Spartacus reparaît après une longue absence; nous retrouvons dans la

sainte Cécile une belle et savante exécution; les mains surtout sont

ravissantes; néanmoins, pour M. Foyatier, c'est là une oeuvre de peu

d'importance.

_M. Debay._--Quatre figures allégoriques en plâtre, savoir: les

Beaux-Arts, les Sciences, l'Industrie, le Commerce.--Les deux premières

statues ont les yeux relevés à la chinoise, sans doute pour indiquer que

les arts et les sciences sont venus de l'Orient? Il semble pourtant que

la Chine ne méritait guère de fournir cette double personnification. Les

jambes de l'Industrie sont démesurément grosses et nerveuses; aurait-on

voulu signifier par la, comme autrefois l'auteur du _Mercure_, que

l'Industrie devait avoir le jarret solide, pour courir, comme elle fait,

d'un pôle à l'autre?--Ces quatre figures allégoriques ont le défaut

commun de pouvoir changer de noms et d'attributs sans grande difficulté,

de façon que le Commerce, troquant son caducée contre le compas,

s'appellerait volontiers la Science, et réciproquement. Ce n'est pas

ainsi que M. Simart a imaginé sa belle statue de la Philosophie.

(La suite à un autre numéro.)

MANUSCRITS DE NAPOLÉON.

(Suite.--Voyez p. 22 et 38.)

L'Illustration, No. 0005, 1er Avril 1843 · 第 11 / 26 题